‹ LutèceChapitre 5 sur 25 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

sance du monde, mais aussi de les enregistrer complètement dans ses feuilles comme dans des archives cosmopolites. Il me fallait donc constamment songer à revêtir de la forme d'un fait tout ce que je voulais insinuer au public, l'événement aussi bien que le jugement que j'en portais, bref, tout ce que je pensais et sentais ; et dans ce dessein, je n'hésitais pas à mettre souvent mes propres opinions dans la bouche d'autres personnes, ou même je parabolisais mes idées. Voilà pourquoi mes lettres contiennent beaucoup d'historiettes et d'arabesques, dont le sens symbolique n'est pas intelligible pour tout le monde, et qui ont pu paraître aux yeux du lecteur superficiel comme un ramassis de jaseries mesquines et de notices de gobe-mouches. Dans mes efforts de faire toujours prédominer la forme du fait , il m'importait également de choisir pour mon langage un ton qui me permît de rapporter les choses les plus scabreuses. Le ton le plus avantageux à cet égard était celui de l'indifférence, et je m'en servis sans scrupule. Indirectement il y avait aussi moyen de donner plus d'un avis utile et de faire maint redressement salutaire. Les républicains qui se plaignent d'une absence de bon vouloir de ma part, n'ont pas considéré que pendant vingt ans, dans toutes mes correspondances, je les ai, en cas d'urgence, défendus assez sérieusement, et que, dans mon livre de Lutèce, je faisais bien ressortir leur supériorité morale, en mettant continuellement à nu l'outrecuidance ignoble et ridicule et la nullité complète de la bourgeoisie régnante. Ils ont la conception un peu lourde, ces braves républicains, dont j'avais d'ailleurs autrefois une meilleure idée. Sous le rapport de l'intelligence, je croyais que leur étroitesse d'esprit n'était que de la dissimulation, que la république jouait le rôle d'un Junius Brutus, afin de rendre par cette feinte imbécillité la royauté

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