PREFACE. IX
un héritage sujet à caution. J'attends de l'équité du lecteur qu'il veuille prendre en considération les difficultés autant du lieu que du temps , contre lesquelles l'auteur avait à lutter lorsqu'il fit pour la première fois imprimer ces lettres. J'assume toute responsabilité pour la vérité des choses que je disais, mais nullement pour la manière dont elles ont été dites. Celui qui ne s'attache qu'aux mots , trouvera aisément dans mes correspondances, à force de les éplucher, bon nombre de contradictions, de légèretés, et même un manque apparent de conviction sincère. Mais celui qui saisit l'esprit de mes paroles , y reconnaîtra partout la plus stricte unité de pensée et un attachement invariable pour la cause de l'humanité, pour les idées démocratiques de la révolution. Les difficultés locales dont je viens de parler, reposaient dans la censure, et dans une double censure; car celle qu'exerçait la rédaction de la Gazette d'Jugsbourg, était encore plus gênante que la censure officielle des autorités bavaroises. J'étais souvent furcé de pavoiser l'esquif de ma pensée de banderoles dont les emblèmes n'étaient guère la véritable expression de mes opinions politiques ou sociales. Mais le contrebandier journaliste se souciait peu de la couleur du chiffon qui était pendu au mât de son navire, et avec lequel les vents jouaient leurs jeux volages : je ne pensais qu'à la bonne cargaison que j'avais à bord, et que je désirais introduire dans le port de l'opinion publique. Je puis me vanter d'avoir bien souvent réussi dans ces entreprises, et l'on ne doit pas me chicaner sur les moyens que j'employais parfois pour atteindre le but. Comme je connaissais les traditions de la Gazette d'Jagsbourg, je n'ignorais pas, par exemple, qu'elle s'était toujours imposé la tâche de porter tous les faits de l'époque, non-seulement avec la plus grande promptitude à la connais-