DA^'S L ANTICHAMBRE
— Depuis quand donc qu'y vient au jour d' vot' patronne, celui-là?...
— D'puis qu'elle a remis l'écriteau...
— Bah! c'est plus l'Nerferey ?. . .
— Y a beau leinps qu'c'est fini... l'avait sa claque I...
— Tiens I... je T croyais core très badouillard?...
— Lui?... des emblèmes I .. .
— Y serre pourtant d' près toutes ces dames...
— Oh! pour ce qui est d'ça, oui!... c't'un vieux patineur, mais pour c'qu'est du reste... va t' faire fiche ! . . .
— J' dirai ça à madame la marquise... y m' semble qu'y vient bien souvent d'puis que'que temps...
— L'fait est qu'si il est aussi... discret, ça n'ferait guère son affaire, à ta patronne... car du temps qu'j 'étais chez elle!... mâtin i...
— C'est pas grand'chose, hein, 1' d' Adonys ?
— Mon Dieu ! . . . c'est vrai qu'y passe pour aguicher des vieilles, mais à part ça...
— Il a du flair, c'garçon!... y a encore que ça d'sûr. . . la politique n'agit pas sus ces valeurs-là. . .
— Est-ce que vot' patronne casquera?...
— Pas d'danger!... pour ça, mo'isieur est inflexible!...
LE JOUR DC MADAME 3l9
Entre madame de yyelgaude. Du mauvais côté de quarante ans, mais encore très belle et très élégante.
AU SALON
MADAME courant au-devant cCelle. — Chère madame I... que je suis heureuse de vous voirl... j'ai été chez vous hier... j'ai eu bien du regret de ne pas vous trouver...
LE CHOEUR. — Moi aussi, chère madame...
— Moi aussi!... est-ce que vous avez abandonné votre jour?...
— Ce serait bien mal vous conduire envers vos amis ! . . .
— Est-ce que madame de Vespetro va ce soir aux Italiens dans votre loge?...
— Ah!:., vous lui avez cédé une place... c'est bien aimable à vous...
— Quaid reprenez-vous vos dimanches?...
— Nous sommes tous malheureux quand votre salon est fermé...
— Il n'y a que chez vous qu'on s'amuse vraiment...
Le JOUR DE MADAME
— Vous êtes si bonne pour toute cette jeunesse...
— Aussi elle abuse...
DANS l'antichambre :
— Comment, elle est encore debout?...
— Et solide, comme vous voyez...
— Elle doit avoir cent ans, cette matrone?...
— Guère moins!... 1' vieux suisse de l'hôtel d'Hantan m'a raconté que quand Louis-Philippe était d' mauvaise humeur, y lui faisait cirer ses bottes...
— Vieille noceuse, val...
— Ça m'étonne, c'que vous dites là I . . . Louis- Philippe devait pas être un homme à s'appuyer des femmes comme çal...
— Elle a pas encore fini d'rirel...
— Mais non!... seulement à présent, elle prend du renfort...
— Gomment ça?...
— Elle trimbale des jeunes... plus fraîches qu'elle... ça attire et elle retient... quand elle peut... c'est un débouché pour les étrangères ou
I,K lOlH DE MADAME 3$l1
les tarées... ainsi, pour le moment, elle remorque une Espagnole qu'est magnifique... madame de Vespetro...
— Oui... des yeux longs comme ça !... j' Fai vue hier dans l'escalier d' l'Opéra... Bigre 1 si elle en promène beaucoup d' ccUc venue-là, elle doit faire des affaires d'or...
— Moi, j'ai entendu dire que c'est pas pour les autres, tout ça !...
— Ohl...
— Parfaitement I... on dit qu'...
UN VALET DE PIED, Vivement à voix basse. — Méflance, la v'ià!...
Il enveloppe madame de Vyelgarde dans sa fourrure avec des gestes onctueux, puis revient introduire :
LA VICOMTESSE d'oubly, ravissaule, toulc jeune, petit costume de laine sombre très simple.
AU SALON
MADAME. — Ah! te voilà enfinl... je cro^^ais que tu ne viendrais plusl... tu es gelée... d'où
viens-tu?... je parie que tu viens de visiter tes pauvres?... au diable... dans des quartiers impossibles?...
LE CHOEUR. — Le fait est qu'en allant aux courses de Vincennes... un jour que j'étais perdu dans une sale rue du faubourg Saint- Antoine, j'ai aperçu madame d'Oiibly qui caressait d'horribles marmots déguenillés, auxquels elle distribuait d'énormes paquets,., des •ias de choses...
— Vous vous ferez assassiner...
— Je ne vous demande pas des nouvelles de votre mari... nous avons dîné hier ensemble...
— Gomment, Oubly a consenti à dîner hors de chez lui sans madame d'Oubty... Voilà un événement ! . . .
— Avez-vous remarqué que les bons ménages redeviennent à la mode?...
— Il est certain que si j'étais Oubl}^, cette mode me plairait infiniment...
— Savez-vous, petite madame, que vous êtes, avec vos toilettes toutes simplettes, la femme la plus coquette qu'on puisse rencontrer?... Oui,
ne faites pas vos grands yeux étonnés... cette façon de dire : « Pour l)rillcr, je n'ai pas besoin de parure... »
^- Il est certain que tout le monde ne peut pas s'habiller comme vous...
DANS l'antichambre :
— Elle est adorable cette femme-là!...
— Oui ! elle est assez hurph !...
— Faut ça^ pour réussir dans sa partie...
— Sa partie?...
— Oui .. les séances de la rue X...
— Ah bahl... elle en est?...
— Pas élève régulière... mais intermittente seulement. .
— Tiens!...
— Oui I parce que c'est pas par goût I... quand elle a une robe à payer, elle s'adresse à la supérieure et la somme est vite trouvée... .
— C'est épatant, ces femmes du monde!..
— Et moi qui ai toujours rêvé d'm'en offrir une?... c'est-y bien cher ?... j'aboulerais bien une demi-année d'gages...
— T'es bote!... tu veux payer une femme du monde quand tu peux en avoir une qui t'payera...
— Moi?...
— Toi, nous... tous ceux qui sont pas des singes, enfin ! . . . t'as qu'à lire les petites annonces du Figaro... quand tu verras : « On demande valets de pied bien tournés, pouvant supporter service fatigant; se présenter à telle heure... » t'as qu'à marcher... t'es sûr qu' tu réaliseras ton rêve , . .
— La petite d'Oubly m'irait diablement... mais t'es sûr, là, vrai, qu'elle va rue X...
— Pisqu'on te F dit!... c'est même pour ça qu'elle est toujours mise si simplement... pour pas qu'ça tire l'attention... et puis elle fait attendre sa voiture dans des quartiers impossibles pour dépister...
Entrent la. comtesse de joyeuse, mince, élégante, beauté de madone italienne.
Son frère, m. de nivo. Joli garçon, ressemblant beaucoup à sa sœur.
AU SALON
MADAME. — Chère amie, nous parlions de vous... (A M, de Nivo.) Bonjour I... c'est 1res gentil d'avoir accompagné Suzanne...