COBOURG
des ducs, des nobles qui confèrent avec gravité sur les choses de l'État, et d'une voix infatigable remplissent l'air de leurs décrets. Ils ne siègent point, enfermés dans ces royales cavernes que vous nommez des palais, mais sous le soleil. Ils ont le ciel pour tente ; pour tapis riche et divers ils ont la verdure des arbres, où ils vivent en liberté ; pour enceinte ils ont la terre, jusqu'aux derniers horizons. Ce luxe stupide de l'or et de la soie leur fait horreur. Leur visage est le même à tous; ils font même musique et portent mêmes couleurs, étant tous noirs, pareillement. »
Quelle poésie, Messieurs, et quelle verve, et quelle originalité !
Bientôt, sentant l'orage s'amasser sur Augsbourg : « Si j'apprends que les affaires vont mal — déclare-t-il — j'aurai peine à ne point aller voir cette formidable rangée des dents de Satan! »
Aux timidités de Mélanchthon, Luther oppose une foi virile, restaurante, cette décision, et, passez-moi le terme, cette bonne humeur d'une âme qui se porte bien : t Je hais — lui dit-il — je hais de tout mon cœur les soucis dont votre esprit, affirmez-vous, est fatigué. D'où viennent-ils, ces soucis? de notre incrédulité. Ils ne proviennent ni de notre cause, ni de sa grandeur. La cause était bien autrement grande du temps de Jean Huss et de ses devanciers. D'ailleurs, si la cause est grande, grand est le patron qui la protège, qui Ta lancée sur la scène du monde. Nous n'y sommes pour rien. Notre querelle* estelle mauvaise? Rétractons-nous. Si elle est bonne, pourquoi faisons-nous Dieu menteur quand il nous
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238 LUTHEft £1 LA UÉFORAIK AU XVI^ SIÈCLE
dit d'avoir courage et d'être joyeux? Prenez-vous ses paroles pour des mots jetés au vent? Et moi aussi, j6 tremble à certaines heures, mais je repousse les suggestions de la peur. Pour le péché Christ est. mort. Pour la vérité, pour la justice il ne mourra point ; il vit et il règne. Or, s'il règne, que craignez- vous? quels dangers la vérité court-elle?
» Oui bien — répondez-vous — mais Dieu, dans sa cjlère, souffrira que la vérité périsse !
» Alors périssons avec elle, et non point de no« propres mains : celui qui nous adopta par Jésus-Christ sera le père, aussi, de nos enfants. Je prie ardemment pour vous, mais je vois avec chagrin que vous vous gorgez d'inquiétudes, comme les sangsues se gorgent de sang, détruisant ainsi le fruit de mes supplications.
y> Quant à moi, je ne sens pour notre cause aucune ombre de frayeur. Dieu peut ressusciter les morts, par conséquent U peut la maintenir, lors même qu'elle serait près de succomber; suceombàt-elle, Dieu peut la relever, la soutenir, l'affermir, et lui donner la victoire *i En face du compromis^ Luther trouve des ironies pleines de grandeur : « Vous avez entrepris cette œuvre admirable de mettre d'accoixi le pape avec Luther ! Mais le pape s'y refuse, et Luther ne veut pas. Prenez garde d'y perdre vos peines et votre temps. Si vous en venez à bout, je vous promets, moi, de réconcilier Christ et Déliai! »
1. Ailleurs, rappelant l'exliorlation du fihrisl : Ayez bon courage ! j ai vaincu le monde ! — Lulber s'écrie : « On irait la clierclier à genoux jusqu'à Ronre, jusqu'à Jérusalem ! »
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a Vous me demandez — dit-il ailleurs — jusqu'à quel point on pourrait céder ! Je n'entends point le sens de cette question. Dans votre Apologie, vous n'avez que trop faibli!... Vous êtes inquiet du dénoûment de notre affaire, parce que vous ne la pouvez comprendre! — Or, moi, je vous le déclare, si vous pouviez la comprendre je ne voudrais plus m'en mêler!... Dieu Ta mise en un lieu que vous ne trouverez ni dans votre rhétorique ni dans votre philosophie. Ce lieu s'appelle : la foi! sur laquelle reposent toutes les choses que nous ne pouvons ni comprendre ni voir. Quiconque prétend mettre ces choses à portée des yeux ou des mains reçoit pour salaire, comme vous, la désolation et les pleurs. — Que le Seigneur vous augmente la foi, à vous et à lous! a>
Puis, tout à coup, l'accent devient héroïque ; c'est l'appel du cor, c'est la note puissante qui domine le son des trompettes de Charles-Quint :
« Je prie pour vous, j'ai prié, je prierai ! Je serai exaucé, car je sens Vamen dans mon cœur. Ce que nous demandons arrivera. Si cela n'arrive pas, nous aurons mieux. Nous attendons un royaume à venir qui nous dédommagera des douleurs d'ici-ba'si... Ce qu'il vous faut, c'est la foi. 11 faut que la cause de la foi soit soutenue par la foi. Le Seigneur a commencé cette œuvre sans notre avis, il l'a protégée sans prendre notre conseil; il peut faire infiniment au delà de ce que aous implorons, même de ce que nouç pensons.
» Mais Philippe voudrait que Dieu se réglât sur ses propres idées, afin de s'écrier après : Voilà l c'est
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ainsi que les choses devaient marcher; je n'aurais pas mieux fait!
» Non! pas de moi, Philippe! Le moi qui gouverne les événements s'appelle : Je serai celui qui je serait — Son nom est : Celui qui je serai ! — on ne voit pas qui il est; mais ce sera lui; c'est Jà ce que nous verrons.
» Devenez forts dans le Seigneur. Dites à Philippe de ne pas se faire Dieu ; dites-lui de combattre le dé§ir d'être Dieu : désir inné, qui nous fut implanté par Satan, au paradis. Ce désir ne nous porte pas bonheur. C'est lui qui chassa nos parents du jardin d'Eden. Ô'est lui qui nous en bannit à notre tour. C'est lui qui nous ôtela paix... Nous sommes créés pour être hommes, non point pour être Dieu. Tous nos efforts n'y changeront rien. Ils ne nous vaudront qu'amertume et tourment. »
Puis, se tournant vers les découragés : « Regardez en haut, levez vos têtes, car le ciel est à vous, mem* bres ffdèles de Christ ! Quelle plus grande gloire voulez-vous? Est-ce peu de chose, que de servir intègrement Jésus?... J'ai hâte de vous revoir, pour essuyer la sueur de votre front! »
Cela est grand, Messieurs, cela est beau! Ce sont les rayonnants sommets de la confiance en Dieu.
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L'histoire a méconnu, nous l'avons dit, le vrai caractère de la Diète d'Augsbourg. Au lieu d'une déchéance, elle ne découvre là que des faiblesses particulières à Mélanchthon, elle n'aperçoit qu'un accident.
Lorsqu'il s'agit des peuples ou des idées, je ne crois pas, vous le savez. Messieurs, aux accidents. Je crois aux principes, et je crois que les principes engendrent les faits.
Le principe de la Réforme venait d'échapper à deux périls : aux hommes de la Renaissance, philosophes, lettrés, causeurs, rieurs, païens au fond , habiles à critiquer, impuissants à créer, grands pourfendeurs d'abus, raillant volontiers le pape et Rome, mais papistes, mais romains, et par-dessus tout épouvantés du retour au sérieux, à la foi, au renouvellement, à la Parole de Dieu. — J'ai nommé le docteur Érasme, j'ai nommé Rabelais.
Elle venait d'échapper aux mystiques : à Staupitz; en France à Briçonnet; très-pieux, ceux-là, des âmes tendres, des cœurs touchés, mais qui se seraient contentés de montrer du doigt TÉvangile et le Sauveur, sans se conformer à Tun, sans trop confesser l'autre, ménageant tout, ne cassant rien, pratiquant un culte auquel ils ne croyaient plus guère, passant condamnation sur des erreurs qu'ils connaissaient fort bien, redoutant le trop de clarté, chérissant le clair-obscur; et répétant le mot de saint Augustin, le mot du maître : « Aime Dieu, et fais ce que tu voudras. »
Un^ troisième danger, celui d*Augsbourg, attendait la Réformation.
Le voici : transiger avec Rome, renouveler le catholicisme et le rajeunir, avoir une Église gallicane ici, là une Église germanique, selon le besoin dés nationalités ; donner la coupe An peuple, donner le "pouvoir spirituel à TÉtat, tout en conservant messe, hiérarchie, opus operatnm et le reste ! Tel s'offrait le projet ; et Ton maintenait l'unité.
La tentation était immense. Tout en gardant l'Évangile — qu'on ne gardait pas — on avait pour soi l'opinion publique, les* grands, les petits, les savants, les rois ! Proclamer là Réforme, éviter la rupture, c'était le sûr moyen d'obtenir de prodigieux succès.
La Réfomw sans la rupture îie signifiait plus rien ; mais qui ôMuquiétalt de cela? Cet esprit de conciliation est si bîeit te pente du seizième siècle, il est si bien la tendance des Réformateurs, qu'on éprouve un sentiment de terreur en y régardant de près. L'idéal pour Wiclef, l'idéal pour Huss, ces précur*-
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seurs du réveil, prenait la forme d'un catholicisme national et réformé. L*Évangile leur aurait dévoilé d'autres perspectives peut-être; à l'heure de la mort, ils ne voyaient pas plus loin.
Ulrich de Hiitten et ses amis prétendaient-ils da* vantage? Nullement. Une Église allemande, subordonnée au pape, affranchie des gros abus, les aurait complètement satisfaits.
Sur ce terrain-là se seraient rencontrés adversaires et partisans. Charles-Quint y attendait Luther, qui n'y est pas descendu.
Balayer et parer la maison, mais la laisser vide, ou< verte par conséquent au malin, lequel va revenir avec sept démons plus méchants que lui, c'est le procédé naturel. A l'époque dont il s'agit, nous le retrouvons partout.
En France, les Valois et Catherine de Médicis eurent un moment ces fantaisies de rénovation que chacun sait. Catherine se serait résignée sans peine h « prier Dieu en français, » Lisez les instructions des ambas* sadeurs au concile de Trente, vous y trouverez la formule, clairement rédigée, de la réforme intérieure et du catholicisme national.
La France, Messieurs, est le pays qu'il faut toujours étudier, lorsqu'on veut se rendre compte du courant général .
Que pensait donc la France sur les questions dont il s'agit?
Son histoire entière a répondu. La France, malgré quelques déviations passagères, est gallicane jusqu'à la moelle des os.
Elle l'est par son esprit d'opposition ; elle l'est par
son esprit d'unité. Il lui déplaît autant d'accepter le joug de Rome, que de rompre avec le vieux centre de la vieille société.
Suivez la France au travers des âges. De quoi s*occupe-t-elle? A quoi travaillent ses universités, ses parlements, ses rois? à protester contre le pouvoir ultramontain. La France se range du côté des conciles de Constance et de Bâle, contre les prétentions de la papauté. La France condamne avec passion les entreprises du saint-siége. La France a ridigé depuis des siècles les quatre propositions de Bossuet !
Et la France, en même temps, est la vivante incarnation du génie latin, qui est le principe de Tunité. Une hérésie l'épouvante moins qu'un schisme. Elle tient médiocrement aux questions de doctrine, elle tient énormément à la règle, au bon ordre, à l'organisation. Elle administre! on dirait parfois qu'elle n'a guère d'autre mission ici-bas. Administrer ! c'est sa passion, c'est sa capacité, c'est sa gloire ! Elle administre tout et tous ; et la religion, qui ne s'en trouve pas mieux.
J'en conclus, Messieurs, que si la Réforme, au lieu de renverser pour rebâtir, de nier pour affirmer, de rompre pour obéir, s'était bornée à condamner les abus, à prêcher les bonnes mœurs, à recommander rÉvangile, à contenir la papauté, à fonder les Églises nationales sous l'administration des gouvernements ; elle aurait rencontré, en France et ailleurs — en France plus qu'ailleurs peut-être, — un accueil sympathique et des disciples empressés.
Ses premiers triomphes, à les considérer de près, ne s'expliquent point autrement. Un instant, les ré-
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formateurs français semblent avoir avec eux l'opinion, les savantS; le roi. On s'en étonne ; et puis Ton se demande comment il se fait que si vite, le roi, l'opinion, le peuple entier se soient retournés contre la Réformation î C'est que les premiers réformateurs français, — ceux qu'on appelle de ce nom, oubliant que la vraie Réforme date des ouvriers et des martyrs détachés de Rome par la forte impulsion de Luther — c'est que les premiers réformateurs français, ceux dont on supportait, ceux dont on écoutait la parole, au fond, ne réformaient rien. ïls restaient attachés à l'Église de Rome, ils respectaient l'unité; dès lors, ils pouvaient tonner contre les abus, parler même de l'Évangile, François P' ne s'en alarmait pas : Réforme, Renaissance, c'était tout un, ou à peu près.
Mais le jour où les principes ont agi, le jour où l'Évangile a commandé, le jour où la vérité s'est nettement séparée du mensonge, le jour où l'on a vu les artisans de Meaux, par exemple, rompre avec Rome, le jour où l'on a vu des luthériens en France, c'est-à-dire des gens qui n'étaient plus catholiques parce qu'ils étaient exclusivement chrétiens, ce jourlà, tout a changé.
Ne nous en étonnons pas : gallicanisme, réforme intérieure, on peut accorder cela sans se donner à Dieu. On ne peut, sans se donner à Dieu, servir la vérité, partout et toujours.
Ce que nous venons de voir en France, on le voyait en AlleLoagne, on le voyait à Augsbourg. Que signifie cet appel constant au concile^ mot d'ordre du seizième siècle, sinon le vague espoir de s'entendre, de ne
rien briser, et pourtant de corriger un peu ce qui, décidément, allait trop mal?
Luther, par ses lettres de Cobourg, par sa parole, par son action, réagit fortement. Lui, le conservateur, il triomphe, à force de sincérité, à force de fidélité, et des affaissements des docteurs, et des courants du siècle, et de ses propres instincts. Ce qui le sauve, c'est la vérité. L'idée d'un succès acquis au prix d'une vérité n'aborda jamais son esprit. Or, la vérité garde ceux qui sont siens.
Les docteurs d'Augsbourg, revenons à eux, étaient de leur temps. Un schisme leur répugnait, ils avaient pour idéal l'unité religieuse. Au fond, qui pourrait les en blâmer? L'union dans la vérité, par la vérité, n'estce point notre but à tous? Seulement ils cherchsdent mal ; ils cherchaient à côté.
La liéforme, nous l'avons dit en passant, n'avaitpas retrouvé le grand principe de l'Église. C'est son infidélité — son ignorance peut-être — ce sera sa défaillance et son péril constant.
Aussi longtemps que TÉglise, au lieu de redevenir la société des croyants, reste une confuse réunion d'hommes transformés en chrétiens par le baptême qu'ils reçoivent tous à leur entrée dans la vie, l'Église n'est plus l'Église, elle est le monde, elle représente l'ensemble des sociétés humaines, rien de plus, et dès lors, hiérarchie, papauté, système romain, s'imposent à elle naturellement, comme d'eux-mêmes ; à moin« qu'on ne rabaisse l'idée d'Église jusqu'à la limiter par des frontières pohtiques, jusqu'à la confondre avoc l'iîfat,
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LES Ti:iSTATIONS DE L.V UÉFORMK 24.
Entre ces deux notions : le muUitudlnisme centralise du pape, le multitudinisme localisé des souverains; les docteurs, qui avaient Tâme timide, hésitaient, ne sachant où serait le moindre mal, et penchaient vers Tusage ancien, qui préservait eu quelque mesure la dignité du spirituel.
Et puis, Messieurs, comprenons-nous bien ce que c'était au seizième siècle que de rompre avec Rome, avec tout le système des traditions, avec tout le passé ? Cette Rome, qui représentait TÉglise, encore, elle seule : l'Église, c'est-à-dire Tunité ; les hommes d'alors, même les plus chrétiens, même les plus résolus, n'abordaient point sans frémir l'idée de la quitter, l'idée de la répudier.
Faire schisme 1 là est l'épouvantail ; là est la pierre d'achoppement. Les réformateurs s'y heurtent tous, plus ou moins. Prêcher l'Évangile en restant catholiques romains , tous, plus ou moins, cultivent ce secret désir. On le rencontre chez Zwingle ; on le retrouve, même chez Carlstadt. Carlstadt, lors de la dispute de Leipzik, se considérait encore comme fiaisànt partie de l'Église romaine ; Zwingle semblait, à la mort de Léon X, s'être si peu détaché de Rome, qu'un des derniers actes de ce pape conférait au réformateur je ne sais plus quelle dignité. Le landgrave Frederick, le protecteur de la Réforme, n'a jamais bien su s'il avait, oui ou non, abandonne l'Église et déchiré son sein ; Luther, qui certes y voyait plus clair que l'électeur, tenta longtemps, il faut le rappeler ici, de restera la fois soumis au pape et fidèle à l'Écriture, de conserver ce que prescrivait la tradition et ce que réprouvait la Parole
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de Dieu. Mais Luther croyait, et Luther a rompu.
Des gens très-fins se sont ingéniés à lui trouver d'autres mobiles. Luther aurait suivi la maxime : ne sortir que chassé! — Luther, Messieurs, a suivi un précepte plus noble et meilleur : n'avancer que dans la mesure de ses convictions.
Quant à l'autre règle, fort prisée des habiles et des prudents, elle est fausse de tous points. On ne doit pas sortir, même chassé, d'une Église fidèle; on ne doit pas rester, même toléré, dans une Église indigne de ce nom.
Rome au seizième siècle tolérait beaucoup ; à condition qu'on ne se séparât pas. Gérard Roussel prêchait les Écritures, quand Rome lui donna un évêché ! Roussel fit-il bien, je vous le demande, d'accepter, et de rester, parce qu'on ne l'expulsait point?
Sans des âmes d'une autre trempe, sans ces résolus qui savaient répondre, comme Luther : Vous me supportez ! moi, je ne vous supporte pas! la Réforme aurait péri.
La Réforme est née, non d'une expulsion, mais d'un devoir : Luther n'a suivi ni plan ni système, sa conscience l'a mené. On parlementait autour de lui, on transigeait, les habiletés allaient tout perdre; Luther demeura fort parce qu'il avait la foi. La foi ne transige pas.
Plus d'un l'a regretté. Bien des personnes gémissent, à l'heure qu'il est, du triomphe remporté par la conscience lors de la Diète d'Augsbourg. Sans elle, sans ce meneur incommode, nous aurions eu, qui sait? peut-être des conversions nationales à la façon d'Henri VIII ! Peut-être que l'emoereur, content des
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évangéliques et s'appuyant sur eux, aurait rompu avec la papauté. Cédant peut-être aux oppositions gallicanes qui se manifestaient chez lui, François !•% le roi de France, aurait pris une résolution extrême, à son tour. On aurait fait de Briçonnet un admirable Cranmaer.
Ces perspectives tril/ani^s me laissent épouvanté. Que serait devenue la ^Réforme, grand Dieu ! si au lieu d'un anglicanisme, on nous en avait donné plusieurs!
Ce qui serait arrivé, je vais vous le dire : le Bas- Empire évité, on n'aurait pas évité Rome. On aurait eu des conciles, avec l'action progressante de la papauté. On aurak eu des souverains, aisément satisfaits par des concessions apparentes, et trouvant fort mauvais que des esprits inquiets cherchassent à pousser l'affaire plus loin. On aurait eu des réformateurs réduits au rôle de solliciteurs, de chercheurs d'expédients, ne sachant plus où poser la limite arbitraire des abandons de la vérité , mettant l'utilité, mettant l'usage à côté, peut-être au dessus de la Révélation ! Ce beau soleil de la Réforme, chaud et radieux, il aurait disparu. La nuit du moyen âge serait revenue, plus sombre, redoublée en quelque sorte par le jour un instant entrevu. La Renaissance alors aurait pris sa revanche. Sur les ruines des superstitions détruites aurait trôné l'incrédulité. La Rome d'Innocent III n'aurait pas reparu, le monde ne retourne pas en arrière ; mais une Rome nouvelle, la Rome de Léon X, aurait concilié la religion héréditaire du grand nombre et du gros peuple avec le sceplicisme des délicats et des lettrés.
«50 LUTHER ET LA KÉFORME AU XVl» SIÈCLE.
Messieurs, lorsque Mélanchthon hésitait à Augsbourg entre le compromis et la rupture, il hésitait entre la Renaissance et la Réformation.
Croyez-moi, remercions la conscience, louons Dieu, respirons à pleine poitrine au sortir de cette caverne d'Augsbourg! Luther, les princes, les villes, honorons tous ceux qui ont résisté! Grâce à leur fidélité, la partie est gagnée : la Réforme vaincra; elle sortira meurtrie de la bataille, — on n'affronte pas impunément de certaines questions — maïs elle vaincra ; TÉvangile a dit son dernier mot.
Le danger était sérieux. Si vous en doutez, ouvrez la Confession de fou Vous y trouverez bon nombre de vérités évangéliques, sans doute, présentées avec une modération qui n'exclut pas la vigueur; mai» vous y rencontrerez beaucoup de vieilles erreurs. La Gonfes* sion d'Augsbourg, qui invoque avant tout TÉcriture, en appelle c aux saints Pères, » également. Elle se rattache aux apôtres et se cramponne au concile de Nicée. Elle admet, on le dirait, une sorte de tradition des premiers siècles, qui viendrait s'ajouter b la Bible, et faire autorité.
Ceci est grave ; d'autant plus grave que l'autorité des Écritures, unique, exclusive, constitue le principe même de la Réformation. Lorsqu'elle l'atténue, elle s'affaiblit. Or c'est ici la tentation^ toujours la même : faire une place à la tradition, à V Église ^ les mettre sur l'autel l
U Apologie, de Mélanchthon, va plus loin. Il déclare SAINTS les moines Antoine, Bernard, Dominique, François !
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LES TENTATIONS DE LA RÉFORME 25i
Quant à la messe, « on la célèbre parmi nous — ainsi s'exprime V Apologie — avec une révérence extrême et Ton y a conservé presque tout le cérémonial. »