Livre d'heures^ crucifix^ cierges, chasubles, rien n'y manquait
Si r Apologie en disait trop, la Confession n'en disait pas assez; ses silences étonnent plus encore que ses affirmations. Quelle réserve à l'égard des évoques, quelle. circonspection vis-à-vis de la papauté! Grâce au mépris des vérités secondaires, le langage est tel que les membres de PÉglise romaine auraient pu le tenir sans la quitter.
Pormetteî-moi de placer ici^ Messieurs, une autre observation.
Confesser sa foi, c'est le droit, c'estle devoir du chrétien. Mais que la Confession de foi ne se métamorphose pas en formulaire, car derrière le formulaire se dresse précisément cet ennemi que la Réforme est venue renverser : l'interprétation obligatoire, la tradition !
Il faut dès Confessions de foi, «u ce sens que chacun doit, dans toutes les circonstances, confesser la foi qui est en lui : « De bouche on fait confession A %alut, » -
ïl faut des Confessions de foi, en ce sens que i^Église des chrétiens doit confesser la foi qu'elle a dan« l'Écriture et ie Sauveur.
L'Écriture et le Sauveur, il n'en faut pas plus ; les Églises apostoliques n'en demandaient pas plus ; ces deux articles disent tout : aussi inséparables que le contenant et le contenu, que le témoignage et le témoin ! De quel droit^ dès lors, la Confessionde nos Élises dif-
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25i LUTHER ET LA RÉFORME AU XVI« SIÈCLE
férerait-elle de la Confession de ces Églises-là? de quel droit s'étendrait-elle davantage? par quelle raison ce qui leur suffisait nous paraîtrait- il insuffisant?
La Confession dont je vous parle est sérieuse; elle est bien plus complète qu'on ne le croit, bien plus repoussée qu'on ne l'imagine des hésitants et des douteurs.
Les deux articles qui la composent — ces deux articles qui n'en font qu'un — appartiennent tellement à l'essence même de la véritable Église, que la Réformation à ses débuts les retrouve et les saisit d'emblée, tous les deux : l'Écriture ! sur l'affirmation de l'Écriture, la justification par Christ! Telle est sa glorieuse et puissante doctrine, telle est sa foi.
Mais la Réforme, à Augsbourg, perdant un peu de sa fidélité, perdait un peu de sa vigueur. Elle cherchait des appuis en dehors de l'Écriture, parce qu'elle voulait garder, contrairement à l'Écriture, certaines pratiques et certaines erreurs. De là l'idée d'un formulaire obligatoire, faisant autorité.
La Confession d'Augsbourg est cela. Elle est autre chose qu'un résumé général des convictions. Elle tend à devenir l'invariable définition de la vérité. D'autres livres, dans l'Église allemande : V Apologie, la Formule de concorde^ tes Deux catéchismes, partagent avec la Confession ce caractère, qui touche presque à finspiration. Le droit de chercher la vérité dans la Parole de Dieu se trouve limité par l'interprétation ecclésiastique de la Parole de Dieu. L'autorité de l'Église a reparu! *
A Marbourg déjà, lors du colloque entre Zwingle et Luther, on la sentait venir. I/Écriture ne fournissant
pas à Luther les secours dont il avait besoin pour établir la Consubstantiationy il les demandait à rÉglise, qui ne les lui refusait pas.
Luther commençait à dire : L'JÉflf/ise n'a jamais varié sur ce point! Le témoignage unanime de l'Église doit suffire! Douter, c'est cesser de croire à V Église! Il y a péril à élever sa voix contre la sainte Église^ qm n'a pas varié!
Depuis Augsbourg, ce dogme nouveau : l'autorité de l'Église, s'établit avec une force croissante chez Mélanchthon et chez Luther.: « Quiconque — écrit le Réformateur — nie un seul des articles de notre foi, reposant sur l'Écriture et Venseignement universel de l'Église^ doit être sévèrement puni!... A quoi bon discuter les dogmes que V Église areçus! » Puiss'adressant au duc Albert de Prusse : « Il est dangereux — s'écrie Luther — de croire ou d'ençeigner contre le témoignage de la foi et les dogmes de V Église. Celui qui doute d'un seul article contenu dans son symbole, est un hérétique en révolte contre le Christ, contre ses apôtres, et cotUre son Église^ roc inébranlable de vérité! »
Se faire Dieu ; mettre sa propre parole à côté de la Parole de Dieu, souvent au-dessus; fixer le sens de la vérité divine; fermer le livre après avoir lu ; ne pas vouloir que d'autres le lisent à leur tour; se charger de leur expUquer le céleste message ; tel a été le péché de l'homme, dans tous les temps. A peine les ipôtres sont-ils morts, qu'on s'inquiète moins de croire conformément à leurs écrits, que de croire conformément à l'interprétation des docteurs. A peine Luther a-t-il rouvert la Bible, qu'il est tenté de
234 LUTHER ET LA RÉFORME AU XVI* SIÈCLE dire : J'ai compris, il n^en faut pas plus; rancienne Église errait, la mienne n'erre pas, ses commentaires font autorité.
Et ce Luther est le même^ vous vous en souvenez, Messieurs, qui écrivait ces belles paroles : « Dites à Philippe de ne pas se faire Dieu l dites-lui de combattre le désir d'être Dieu I »
Messieurs, plus qu'un autre j'admire ce qu'il y a de grand dans les Confessions de foi du seizième siècle. Elles manifestent, non-seulement la foi, mais le merveilleux accord qui régnait entre les croyants de contrées si différentes, placés au milieu d'événements si divers. Éloquente réponse à ceux qui prétendent que la Bible est un livre obscur^ et que chacun y trouve ce qu'il veut. Les hommes de conviction, les hommes de prière y ont tous trouvé les mêmes vérités. Et c'est quand on a quitté la Bible, qu'on a rencontré la tradition *.
Augsbourg n'est pas Worms, il faut le répéter en terminant. Néanmoins, si des déviations regrettables ont eu lieu, Rome n'a pas triomphé; si la Réforme a reçu des blessures, elle est restée debout ; si Mélanchton a faibli, Luther l'a relevé; si la politique, si l'action des princes, si les guerres religieuses qu'on voit poindre à l'horizon vont entraver l'action de
1. Hàlons-nous de le dire. L'autorité des formulaires protestants, battue en brèche par La Parole de Dieu, n'est jamais parvernie à fonder, nulle part, une autorité de VÉglise. Les formulaires disparaissent rapidemeiil. Bientôt, je l'espère, nous reviendrons à la confession apostolique^ à celle qui proeiame : un seul Sauveur, révélé par la Bible, seule infaillible.
rÉvangile, FÉvangile, un moment voilé, reparaîtra. L'œuvre est de Dieu; Thomme y met ses faiblesses, Dieu y met son secours ; l'œuvre ne saurait périr.
Un dernier mot.
Depuis qu'on s'occupe de perfectionner l'artillerie — et vous savez, Messieurs, quelle ardeur on y apporte — il est un progrès qu'on n'a pu réaliser : on n'est pas parvenu à supprimer le recul.
Je crains bien que dans les affaires de ce monde, le recul ne soit jamais supprimé.
Il y a recul après les apôtres ; après les Réformateurs il y a recul ; chaque progrès entraîne sa réaction. Ce spectacle doit attrister, il ne doit pas abattre : (a pièce recule, mais le coup a porté!
ttUATRIÊME CONFÉRENCJS