JACQUES
M. DE PAROLY, la maîii enveloppôc dans des mouchoirs.
JACQUES. — Si vous saviez à quel point je regrette...
M. DE PAROLY. — 11 est convcnu que nous ne parlons plus de ça... (Il louche à sa main et fait une horrible grimace)
JACQUES. — Ah! mon Dieu!... ça vous fait très mal !...
M. DE PAROLY, (lépainilotant Sa main. — Par-
bieuî... c'est le mouchoir de Lastjngl... qui me fait mal !... il a un chiffre en or, cet animal-là!... c'est d'un raclant!...
JACQUES. — Je ne sais comment vous faire oublier mes mauvaises plaisanteries d'hier soir?... mais je rageais tant. . .
M. DE PAROLY. — Vraiment?... et pourquoi ragiez-vous donc tant que ça?...
JACQUES. — Eh! vous le savez bien!... quand on n'est là que pour assister à vos succès...
M. DE PAROLY. — Mcs succès?... Ah! si je pouvais changer avec vous !...
JACQUES. — Changer ?... avec moi ?... et pourquoi?...
M. DE PAROLY. — Parcc quc vous avez vingtcinq ans et que j'en ai quarante, mon cher petit...
JACQUES. — Ah ! parlons-en , de mes vingt cinq ans I... personne ne s'occupe de moi et on ne regarde que vous !... à la chasse, à cheval, au tennis, au crocket ou au bal... vous, toujours vous!...
3]. DE PAROLY. — II ne tient qu'à vous d'êlre ce que je suis... d'abord, vous êtes beaucoup
trop réellement bien élevé... il faut avoir l'air d'ôlre bien élevé, mais se garder dii l'être on réalité... il faut aussi écouter les ennuyeux sans jamais paraître désirer être ailleurs... faire la cour aux femmes mûres, affecter un profond respect pour celles qui sont légères et en m;inquer à celles qui sont honnêtes... rien ne flatte davantage les unes et les autres... Il faut être ridé par-ci par-là... et avoir les cheveux élégamment clairsemés sans être chauve pourtant... il y a un juste milieu à saisir...
JACQUES. — Vous vous moqucz encore de moi?...
M. DE PAROLY. — Eh ! JB VOUS jurC qUB
nonl... VOUS venez de me donner une leçon...
JACQUES, surpris. — Moi?...
M. DE PAROLY, montrant sa main. — Dame I... comment appelez-vous ça?...
JACQUES. — La piqûre... (i\égligemment.)nne belle affaire 1...
M. DE PAROLY. — Permettez?... on voit bien que ce n'est pas vous qui l'avez reçue. .
JACQUES. — Eh 1 si je l'avais reçue, je n'en mourrais pas I...
M. DE PAROLY. — Mcùs jc ne compte pas non plus en mourir 1...
JACQUES. — Et je serais très intéressant...
M. DE PAROLY. — Et moi, je ne le suis pas... voilà la différence...
JACQUES. — Et pourquoi ?...
M. DE PAROLY. — Parcc que tous ceux qui m'ont vu vous asticoter hier , trouveront que je n'ai pas volé cette égratignure...
JACQUES. — « Ceux » c'est possible!... mais Celles?...
M. DE PAROLY. — Gellcs aussi... Ohl elles sont moins emballées que vous ne le croyez, allez!...
JACQUES. — Ah! ne vous imaginez pas ça !... Elles ne vivent qu'en votre présence, ne s'amusent qu'aux parties organisées par vous, sont suspendues à vos lèvres et à vos regards et épient anxieusement un sourire ou une marque d'approbation... que vous ne leur prodiguez du reste pas...
M. DE PAROLY. — Je m'en garde sapristi bien!... là est toute ma force... si je devenais attentif, aimable, poli, empressé et gentil comme
VOUS, je perdrais mon prestige... aux yeux des petites fdles, du moins... ainsi, prenons comme exemple la petite Simone I...
JACQUES, vivement. — Pas celle-làl...
M. DE PAROLY. — Si, celle-Ià , au contraire, car c'est un vrai bijou... Eh bien, elle vous a lâché... Oh I superficiellement... mais enfin, elle vous a en apparence lâché, vous jeune, joli et bien plus réussi que moi, pour moi, pas joli, pas jeune et bien moins réussi que vous... expliquez ce phénomène?...
JACQUES. — Dame! elle vous aimel...
M. DE PAROLY. — Moi I allous douc I vous êtes foui... mais je lui ferais horreur... dans le sens ou vous entendez le mot aimer...
JACQUES. — Pourtant...
M. DE PAROLY. — Pourtant elle éprouve un certain plaisir à se voir courtisée par moi, à me disputer aux femmes... marquées qui m'absorbent généralement... c est nouveau, ça Tamuse... pour un instant, mais si ça devait se prolonger, elle aurait bien vite, si enfant qu'elle soit, le bon sens de retourner à votre jeunesse... croyez-moi...
JACQUES, inquiet. — Et vous?... vous ne Taimez pas?...
M. DE PAROLY. — Moi?... assurémeut 11011 ! ... j'ai beau me tâter, je ne parviens pas à me trouver le plus petit sentiment sérieux,., pour elle s'entend... ma foi non!... j'avais le nez tourné d'un tout autre côté... mais de ce côté-là, précisément, on ne se doute même pas de mon existence... je ne compte ni plus ni moins qu'une borne... (Il soupire.)
JACQUES, stupéfait. — Et c'est une femme?...
M. DE PAROLY. — Mais... Cette question...
JACQUES. — Vous ne savez pas ce que vous dites !... vous vous trompez... toutes les femmes sont occupées de vous, toutes... même ma sœur I . . .
M. DE PAROLY, bondissant sur Jacques. — Qu'est-ce que vous dites?...
JACQUES. — Une bêtise I... tant pis, ça m'a échappé... et vous allez l'oublier, n'est-il pas vrai?...
M. DE PAROLY, vadieux. — Ah! mais non!...
JACQUES. — J'ai voulu simplement vous prouver qu'il était tout naturel qu'une enfant
comme Simone fût prise, puisque Thérèse, malgré su nature calme et sérieuse, a suivi l'impulsion générale...
M. DE PAROLY. — Répétcz-moi ça?... encore!... encore I... mais je l'aime moi, votre sœur... je Tadore, entendez-vous?...
JACQUES, ahuri et ravi — !II.
A. X. -sur-mer.
Dans une grande cabine roulante, se déshabillent :
MADAME DE LYANE, trente ans, de tailla moyenne, les yeux noirs, les cheveux blond doré, le teint rose.
MADAME DE FLIRT, vingt-huit ans, de taille moyenne, les yeux verts, les cheveux blond fauve, le teint mat.
MADAME DE LYANE. — Alors, vrai, ça ne fagace pas que j'aie copié ton costume?...
MADAME DE FLIRT. — Mais pas du tout, au contraire...
MADA^iE DE LYANE. — Ail! c'est que tu sais que je l'ai fait copier exactement... il n'y a pas la plus petite différence...
MADAME DE FLIRT, distraite. — Tant mieux î
MADAME DE LYANE, vouIant ses cheveux sous son chapeau. — Tu vas voir comme il est joli!... il est délicieux!... quel dommage de le tremper dans l'eau !...
MADAME DE YLiRT, toujours distraite. — Oui... Oui...
MADAME DE LYANE. — Qu'cst-CC qUC tu aS
donc?. ..tu es préoccupée?...
MADAME DE FLIRT. — Moi... mais jc ual rien...
MADAME DE LYANE. — G'cst singulier, tuas tout Fair d'avoir quelque chose... (Elle passe son costume.) Eh bien?... qu'est-ce que tu en dis?...
Elles sont debout l'une près de l'autre. Toutes les deux ont un même costume de drap blanc forme redingote. Grand col marin très ouvert sur la poitrine que voile une dentelle flamande ; pantalon terminé au-dessus du genou par un
L N DRAME A LA M t 11 2U3
revers. Aux deux i)ointcs du col, deux grands coquillages bizarres brodés en soie de Chine rosée. Co(iuillages brodés en bordure sur la jupe de la redingote et sur les revers du pantalon. Le même coquillage ne se répète pas une seule fois. Chapeau de paille manille, gondolé par des branches de corail rose.
MADAME DE FLIRT. — Tu cs ravissaute! ...
MADAME DE LYANE, posant SŒ petite fjlace à terre et essayant vainc7nent de s'y voir entièrement. — Quel ennui de n'avoir pas une grande glace!... allons?... es-tu prête?...
MADAME DE FLIRT, regardant par le trèfle de la cabine. — Attends... attends un instant!...
MADAME DE LYANE, étomiée. — Pourquoi donc?...
MADAME DE FLIRT. — Parcc quc... il faut que je t'avoue... oui... j'ai quelque chose... (Brusquement.) Tu sais que mon mari est très jaloux...
MADAME DE LYANE. — Oui... (Souriant.) et peut-être, n'a-t-il pas tout à fait tort?...
MADAME DE FLIRT. — Oh! si ! il a tort !
UN DRAME A LA iMER
car c'est ça qui donne envie de le tromper!... s'il était confiant, bon homme, je m'en ferais au contraire un scrupule...
MADAME DE LYANE, incrédule. — Oh! on dit ça !...
MADAME DE FLIRT. — Enfin, que ce soit pour un motif ou pour un autre, je suis parfaitement décidée à agir... et, pour commencer, j'ai donné aujourd'hui rendez- vous à Saint- Cynnatus...
MADA3IE DE LYANE. — Pata'rasl... et où ça, ton rendez-vous?...
MADAME DE FLIRT. — DaUS l'caU...
MADAME DE LYANE, 7iant, — Ah ! je respire 1 . . .
MADAME DE FLIRT. — Souge donc ! . . . jamais je n'ai pu parvenir à lui parler sans que mon mari soit fourré entre nous...
MADAME DE LYANE. — Il ne sc baigne donc pas, ton mari?...
MADAME DE FLIRT. — Tu sais bicu qu'il ne se baigne pas une fois par semaine... '^
MADAME DE LYANE. — BOU I il UC SCra paS
là, je le veux bien... mais vous serez entourés
de monde... (Elle regarde aussi par le trèlle.) le bain mixte est absolument plein...
MADAME DE FLIRT. — Aiissi, n'est-cc pas là que je lui parlerai... il va être dans son youyou... Et tu sais comme je nage?...
MADAME DE LYANE. — Tu iras au radcau?...
MADAME DE FLIRT. — PouF y trouver à peu près autant de monde?... Ahl non I... je nagerai jusqu'au bateau de secours et, cachée par le bateau, je lui parlerai tant que je voudrai sans qu'il soit possible de me voir même avec une lorgnette...
MADAME DE LYANE. — Preuds garde... on ne pourra pas distinguer ton visage, c'est vrai, mais ton costume te fera toujours reconnaître...
.MADAME DE FLIRT. — QuG noul... UOUS
avons vérifié... c'est impossible!... à condition toutefois, de bien rester de l'autre côté du bateau et à la même place... Saint-Gynnatus m'a dit qu'il avait marqué la place avec de la craie...
MADAME DE LYANE. — Je t'assure qi 0 c'est une très grande imprudence...
MADAME DE FLIRT. — Ahl tant pisl... si tu
savais à quel point c'est irrilant d'être toujours soupçonnée, suivie, espionnée... j'aime Saint- Gynnatus...
MADAME DE LYANE. — Oll I tu l'aimcsl... tU
l'aimes!... c'est bien vite dit!... tu n'en es pas sûre...
MADAME DE FLIRT. — Le voilà qui arrive dans son you-you... allons vite!...
MADAME DE LYANE, la suwant. — Je ne suis pas tranquille du tout, moi !...
Elles sortent de leur cabine et entrent dans l'eau, après avoir dit bonjour aux amis échelonnés tout le long des planches.
Saint-Leu et Nivo qui sont dans l'eau veulent les arrêter au passage, mais madame de Flirt les évite et nage rapidement vers le bateau de secours.
Madame de Lyane inquiète la suit.
MADAME DE LYANE. — Prcnds garde!... tu me fais peur!...
MADAME DE FLIRT. — Tu crois que je ne suis pas capable de nager jusqu'au bateau de secours?...
MADAME DE LYANE. — Eh I je ne parle pas de ça, mais de M. de Flirt... je connais sa jalousie, moi!...
MADAME DE FLIRT, s' éloignant, — Et moi donc ! . . .
Madame de Lyane reste à nager autour du radeau. Madame de Flirt rejoint Saint-Cynnatus à son you-you.
sAiNT-CYNNATus, trente ans. Grand, très beau garçon, découplé et vigoureux. Barbe et cheveux roux ; yeux phosphorescents ; bouche épaisse et gourmande. Tenue de you-you.
Caleçon de bain et, par-dessus, pantalon et jaquette de molleton blanc. Toque de polo.
MADAME DE FLIRT, tvh essoufflée. — Ah ! enfin 1... il me semblait que je n'arriverais jamais I...
SÂiNT-CYNNATus. — Quc je VOUS remercie d'être venue!... Si vous saviez avec quelle impatience j'attendais cet instant!...
Les vagues poussent le you-you vers la gauche.
MADAME DE FLIRT. — Prenez garde I...
tâchez de rester derrière le bateau, il ne faut pas qu'on puisse me voir...
SAINT -GYNNATUS. — Est-ce que monsieur de Flirt...
MADAME DE FLIRT. — NoU... UOn... il est à
la maison... ainsi causons...
SAiNT-CYNNATUS, luttant contr 6 la vague qui remmène à gauche. — Causons I... Ouf I je suis en nage...
MADAME DE FLIRT. — Eh bien, et moi?...
SAiNT-GYNNATus. — Vous ne pouvcz pas être en nage, vous I . . . vous êtes dans l'eau.. . bien au frais...
MADAME DE FLIRT. — Bien au frais!... dans cette eau battue?... (Une vague lui arrive dans la bouche.) Pouah I...
sAiNT-CYNis'ATus. — Grachcz, allez, crachez!... (Profitant d'une seconde de fixité du youyou.) Je vous disais donc que j'attendais cet heureux instant avec une impatience fébrile...
Une énorme vague couvre madame de Flirt, et envoie le you-you à quatre ou cinq mètres.
SAINT-CYNNATUS, embêté. — Allons, bon!
autre chose à présent!... Sale temps de malheur!
MADAME DE Y LiRT, aveuglée, cherchant à s'accrocher au bateau de secours. — Si... je... ne reprends pas... pas pied... je vais me... me noyer...
SAINT-CYNNATUS. — Je suis là, moï !
(A part.) Quand je dis je suis là, c'est une manière de parier, car je suis emmené positivement...
MADAME DE FLIRT, doulouveusement . — Oh! rapprochez-vous de moi, voulez-vous?... j'ai peur ! . . .
SAINT-CYNNATUS, faisant d'inutiles efforts. — Je tâche, madame... je fais tout mon possible, mais la lame est tellement dure... (A part.) il faut avoir le diable au corps pour donner rendez-vous à un pareil endroit...
MADAME DE FLIRT, cherchant à monter dans le bateau et submergée à chaque instant par la vague. — Je n'entends pas ce que vous dites .. .
SAINT-CYNNATUS, tiu pcu agacé. — Je parle pourtant le mieux que je peux...
MADAME DE FLIRT, lâchant le bateau. — Je vais à vous, puisque vous ne venez pas à moi...
Elle nage vers Saint-Gynnatus.
SAINT-CYNNATUS, essayant de V attendre sur place et de retrouver sa petite phrase. — J'attendais avec une impatience fébrile... cet instant où nous pouvons être enfin uniquement l'un à l'autre...
Une grosse lame passe entre le you-you et madame de Flirt qui disparaît.
SAINT-CYNNATUS. — Mâtiu I qucl tcmps !. .. les vents nous sont contraires... (Cherchant madame de Flirt.) Tiens!... Eh bien, où est-elle donc?...
MADAME DE FLIRT, reparaissant. — Mon Dieul... j'étouffe!... je sens que je coule!...
Elle parvient, d'un effort désespéré, à s'ac-
croclier au you-you. Saint- Gynnatus se jette vivement du côté opposé, mais trop tard. Le you-you est retourné.
SAiNT-GYNNATUS, ïiagcaut, mais très gêné far son costume de molleton qui paralyse ses moiivemenis. — Où êtes-vous?... (A part.) Sacristi !... me faire tomber sans me laisser le temps d'ôter mes vêtements!... pourvu qu'elle ne se noie pas, encore!...
MADAME DE FLIRT, d'une voîx faible. — Au bateau... je suis au bateau!...
Elle se hisse au bord du bateau de secours, roule au fond et reste sans bouger.
sAiNT-cYNNATus. — Ah! bou î très bien!... (Il s'occupe de remettre d'aplomb son you-you et iU rattraper la pagaie.) Et c'est ça un rendezvous!...
Sur ]a plage
M. DE FLIRT, quarante ans. Un peu chauve et légèrement arrondi, madame de tymorey, le jeune d'ignar.
M. DE FLIRT, SB promenant majestueusement devant les cabines. — Où est ma femme?... je ne la vois pas?...
MADAME DE TYMOREY, pilicée. — NoUS UOn
plus...
LE JEUNE d'ignar. — Mais pardon, je...
M. DE flirt. — Vous la voyez?...
LE JEUNE d'ignar. — Nou, mais je la voyais il n'y a pas cinq minutes... tenez, là-bas...
li lui indique le côlé opposé au bateau de secours.
31. DE FLIRT. —Comment?... elle est encore dans l'eau I... mais il y a plus d'une heure qu'elle m'a dit qu'elle allait se baigner tout de suite...
MADAME DE TYMOREY. — Eh bien, c'cst
qu'elle a du plaisir à prolonger son bain, probablement...
LE jEU?yE d'ignar, 6os, à madame de Tymorey, — Dieu I que vous êtes méchante, vousl...
M. DE FLIRT, 7iiéfiant. — Vous dites, Ignar?... mon ami... passez-moi donc un instant votre lorgnette?...
LE JEUNE d'ignar, hésitant. — Avec ces vagues, vous ne verrez rien...
M. DE FLIRT. — DounCZ tOUJOUP??...
LE JEUNE d'ignar luî passe sa lorgnette, il regarde, — Ah 1... je l'aperçois là-bas en costume blanc... elle nage autour d'un youyou... au large... et ce canotier?... il me semble reconnaître cette brute de Saint-Gynnatus?... c'est lui, n'est-ce pas?...
UiN DRAME A LA MER 305
LE JEUNE d'ignar, ccuuUde. — Jc nc vois pas (lu tout...
M. DE FLIRT, excispérc. — Je suis sûr que c'est lui I...
MADAME DE TYMOREY, à demi-VOix. —
Parbleu I...
M. DE FLIRT, hoïidîssajit . — Qui est-ce qui a dit « Parbleu?... » pourquoi « parbleu?... » je vais voir ce qui se passe... (Très agité.) Où est le bateau du maître nageur?...
LE JEUNE d'ignar. — Eusablé...
M. DE flirt, furieux. — Oh! je saurai tout de même!... (Appelant.) Père La Pudeur!... allons! bien!... il a disparu aussi le père La Pudeur!... et je la vois... je reconnais parfaitement son costume blanc...
LE JEUNE d'ignar. — Oli ! VOUS savcz, on n'est jamais bien sûr...
M. DE FLIRT. — Je vais mc mettre à l'eau... de cette façon je saurai qui s'est permis...
Les baigneurs se rapprochent et écoutent avec intérêt. M. de Flirt disparaît dans une cabine dont il referme la porte avec fracas.
Le jeune d'Ignar se rapproche du bord et met Nivo et Saint-Leu au courant de ce qui se passe. Nivo part en nageant pour prévenir madame de Flirt, tandis que Saint-Leu s'arrête au radeau et avertit madame de Lyane.
MADAME DE TYMOREY, au jeune d'Ignar qui revient. — Que manigancez-vous donc?...
LE JEUNE d'ignar. — Ricu... et si vous dites encore un mot à Flirt, un mot, vous m'entendez... je provoque un vote de confiance pour vous expulser de notre bande...
11 se dirige vers la cabine dans laquelle M. de Flirt est entré et glisse un petit morceau de bois dans la fermeture de la porte de façon à empêcher la porte de s'ouvrir.
Dans la cabine, m. de fiirt. ?c déshabillant avec fureur.
— La misérable I .. . me tromper ainsi!... et publiquement!... il n'y a pas à dire... tout le monde sait à quoi s'en tenir, à présent!... il est vrai que c'est un peu ma faute... car enfin... cette causerie... en mer... par ce gros temps... pourrait paraître innocente à bien des gens... à tous ceux qui ne connaissent pas ma femme comme moi... (Il arrache une bretelle qui^'ésiste.) Mon Dieu!... mon Dieu!... pourvu que j'arrive à temps... que je les pince!... il y a si
longtemps que je cherche l'occasion de pincer ma femme 1... je pourrais me séparer d'elle, vivre tranquille... et je ne demanae que ça!... (Tirant une jambe de son pantalon,) Eh va donc ! . . . plus je suis pressé!... (Il tire sur Fautre jambe qui se déchire du haut en bas.) Allons! bien!... me voilà joli, à présent!... et le temps marche... et ils vontpeut-être sortir de l'eau... et je ne les pincerai pas !... (Arrachant rageusement le reste de ses habits.) Tant pis!... je déchire mes vêtements... comme dans l'Écriture sainte... (Il se précipite dans un caleçon et se jette sur la porte qu'il ne peut pas ouvrir.) Ouvrez!... ouvrez!... Tonnerre!... je suis enfermé! (Hurlant.) ouvrez!... au nom de la loil... Oh! les misérables! ils m'ont fait enfermer!... (Il fouille dans ses poches et en sort un immense couteau à viro'e.) il l'ouvre, fend la toile de la cabine et s'élance au dehors. Effarement général. La vue du couteau terrifie les baigneurs paisibles.
M. de Flirt s'apercevant de l'effet produit par son couteau désormais inutile, va pour le jeter, mais il se dit :
— On ne sait pas ce qui peut arriver...
Et, son couteau à la main, il veut entrer clans l'eau. Le Père La Pudeur l'arrête.
— Pas icil... pas ici!... au bain des hommes, le caleçon I... les costumes complets sont de rigueur au bain mixte I...
M. de Flirt le repousse brusquement. Le père la Pudeur recule en voyant le couteau.
M. de Flirt se met à l'eau et nage. On aperçoit à fleur d'eau le couteau qui brille au soleil. Les femmes se cachent le visage pour ne pas voir Tépouvantable drame qui va s'accomplir.
Madame de Flirt, avertie, est venue s'asseoir sur le radeau à la place où était madame de Lyane, qui a nagé jusqu'au bateau de secours.
M. de Flirt approche rapidement du radeau. Il ne perd pas de vue le costume blanc qu'il aperçoit au bateau de secours. Enfin I il la tient, cette fois, sa vengeance!...
Au moment où il touche au radeau, madame de Flirt le hèle :
— Hél où courez-vous donc si vite?... je
croyais que vous ne deviez pas vous baigner?... M. DE FLIRT, s' arrêtant stupéfait. — Vous?...
vous êtes là?...
MADAMK DE FLIRT, riant. — Daiiicl je I3 crois?... est-ce que c'est extraordinaire?...
M. DE FLiHT. — Et VOUS étioz là il y a cinq minutes?...
MADAME DE FLIRT. — Il y cu a mônie vingt... je me repose... la mer est trop dure pour nager longtemps...
M. DE FLIRT. — Ah I c'cst particulier I... j'aurais juré qu'il y avait là-bas une femme en blanc comme vous...
MADAME DE FLIRT. — Au batcau?... uiais elle y est toujours, mon ami...
M. DE FLIRT, à part, se hissant péniblement sur le radeau. — Ouf! tout est à recommencer I .. .
MADAME DE FLIRT, saîsie, — Qu'cst-cc que c'est que ce couteau?... vous vous baignez avec un couteau à présent?...
M. DE FLIRT, décontenancé. — C'était pour fendre la toile. . . c'est une méprise. . . une erreur. . . je croyais... après tout, on peut se tromper...
MADAME DE FLIRT. — Sausdoutc... (A ellemême.) on peut même être trompé...
AU SALON ET A l'aNTIGH AMBRE
Un hôtel au Parc-Monceau.
C'est le jour de Madame pendant la semaine
du l^"" janvier.
Salon encombré de visiteurs. Bonbons, cadeaux,
bibelots partout. Pas un siège libre, ni un
coin où poser le pied sans rencontrer quelque
chose ou marcher sur des robes.
Madame se bat les flancs pour être aimable. Dans rantichambre, les valets de pied. Ceux de
la maison et ceux des visiteurs.
AU SALON
Entrée de MADAME de nacre, petite, blonde, très élégante et mignonne.
madame, allant au-devant d'elle. — Que c'est aimable à vous d'être venue cette semaine où vous devez avoir tant de choses à faire ! , . .
LE CHOEUR. — Oui, VOUS avcz organisé une vente de charité I...
— Au Continental, n'est-ce pas?...
— J'irai vous acheter beaucoup de bibelots...
— C'est pour l'œuvre des Jeunes Circoncis ?. .
— Vous êtes si bonne...
— Je le disais encore dernièrement au baron Sinaï... vraiment, madame de Nacre est idéalement bonne...
— D'autant plus qu'on s'éreinte pour les malheureux et qu'ils ne vous en savent aucun gré...
— Parbleu!... croyez-vous que les jeunes Circoncis vous rendent jamais ce que vous faites pour eux?...
— Vous allez avoir une toilette incomparable, je parie?...
LE JOUR DE MADAME 3i5
— Est-ce toujours Duret ([ui vous liabille?...
— D'abord, tout vous val...
— Vous êtes de celles qu'un rien i)are... Etc.. etc.. etc..
DANS l'antichambre :
Après le passage de madame de Nacre :
— Fait-elle assez ses embarras?...
— C'est depuis que le gros Sinaï fournit l'os...
— Ah bahl ta parole?...
— Parbleu? tout l'monde l'saitl...
— Moi, j'aime pas l'potin, j'sais jamais les histoires des borgeois...
— Moi, j'ai l'œil américain!... etçam'rapporte...
— Dites donc?... c'est-y l'gros Sinaï qu'essuie les plâtres?...
— Ahl ouiche! avant, y avait d'Estourdy... et puis encore un vieux marron sculpté... l'est jolie !...
— Peuhl ces p'tites femmes-là, ça perd au déballage I...
316 LE JOUR DE iMADAME
— Elle a d'ia veine d'avoir un douillard comme ça !.. .
— Douillard et malin, allez I... il est capable de rouler tout Israël... et les dépendances...
— L'fait est qu'il est truqueur... de c'moment-ci, par exemple, il'ont organisé une vente d'charité... ben, c'est eux qui palpent...
Madame de Nacre sort du salon. Un valet de pied se précipite pour lui mettre respectueusement sa pelisse.
Arrive le vicomte d'adonys. Très joli garçon extrêmement élégant et chic.
AU SALON
MADAME, très aimable, lui serrant la main. — — Merci d'être venu... de vous être souvenu de mon jour... vous que l'on s'arrache...
LE c H OE u R . — Ce cher Adon3^s ! . . .
— Je vous ai aperçu ce matin sur un nouveau cheval...
— Moi aussi 1... Vous êtes passo sous ma
LE JOUR DE MADAJfE 317
fenêtre à onze heures vingt... vous reveniez du Bois sur un cheval alezan...
— Encore plus joli que le bai, cet alezan!...
— Est-ce que c'est Tony qui vous a procuré cette bete-là?...
— Je parie que c'est Tom, c'est son modèle ?. . .
— Du reste, personne ne fait valoir un cheval comme vous...
— Est-il indiscret de vous demander si vous l'avez payé cher?...
— Iroz-vous demain chez madame de Vyelgarde?...
— Ah! c'est vous qui conduisez le cotillon I...
— Vous êtes toujours en train...
— Toujours disposé à faire plaisir...