Timothéd
avant de paraître, ils y rencontreraièTlt fèint de critique et de censure qu'ils ne paraîtraient jamàiis, et, à'ils paraissaient, nos adversaires soupçonneraient chaque fois une foule, de gens d*y avoir pris part. iMain tenant, on sait et Ton voit qu'ils soini tout uniment de Luther ; c'est à lui seul de sVn justilier. »
L'invasion politique se produisait souà un^ autlt forme : Toppôsition des juristes contre la Parole de Dieu. Luther fut contraint d'entrer en lutte avec tes hommes de loi. Lès légistes tenaient tous, sinon pôtir le pape, du moins pour l'usage ancien, pour le droit canonique, pour la tradition. Dans la réforme religieuse, ils pressentaient la réfoi'me législative. Le drbit moderne, représenté par Luther, était sans cesse l'objet de leurs assauts. Luther, à la fin de sa vie, se voyait obligé de défendre le principe du tnariage des prfrtres contre les tribunaux allemands! On lui opposait ces Décrétales et cette scolastique qu'il avait brûlées, plus de vingt années avant, aux portes de Wittem^ berg : « Ceux que je croyais de fidèles amis de l'Évangile — s'écrie-t-il en parlant des juristes — je trouvfe en eux des ennemis cruels! Penses-tu que ce ùe soit pas pour moi un supplice, je te le demande, mon cher Spalatin ? »
Ce n'est pas tout encore, la querelle antinomienne commence. Au nom de la grâce on déclare la guerrfe aux commandements de Dieu ! En présence des manifestations de la vérité, les manifestations de l'erreur deviennent inévitables ; quand les vagues sont profondes, elles vont remuer la boue du fond ; toutefois le mal, pour ne pouvoir être conjuré, n'en demeure
que plus affligeant; et Luther s'attriste à chaque instant davantage.
Il s'attriste surtout en assistant à cette réaction qui suit invariablement les réveils. Chez un grand nombre la piété s'était allanguie, chez plusieurs on voyait une totale perversion des mœurs. Les illusions qui accompagnent les conversions générales se manifestaient avec éclat ; Wittemberg, la ville sainte, la forteresse de la Réforme avait ses débauches et ses corruptions. « 11 vaudrait mieux — s'écriait le Réformateur — ne pas avoir chassé Satan, que de le ramener en plus grande force. » Ce fut le dernier coiip. « Quittons, quittons cette Sodome ! — écrivait Luther à sa femme; — je suis las de cette ville. .. j'aime mieux l^ourir de lieu en lieu et mendier mon pain que de .s6«ffrir les abominations qui s'y commettent! Tu peux faire toi^n^tre ma déterminatioii à Poméranus et à Philippe;Bt prie le premier qu'il fasse en num aom meîs adieiKX à Wittemberg, car je ne puis plus longtèmjps imposer silence à l'indignation de mon coeur. »
Sur les instances de l'Université, sur les prières de l'ÉfeCteurqui lui manda une députation, Luther resta, mais navré.
Tout cela préparait le citoyen des cieux au retour dans la patrie, à la belle arrivée; et c'était une nouvelle grâce de Dieu. La mort, de plus en plus, devient le sujet habituel et très-doux des entretiens de Luther avec ses amis. Apprend-il qu'un chrétien a quitté cette terre, il s*écrie : « Dieu veuille que je m'endorme aussi paisiblement dans le sein du Sauveur, sans que mon corps soit tourmenté par une longue agonie. Mais que ta volonté soit faite, Seigneur. »
Parfois une senteur printanière, le parfum des violettes qu'il aima tant, revient comme ces bouffées d'avril qui s'égarent, on le dirait, aux pâles journées d*arrière-automne : « La robe de pourpre dont elles sont vêtues — dit-il alors, parlant de ses chères violettes — est une couleur de deuil ; mais dans Tintérieur se trouve une autre fleur, une fleur couleur d'or, symbole de la foi qui brille, sans se flétrir, au milieu des douleurs. »
Luther allait cueillir la fleur d'or.
Appelé, malgré son âge, sa lassitude et ses travaux à quitter momentanément Wittemberg pour Eiseleben, où l'appelait une querelle de famille entre les comtes de Mansfeld, seigneurs de son pays, Luther entreprit le voyage, malgré lui pour ainsi dire, et en plein hiver. Il s'agissait d'éViter une rupture entre frères; Luther partit. La dernière œuvre de cet homme, que sans cesse on nous représente comme altéré de luttes et de combats, sera donc une œuvre de paix. Luther laissa son. intérieur, sa douce Catherine, trop mal portante pour l'accompagner, et s*achemina vers Eiseleben par un temps pluvieux et froid. L'expédition, en ce temps-là, n'était pas aisée. Il fallut attendre trois jours dans la ville de Halle, que la rivière débordée, la Saaky « cette grande anabaptiste ! » comme l'appelait plaisamment Luther, permit de passer plus avant. Lorsqu'on traversa le courant sur un bateau, nouveau péril; l'embarcation faillit chavirer, et Luther, qui tenait serrés contre lui ses enfants, épouvantés : « Avouez, maître Jonas, que le diable rirait bien, si Luther, ses trois fils et le docteur Jonas, se noyaient de compagnie! »
A la frontière, on trouva les comtes de Mansfeld; ils étaient accourus avec cent treize chevaux, pour mieux honorer Luther. Au bruit du canon, à l'éclat des fanfares, Luther entra dans sa ville natale qu'il avait quittée près de cinquante ans auparavant, le sac sur le dos, de pauvres habits sur le corps, fils de mineur, cheminant du côté de Magdebourg, où, pour obtenir son pain, il avait si longtemps chanté des cantiques, le soir, sous les fenêtres bien éclairées de
3^2 LUTHER ET LA RÉFORME AU XVl* SIÈCLE
ces maisons dont les habitants avaient chaud et n'avaient pas faim.
Saisi par Témotion, Luther sentit une défaillance ; dès lors cette pensée lui vint : peut-être mourrai-jè à Eiseleben, où je suis né!
Cependant il se . mit à l'œuvre, travailleur infatigable, il examinait les dossierè, cherchait à concilier les intérêts des souverains ses seigneurs, puià ïùontant en chaire, ce qu'il ne faisait plus guère à Wit'temberg, il annonçait la Parole de Dieu. Le soir, on causait; Luther parlait dé la vie future : -^ se reconnaîtra- t-on? — demandait quelqu'un. Et Luther de s'écrier : « Que fit Adam ? Jamais il n'avait vu Eve. H reposait et dormait d'un profond sommeil. Cependant il ne lui demanda pas, quand il se réveilla : D'où viens-tu? qui es-tu î — Voici, dit-il, de la chair de ma chair, et des os de mes os ! — Comment savait-il que sa femme n'était pas issue d'une pierre ? C'est qu'il était rempli du Saint-Esprit et d*un^ véritable connaissance de Dieu. Eh bien ! dans la vie à venir nous serons renouvelés à cette connaissance et à l'image de Dieu en Jésus-Christ, de telle manière que nous reconnaîtrons père et mère et amis, de face, mieux môme qu'Adam ne connut Eve. »
Dans la matinée il avait été souffrant ; tantôt couché sur un lit de repos, tantôt faisant quelques pas dans son cabinet, il priait, puis s'entretenait avec ses amis; et la pensée qu'il mourrait au lieu même oti il était né lui revenait au cœur. Ranimé pendant le repas, heureux de se trouver au milieu de gens qu'il aimait, éclairant tout par cette vive lumière de géniç, de saillies, de cordialité, de bonté qui toujours rayonnait
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en lui ; une même pensée, celle de la mort, apparaissait de nouveau, joviale cette fois et presque badine : ff Si je réussis à remettre Taccord entre mes chers seigneurs, je m'en retournerai chez moi, je me coucherai dans mon cercueil, et je donnerai mon corps k dîner aux vers. »
Mais c'est dans les lettres de Luther à Catherine, c'est dans cette tiède atmosphère de tendresse que se dilatent en quelque sorte toutes les grâces de son esprit : « A très-savante Catherine Luther — écrivaitil, le 6 janvier. — Chàre Catherine ! nous sommes ici, nous laissant martyriser et désirant de tout cœur partir. Mais cela ne pourra guère se faire avant huit jours. Tu peux dire à maître Philippe qu'il n'a qu'à corriger son sermonnaire; car il n'a pas compris pourquoi Notre-Seigneur nomme les richesses : des épines. C'est ici qu'il faut venir à l'école pour l'apprendre. Toutefois, je tremble en songeant que nuUe part la sainte Écriture ne mentionne les épines sans parler de flammes et de feu. Ceci m'engage à redoubler de patience, afin de pouvoir, sous la bénédiction de0ieu, opérer quelque bien. » Deux jours après : « J'estime que l'enfer et le monde entier sont dépeuplés de diables à l'heure qu'il est. On dirait qu'en mon honneur, ils se soient tous donné rendez-vous à Eisleben, tant les difficultés se compliquent... Priez, priez, priez, et aidez-nous, afin que nous réussissions dans ce que nous avons entrepris I J'étais aujourd'hui sur le point de faire graisser les roues de la voiture d^n9 ma colère, mais la vue des maux auxquels ma patrie est exposée m'a retenu. »
Et comme la pauvre Catherine, dévorée d'inquié-
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tudes, ne respirait plus, le docteur, vite, reprend la plume : « A sainte et soigneuse dame Catherine Luther de Zeilsdorf, à Wittemberg, ma chère et gracieuse souveraine l Grâce et paix en Christ, très-sainte dame. Nous vous sommes infiniment obligé des grands soucis qui vous empêchent de dormir. Car, depuis que vous avez soin de nous, le feu a pensé nous consumer dans notre logis, ayant pris à deux pas de la porte de notre chambre ; et hier, en vertu de vos sollicitudes, on n*en saurait douter, une pierre a failli nous tomber sur la tète et nous écraser, comme dans une souricière. — Je crains que si tu ne cesses de craindre, la terre ne finisse par nous engloutir, et que tous les éléments ne s'unissent pour nous persécuter. Prie, et abandonne les soins à Dieu ! »
Les larmes ne viennent- elles pas, lorsqu'on lit ces lettres, et qu'on pense au coup terrible qui va frapper la malheureuse femme de Luther!
Lui^ redoublait de prières. Chaque soir, entre autres, on le voyait se retirer au fond d'une de ces vastes embrasures de fenêtres que nous montrent encore les vieux châteaux; là, dans cette espèce d'oratoire, il répandait son cœur devant Dieu ; puis il revenait le visage rayonnant de joie, car il avait rejeté tout fardeau.
Le 17 février, dans la soirée, Luther enveloppé de sa robe de chambre se chauffait auprès du poêle et s'entretenait de la vie à venir avec Cœlius et Jonas, lorsque sa figure s'altéra tout à coup : « Je me trouve mal! » murmura-t-il. Aurifaber, qui entrait, lui offrit d'aller chez la comtesse,, chercher de la poudre de /icorne; Luther consentit d'un signe; le comte Albert
accourut, ratissa lui-même la poudre dans deux cuillerées d'eau-de-vie, les fit prendre à Luther, qui, ranimé par ce cordial et se trouvant mieux, s'assoupit dans son fauteuil. Réveillé vers dix heures par la cloche du château : « Eh quoi ! dit-il à ses amis et à ses fils, vous voici encore jdebout ; ne voulez-vous pas vous coucher? » — Il se leva, se dirigea vers le cabinet attenant à sa chambre, et sur le seuil : « Au nom de Dieu, s*écria-t-il, je vais me mettre au lit! et en latin : Je remets mon esprit entre tes mains : Tu m*as racheté, ô Seigneur, Dieu fidèle ! » Une fois couché, tendant la main à tous : « Docteur Jonas — dit-il — maître Gœîius et vous autres, priez pour le Seigneur notre Dieu et pour son Évangile, car le concile de Trente et le pape sont fort irrités contre lui ! » Ainsi la verve, ainsi le tour original de cette pensée remportaient, il semble, leur dernière victoire sur la mort.
Vers une heure ^u matin, le mal reprit violemment : « Ah mon cher docteur Jonas! — s'écria Luther, revenant à la pensée qui ne le quittait plus guères — j'estime que je resterai ici à Eisleben où je suis né et où j'ai été baptisé. » — « Notre -Père celeste vous aidera, répondirent les amis, par Jésus-Christ que vous avez prêché! »
Alors Luther se levant et se promenant par la chambre : « En tes mains, recommença-t-il à dire, en tes mains je remets mon esprit. Tu m'as racheté, ô Seigneur, Dieu fidèle ! » Saisi par l'oppression, il retomba sur son lit. Le comte et la comtesse, les médecins, les serviteurs, tous debout, prodiguaient leurs soins au moribond, Jonas et Cœlius lui adressaient ces bonnes, ces fortes paroles de foi qui éclairent la vallée
336 LUTHER ET liÀ RÉFORME A4I.XVI' SIÈCLE
4e ron^bre de la mort jusque clam 9es plus sinisIceF profondeurs. On reprenait «im peu d'espoir : « Vouf avez une abondance suew — s'écriaient ses amis — Dieu, par sa bonté, daignera v^ms rétablir! »^--Litlhei «eul ne s'y méprenait pas ; il répondait : « C'est kiSueui ÂQ la fin ; » — puis se remettant à prier : « O.men Père céleste 1 Dieu et Père de Notre^eigneur Jésus^ ^Christ, Dieu de toute consolation ! je te <rends gi^e 4e ce que tu m*as fait connaître ton<;her (fils Jésu»- CJirist, auquel je crois, lequel j'ai prêché et confessé, que j'ai aimé et loué, que déshonorent, perséoutent et blasphèment le pape et tous les impies. Je te prie, mon Seigneur Jésus, d'avoir pitié de ma 9)a«rvre àme. mon Père céleste, bien qu'il me faille latfâaer ici ce corps et^quitter cette vie présente, je tiens pour certain que je demeurerai toujours avec 4oi, et que rml ne pourra me ravir de ta main. » Après qu'A eut ré^ cité plusieurs passages de saint |]fean et «des Psaumes, maître Simon Wild lui fit porendre quelques gouttes d'une potion qu'il portait toujours sur hû : c de m'en vais! — dit Luther — puis trois fois de suite, uiivec une extrême rapidité, comme s'il «ût voulu 'gagner «la mort de vitesse, il répéta : «Je remets mon esprit enta main ; tu m'as racheté, ô Seigneur^ Dieu fidèle N. Après, il retomba sanS'mouvement.\FriG:tiofis,,eissais de divers genres, Kntôrrogatiens,toutrestaitinutite.^LuAerawait cessé de parler,, il paraissi^ ne .plus entendre liea.
Alors, Jonas s'appi^oohsmt : < Mon Père^ «voulez^ vous mourir en Christ et d^s la dootsiaetqiie TXHte avez piié€bée ^qulau-bovt? m
A cette question solennel, Luther,.ra8«NBbiaBt8M i^ces pour oonifiriaer son œu^are et Tffl:Mfee,4tn dar-
'MOJtT û£ LUTHER J^
ïàBT témoîgES^e.à Dieu^ pson^Qga Ie,ittat.j)ar où .se 46rimnaie3it sa vie^tâoai^omiîat : — OUI!
£i£ntàtila%u£e du m.our^t 4eviQt très-,pâl6 ; il «s* «fiaya de .Inspirer .eAoare^ puis il s'eadanûit paisiJalemèut au Selgtteur, ies «sûins jûiotes sur ;la poitriae^ sms douleur, i(aiis4|go nia, GCUMne il llavait ^ souvent demandé.
N*jest-»ce pas qu'elle est siay)le, cette mort ! et qu'elle estîgrave î et qu'elle est croyaute ! et qu'elle raconte bien la fidélité de Dieu !
Sitôt que la nouvelle fut répandue, on vit éclater des scènes de deuil qui réfutent à elles seules toutesles calomnies inventées contre Luther.
Non-seulement ses amis, mais les populations entières manifestent leur douleur; d'Eisleben à Wittembeçg ce ne sont que crîs et que larmes. L'histoire nous raconte beaucoup de pompes funèbres, je n'en connais pas qu'on puisse comparera celle-là. Dans la chambre mortuaire, les plus marquants citoyens. d'Eisleben ont réclamé la faveur de garder le corps. Durant les services funèbres qui furent célébrés plus tard, les prédicateurs ^'arrêtaient, étouffés par l'émotion, et les auditeurs pleuraient avec eux.
On prit le chemin de ^ittemberg.
L'Électeur de Saxe .avait demandé la dépouille de Luther. Le corps, placé sur une voiture de deuil, parcourut lentement des contrées dont les habitants faisaieiït cortège, cliantant des cantiques, et le front découvert.
Ainsi l'on parvint aux portes de Halle. Les étudiants^ les passeurs, le jiéoat y attendaient ^lui qui, peu (te
jours auparavant attendait, lui aussi, dans leur ville, et leur avait prêché la Parole de Dieu. Cette fois, c'était un corps glacé qu'on exposait dans l'église, et Ces lèvres si puissantes ne parlaient plus. On entonna le cent-trentième psaume : «0 Éternel! je t'invoque des lieux profonds!... Mon âme attend le Seigneur plus que les sentinelles n'attendent le matin!.. »
On le chanta, ou plutôt — comme dit Jonas — on le sanglota d'une voix entrecoupée par la douleur.
Les citoyens de Halle gardèrent le corps durant la nuit, comme ceux d'Eisleben avaient fait.
Je vous laisse à penser ce que fut l'arrivée à Wittemberg. Lorsque la multitude vit, de la porte de l'Elster où elle s'était massée, paraître le lugubre cortège qu'escortaient les comtes de Mansfeld, une immense explosion de détresse remplit l'air. Alors on se mit en marche vers l'église du château.
Hélas ! dans cette longue procession, une chose, plus navrante que toutes, attirait invinciblement les regards; sûr une humble petite voiture se trouvait une femme, que soutétiaient quelques amies et quelques parents: c'était la pauvre, la déchirée Catherine, la femme de Luther.
A Eisleben, en présence du corps que revêtait une robe de laine blanche, Cœlius s'appuyant sur les Écritures avait parlé du bonheur actuel de son ami, de son chef vénéré; il avait montré l'âme bien vivante, bien active, dans la gloire de Dieu *; il avait proclamé le re-
1. Lnc, XVI, 22. — Ecclésiasle, XII, 9. - Luc, XXUI..43. - Bom. XIV, 8. ~ Apoc. VI, VIL — II Corinlh. V, 6, 7, 8.
lèvement de ce corps, rejidu semblable au corps dans lequel Jésus est sorti vainqueur du tombeau, monté vainqueur dans les cieux ! A Wittemberg, Pomeranus, souvent interrompu par les larmes, insista sur la doctrine du Réformateur, jeta l'Église éplorée aux pieds de lésus-Christ, tandis que Mélanch thon, plus attendri, plus intime encore, peignait en traits émouvants et précis la grande, la douce, la bonne, la candide figure de Luther.
Les maîtres es arts, quand Mélanchthon eut fini, s'apprechèrent du cercueil et le déposèrent dans la fosse; une plaque de cuivre marque Tendroit.
Quelques années après, Charles- Quint, entrant en maître à Wittemberg, voulut visiter la tombe de cet homme qui s'était dressé devant lui, à Worms, et que dès lors il n'avait plus oublié.
Le duc d'Albe lui conseillait de jeter au vent les cendres de l'hérétique. L'Empereur, animé d'un noble courroux, se retourna : — Je ne suis pas venu, dit-il, faire la guerre aux morts. J'ai assez des vivants ! laissons celui-ci jusqu'au jugement dernier!
Un mot encore, nous en avons tous besoin, un mot sur la veuve de Luther. Que va-t-elle devenir, cette femme excellente et modeste, qui cheminait dans l'ombre à côté de son glorieux époux ; que va-t-elle devenir?
Ce qu'elle va devenir ! elle va mourir de détresse, et presque de faim.
C'est la honte de l'Allemagne, c'est celle des princes réformés.
Catherine, la veuve de celui qui dirigeait l'AUe-
magne entière et dooÉ rAU^ana^e- pvesq^ entiike. ^ammt vouki suifvi»; le: eonmy Gat^iiecmo: aftait élie Ottbliéf au milieu da fré^^âs deftgufirroab d« celiipm.
LuthlefT, l\ii,. ne Tarait pa* («ibUéev Pa» son testftmeni, il lui âoonmt t(mt — c» tout élaii. Usn p»\k 4e* •clkose — né vonlâmt pas^ éerimt^il a¥ec aen bem sftofi et sa tendresse^ qttt la^ mèce £4t sâiid la d^endance ée ses enlanite.
Il recommandait Catherine à ses amis, ajoutant. ces paroles, qu'on dirait prophétiques : « Je^leur adresse -cette demande parce que le diable, ne- pouvant plus me nuire, cherchera sans dout)e' à faire tout le mat possible à ma Catherine, qui a été, qui est encore, grâce à Dieu, la légitime épouse du docteur Martin. »
Luther ne possédait presque rien. A la gloire- éteiv nelle de nos Réformateurs, ces hommes qui ont exercé la plus vaste influence sont tou& morts indigents, n'ont accepté aucun avantage, ni pour eux-mêmes ni pour les leurs.
Séparée de celui qu^ellte aimait paar-dessus tout, Catherine était lom de recherchear des jouissances ici-bas; elle ne prévoyait pas néanmoins quelle «extrême misère ait^feenéait ses jours de- deuil.
Au premier moment, on s!oceupa de Cathemne.
i^eiques mois afprès, lojBsque édata la gu^rev les pwnees eurent d'auitres soucis, les amis de Luttier furent dispersés par les affaires de la Réforme, les promesses de pensèon^s'évanomenift, les eombats qui se livraient autour de Wittemberg fireiit de la vie de Clathenne iHie aianne ineessanibe^ et comme une fuite -qui ne s'arrêtait jamais. A peine rentrée dans sa triste maison qu'elle trouvait ravagée^ 1» pauvre^vetwe était
obHgée de pef^artir, pou( se ré&igier avec ses enisote» derrière l«8s mûrs de quelque vite qo'rl lui fallait qmtr ter encore, car les Espagnols de l'empereur Ghadas-^ Quin^ avançs^ent toujours. On a d'elle une touchante lettre au roi de Danemark pour 1© Komercier d'un don de cinquante dollars qu'il lui ayattfaiit; elle siga^e :. « La veuve désolée du docteur Martin Luther, de mémoire bénie. »
Poursuivie par la guerre, poursuivie par la disette, poursuivie par la peste, l'infortunée Catherine que le roi de Danemark, sourd aux prières de Mélanchthon, ne secourait plus, fuyant encore et pour la dernière fois devant l'épidémie qui javageait Wittemberg, emportée par le cheval qui traînait la charrette où elle s'était blottie avec ses enfants, Catherine fit une chute grave dont sa santé ne se releva pas. Chaque jour elle appelait son libérateur*, il vint la délier au bout de trois mois. L'Évangile faisait sa force : « Toute mon espérance — disait-elle — est en Jésus mon Sauveur, qui m'a rachetée par son sang. » Elle priait avec ardeur pour ses fils, pour l'Église, pour l'œuvre de son mari bien-aimé.
Une fois expirée, on fit à Catherine de belles funérailles, cela va sans dire; les magistrats, les docteurs, les étudiants de l'univerSité suivirent son cercueil.
On n'avait pas trouvé d'argent pour lui donner du pain; on en trouva pour ériger une statue sur son tombeau. Elle est enveloppée d'un suaire et tient une bible pressée contre son sein.
La douleur et la faim, la fuite et l'oubE, tout a passé. Catherine a franchi le seuil; elle a vu se lever ie voUe ; elle est où n'entrent plus ni la deuil ni les
832 LUTHER ET LA RÉFOftME AU XVI* SIÈCLE
pleurs, elle ne tremblera plus j)our celui qu*elleaime^ sa Madeleine est là, ses enfants sont là, Jésus lui a tout rendu!
Je ne sais pas si vous sentez comme moi, Messieurs, mais dans cette certitude je trouve une paix dont mon cœur avnit besoin.
c Le juste est retiré de devant le maL i A l'heure où Luther expire, ie concile de Trente vient de s'ouvrir, là guerre.de religion va lâcher ses fureurs, la trahison de Maurice de Saxe et la défaite de Miihlberg vont donner le signal de la vie errante , Mélanchthon va ployer, la déchéance protestante va , s'accélérer, les disputes intérieures, les rédactions de formules, la scolastique et ses tendances vont tout envahir.
Et Luther* à soixante-trois ans, après trente ans
de ministère réformateur, dit à ses amis : « Je n'ai
rien fait !» — Luther dit à Dieu : « Père, je remets mon
esprit entre tes mains! » — puis il s'endort douce*
. .ment.
c Le juste est retiré de devant le mal! »
Les lits mortuaires de nos Réformateurs sont beaux k contempler. Si leur vie présente des taches, leur Am, leur inébranlable foi reste debout au moment su-
prème où l'àme ne veut plus qu'une chose : la vérité. Mélanchthon, Zwingle, Œcolampade/ Calvin, Farel, ont rendu, de leurs lèvres décolorées, le même témoignage que Luther ; le même OUI a scellé leur conviction devant la terre et devant les cieux
A peine les restes de Luther étaient-ils couchés au caveau de Wittemberg, qu'une bulle foudroyante vint annoncer au monde le déchaînement des calamités. Paul m, fatigué des temporisations de Charles-Quint, publia tout à coup le traité secret que la cour de Rome venait de conclure avec l'Empereur. Par ce traité, qui supposait la guerre, le saint pontife promettait un secdurs de douze mille ia^tassiûs,, d& cioq miUe cfaevaus et ée deux cent mille ëcus d'oï.
Ce coup hardi de Timp^tieiiee papate tranchait net toutes les questsâns:, toutes ]m négociations,. tou& Jee expédients^ L'Empereur m seis^ la matin- forcée; UQre aut^e* ma«fn, la maii» di» SaiaU*Fèi&r di^ turé W glaive; il fallait ^^e« servir, ""
Charles^QuHit! mit au b€*i de l'emp»© — te f»t* son premier acte — le Landgrave et TÉlecteur. Pid»,^ toujours ^ptomMe,-^ iT» s'feffèrça ée séparer cf eux les vifiee protestantes^ et les^ pnaoeB réformés. Tdos rè-' siégèrent, sauf à&ax sei§»ei»Fs, te duc de Baranie* bcmrg et l^uFkê, pepréâentant de la^ bvdlidia eaietl»de Saxe, qui tous deux, sans prononcer de parole dé* , cisive, se tinrefnt k p^vî:
Quant attx populattotts étïmgéïîqties', levées -<fén setif éten, remîtes aatoiîr de Benrsdiefe, i^land^grave eM^leeteur, éftes formèrenrt une armée âé qnatrè-
LA GtJERilE^ BE SMALKALDE 335
viïigt mille hommes, bien supérieure à celle de Char^ lés^Quint.
L'Empereur sortait d^tme crise difficile. Après avoir vu ses troupes battues à Cérésolles eli la flotte de Bsffberousse hébergée dans les ports français, Char^ les venait de prendre sa revanche, il est vrai, de concert avec Henri VIII. Paris menacé, Boulogne perdue avaient préparé le traité de Crespi.. Mais de si rudes affaires épuisent les ressources; il fallait donc quelques mois à TEtopereur pour réparer ses pertes et se remettre sur pied.
Au reste, la mort s*était chargée de déblayer le terrain. Henri VIll, François 1®", Marguerite de Navarre et Gérard Roussel, son demi-Réformateur, avaient quitté ce monde.
Lamentable fin, que celle de François V. De sa main défaillante il montre les Guises, qui se préparaient à « mettre ses enfants au pourpoint, son peuple en chemise!' » puis cet homme impuissant, usé, dont rame, semble-t-il, avait disparu, pousse, hii aussi, son dernier soupir, et pour oraison fmhhte emporte ce mot d'un fils : « Il s'en va, le gaknt! »
Ce fils était Henry IL Faisant la guwre au pape et à rçmpereur, s'alliant aux protestants et aux Turcs, rachetant le tout par des persécutions intérieures chaque jour plus violentes, il suivait le chemin tracé par son devancier.
Ce fut alors que Cha?rle&-»Ouint se vit la main forcée par ie fougueux Paul IIL
Le décret de bannissement avait trouvé les princes fiers et résolus ; leur réponse portait cette adresse : « A celui qui se dit empereur i » Forts comme ils
étaient, entourés de troupes vaillantes, ils auraient pu d'emblée remporter un succès décisif; il fallait pour cela ne pas attendre, se lancer en avant, attaquer les premiers ! Mais leurs deux chefs ne se ressemblaient point. Philippe, ardent, l'esprit net et sachant bien ce qu'il voulait, rongeait son frein à côté de Jean-Frèdéric, âme consciencieuse et timorée, qui, toute pénétrée encore des objections de Luther contre l'emploi des armes, répugnait aux grands partis, restait sur la défensive et désirait n'en pas sortir.
Ainsi le temps se perdit, jusqu'au mois d'octobre, ou tout à coup une terrible nouvelle vint terrifier le camp des réformés. Maurice avait déserté l'Évangile, Maurice s'était réuni à l'Empereur, Maurice pénétrait dans la Saxe Électorale, il y entrait en ennemi !
Que Maurice eût ses raisons, qu'il les trouvât bonnes, c'est possible; aux mauvaises actions les bonnes raisons ne manquèrent jamais. On a parlé de dissensions entre les deux branches de la famille princière, on a dit que doué d'un coup d'œil pénétrant et prévoyant les revers de la ligue, Maurice avait voulu conserver les États Électoraux dans sa maison, sauf à saisir plus tard une occasion plus propice pour servir la cause des réformés. Franchement, de ces motifs^ le meilleur ne vaut rien. Que maître de la situation, que ses intérêts garantis et son ambition satisfaite, Maurice, qui ne pouvait souffrir de supérieur, se sentît aussi disposé qu'un autre à repousser l'oppression romaine et le despotisme impérial, je le crois volontiers ; toutefois, sans juger l'homme, je considère l'acte, et je dis que l'acte est une trahison.
Les résultats ne se firent pas attendre. Jean-Frédé-
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rie retourna précipitammetit chez lui pour reconquérir ses États, le Landgrave alla défendre les siens; l'Électeur palatin, le duc de Wurtemberg, les villes de Souabe et de Franconie, se sentant abandonnés, prirent le parti de se soumettre à l'Empereur.
La cause protestante semblait définitivement perdue. Cependant Paul III, du fond de son Vatican, assistait, non sans une terreur secrète, aux triomphes de l'Empereur. Il les trouvait trop rapides, dans ce vainqueur il pressentait le maître, il entrevoyait le jour où ce partisan couronné de la réforme intérieure et des transactions viendrait les imposer à ses amis comme à ses ennemis. Charles-Quint, dans les pays où pénétraient ses armées, ne sévissait point contre les protestants; on eût dit qu'il ménageait avec soin un des éléments indispensables à ses projets de conciliation à venir. Le pape remarquait cela. Impétueux comme nous l'avons vu, Paul III n'hésita point. Il retira ses troupes, les mit au service de la France, encouragea celle-ci à prêter secours aux Allemands réformés ; il approuva les efforts qu'elle tentait pour jeter les Turcs dans les États de l'Empereur; lorsque l'Électeur eut momentanément arraché la Saxe aux traître Maurice, le pape s'en réjouit publiquement ; il fit plus : sous prétexte de fièvre ou de peste, il mutila le concile, rappelant les prélats d'Italie, et coupa court, par cette décision, aux projets réformateurs de Charles-Quint.
L'Empereur n'en poursuivait pas moins sa marche triomphante. Le 24 avril 1547, son général, le duc d'Albe, remportait sur l'Électeur la décisive bataille de Miihlberg, mettait la main sur Jean-Frédéric, l'ame-
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338;LUTHEa. ET LARtCORME AU XYIe SIÈCLE
nait à Charies-Qmiiat, une seat^ewe de mort était pro» noocée eottlre le brave cfaaoï^iÂQn de FÉvaiigilê, et rEmperew se Cfo-yait magaanime en laissant la vie à son ennemi, poxur le condamner aiix fers.
Un simple acte de soctmission au concile, de Trente eàt délivré Frédéric; rEnaipeireur eoàvré de ses succès lui ordonnait d'obéirv promettaoït la liberté. Mais 1er <iue leaa* Frédéric, cette âme scrupuleuse jusqu'à la timidité, délicate jusqu'à Tliésitaifcion, se trouva plus inflexible que l'airain ea présence d'une défection. Le devoir, Messieurs, opère de ces. transformations maigoiiôques. Jean-^Frédéric répondit simplement qu'il saçri<fierait plutôt ses; Ëtails et sa tète que FÉvangile de Dieu. Pour la seconde fois dans sa vie, Cbacles- QmnJt étonné se heuita contre une de ces consciences qui savent dire : Je ne puis autrement.
Ce qu'avait été le païuvie moine Luther à Worm*, l'Éleeteurle plus puissant de l'AUema^e l'était à son tour dans un cachol.
Au surplus, sauf les eonseieiice8> tout cédait devant TEmpereur. Paul III moiurait. Maurice recevait l'invesp tituffe de la Saxe, prix de sa trahison, gaivai^tie de sa fidéhté. Jules III, le nouveau pap*» dont les vicea étaaent tels qu^on ne peuÉ même y foire allusion, sq?-^ pertsdt à TEmpereur son alliance immonde ; le confite de Trente aliait se rouvrir pajrsoa autorité. Et CharleSf* •Quint, le regard invariablement fixé sur ce plan qu'il amteonstamment poursuivi,, celui de la réfonne intérieure et des: eoneesskoiâi réciproques^ em assursât kl réalisation par l'ouverture d'uM amveUe Di^. k Augsfceurg.
LA GtJEaRË I>£ SfiUL&ALBË 33»
Là, de concert avec ce misérable Agricola, qm, après avoir exagéré k grâce pour ruiner robéissance,. formulait maintenant des actes de soumission envers Ro-me, l'Empereur présentait à l'assemblée ua arrangement qui portait le nom d'Intérim.
Cet Intérim d'Atigsbourgy dont les articles conservaient toutes les doctrine» romaines, n'accordant aux protestants que d'insignifiantes concessions, devait cesser de plein droit sitôt que seraient apparues lesdédisioBô du concile, oMgatoires pour tous.
Votts vous rappelez le Livre de RatisèoimCy et vous reconnaissez la persistance de FËmp<^eur dans ses desseins.
Les tentations de la précédente Diète dr'Augsboui^ renâââsiûent donc, plus dangereuses que jassiais.
L'unité tant rêvée ne se présentait-elle point de nouveaa?Dieu^ en permettant la défaite des protestâûts, û'avait-il poinli prononcé ? Accepter, n'étaifr-ce pcàot de la bonne poMque, n'était-ce pas mettre au fond l'Empereur contre le pape; et la Réforme parti^e ne pouvait-elle point amener, par des sentiers pkis détournés mais mmns épineux, la grande, la tolale Réformatie-n?
T«4s étaiettt fies péiils.
Pour les conjurer Dieu efeoi^t, qui raiftwrît crw, Maurice de Saxe et MétenohtkoB.
Malgré les instances de la famille dépossédée, Mé> lanehtbcm^ aprèsbien desluttes intérièares, étaift rentré d«BS Wittemberg^. Maistice le it consQlter sur Vbnêé^ rim, Sansircfaser, bien s'en faut, de reprendre la voie des expédients, le docteurPbilippe maintint fortement; lei^ dogmes proclasiés par la Coûféssion d'AugsbMtg^
Charles-Quint sentit encore cette fois que son navire heurtait sur le roc, toujours- sur le même roc : une <;onscience !
Du côté de Maurice, même opposition, déguisée sous des termes évasifs : il examinait, il ferait examiner, il ne devait rien brusquer!
Charles-Quint se tourna vers son illustre captif. Le concile et V Intérim, ce n*était pas la même chose ; on pouvait résister à Tun et se soumettre à Tautre ; la prison d'ailleurs, les douleurs d'une séquestration qui le séparait des siens, les inquiétudes, l'isolement n'avaient-ils point assoupli l'Électeur?
Charles fit donc venir le duc à Munich; il le reçut avec une sorte d'urbanité, lui promettant, en échange de son adhésion, force compensations pour les États ' perdus, et la liberté.
Or, voici la réponse de Jean-Frédéric : « Très-gracieux Empereur, je me trouve devant Votre Majesté impériale dans l'attitude d'un prisonnier. J'ai confessé la vérité, je ne le nie pas; j'ai sacrifié pour elle mes biens, ma femme, mes enfants, mes États, mes sujets, en un mot, tout ce que Dieu m'avait accordé dans le monde; il ne me reste que ce corps captif, dont je n'ai pas le droit de disposer, et qui se trouve au pouvoir de Votre Majesté impériale. Mais Dieu me préserve, exposé comme je le suis aux yeux de tous, de perdre les biens éternels, en renonçant à la vérité. Car c'est là que j'ai cherché toute ma consolation, étant pleinement assuré que, quand même je donnerais ce misérable corps et ma vie pour la vérité. Dieu me rendra quelque chose de meilleur. Il ne me conviendrait pas de scandaliser tant de milliers d'âmes par une rétrac-
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tation criminelle, si, après avoir longtemps confessé la vérité, je finissais par la renier. Ainsi, très-gracieux Empereur, je suis entre les mains de Votre Majesté, et elle a droit de me traiter en prisonnier; mais je veux persister dans la vérité que j'ai reconnue, et je souffrirai, pour montrer un exemple aux autres, tout ce qu'il plaira à Dieu et à Votre Majesté impériale de m'imposer. »
L'empereur, ne pouvant soutenir le regard de Jean, se détourna sans prononcer un mot.
Messieurs, cela est grand, cela fortifie le cœur.
Le Brandebourg, hélas ! le Wurtemberg et le Palatinat ne nous montrent pas d'héroïsmes pareils. Les princes de ces contrées adhérant àl7n^^riw,lamesse fut rétablie, et les pasteurs résistants furent déposés.
La grande Réforme allait sombrer, on le croyait; elle allait se réduire — et ses ennemis en triomphaient — à la communion sous les deux espèces et à la répression de quelques abus, lorsque Dieu fit voir quel secours il réservait aux siens. Maurice de Saxe, après s'être élevé par la destruction des princes, toucha le but et sauva la Réforme par la défaite de Charles- Quint.
A V Intérim (tAugstaurÇy Maurice avait opposé 17wtérim de Leipzig ; iTiste document, qui se contentait de réserver la question de la messe, qui admettait Tautorilé de TÉglise, la hiérarchie épiscopale, le baptême avec exorcisme, la confession accompagnée d'absolution, l'onction, les vêtements sacerdotaux, les cierges, les images, la Fête-Dieu ! — et Mélanchthon adhérait!
3i9 LUTHEW ET LA REFORME AU XV^e SIÈCLE
Pauvre ]!iWlaiicbA)èn !: Lmthdf a'était jAuts-là. Les. pér rilîB qu^on arait viss pc^sidre l0m de lapti^BÛèro. i)ijète. •d'Augsbourg le trouvatent sans défense, Livcé aux imputeions ée la politiqii^^ d« sa faiblesse ûaturelle, travaillé d'autant mieux paiî le€^ négociateurs; qu'on le savait plus accessible aux arrangeta/eats et moin^ capable de résister, il en était arrivé à signer desf conclusions dont le caractère, essentiellement fomaJa^ devait entraîner la ruine de la Reformations.
Messieurs, ne nous étonnons pas trop. U n'y avait pas de véritable Église, là Réforme n'en avait pas fondé. Restaient les princes, quelques docteurs, puis, au dessous de ces autorités qui décidaient pour Lui^ le peuple, le menu fretin, auquel l'affiche des ordonnances ap^ prenait quelle religion il fallait suivre et quel cuUe il, fallait pratiquer!
Notre âme se révolte. La seule pensée d^ ces IntéHms\ c'est-à-dire de ces rè^ements de la foi par te. pomroir séculier, provoque ti&lss^ iodigpation. C'est igm)ète, c'est? odieux l Et cepôn4dnt- cela paxaissaiJt aussii simpte à Mélanchthoa qu'à GhâxlesrQuint
Des questions de vérité pouvaient s'élevei; aloj», €Îles pouvaient prendre touAe leuar grandeur, nous l'avons vu; quant à la manière d'introduire la vérité, on he soupçonaait pas-mel^e l'éft0iîmitéde^j»jéthodjes cfueîe principe païen avaib iiav«»téesy. que rerceur romaine'availtcoiKteEYées, et:qu^avaii légu^e^ie ou^yeia &^dM% R^formajbeuiîSL
L'Allemagne hésitait entre les deux Intérims^ lors-
1. Beauèonp cfe chrétfens, d»soùs4ë, bUmèreat Mélanchthon Dour sa défaillance.
LA GUËRHE 0.E S1ULALKA.LDE 343
qU'un bïusque coup da vent les balaya tous deux.
Mavicieev chairgé par l'Empereur d*asiâéger Magdehouirg coupable d& résistaace aux décrets de la Diète, Maurice^ nnaîcm laviUe gagaée et des alliaoces con« ctu^ sous maJa avec le roi de France et les princes psolestaatf^'AIauiiiee changea, de parti, jeta le mas* que et se précipita dans le Tyrol pour y accomplir S4»i audacieuse campagne d'Inspruckl
Iteiiry 11 le secondait en attaquant, au nom de Leur indépendance, les» cités impériales de Toul, Metz et Verdun, qu'il prit et garda * .
Tout ce mouvement, dont les chefs avaient soin de faire honneur à la liberté, rencontrait les sympathies de TAUemagne que Tabsolutisme de l'Empereur effrayait, et qui tremblait de voir le régime établi au sud des Pyrénées s'installer en deçà du Rhin. Pro* testants et catholiques, Maurice avait tout pour lui.
Afin de mieux tromper l'Empereur, il venait d'expédier, aiasi que les princes alliés, sa confession de foi au concile, sollicilant des saufs-conduits pour ses théologiens; Mélanchthon, docile jusqu'au bout, s'était mis en route, lorsqu'un avis de Maurice lui ordonna àe ne pas aUer plus loin.
Charles-Quint cependant, tranquille à Inspruck où le retenait un aecèsde goutte, y vaquait à ses affaires. Tout à coup, on lui apprend que vingt -cinq mille hommes, commandés par Maurice de Saxe, marchent
1. Par une lettre publi^ïue, Henry U se déelaiait navré de Fétat de l'ÂUemagne. Il entreprenait la guerre a ponc la liberté, non ponr son profit particulier l » En ièXe de cet écrit, on voyait XML boiuMf &it§9 deux, poignatds : dfvU^ dt la liberié, disaif l'exergae.
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3U LUTHER ET LA RÉFORME AU XVIe §IÈCLE
sur le Tyrol. Ainsi, à l'heure même du succès définitif, au moment où maître en quelque sorte de la papauté parle concile, de l'Allemagne par les armes, il allait imposer aux deux partis son impériale volonté; à ce moment, le manifeste de Maurice vient annoncer à Charles que son ancien partisan tire Tépée contre lui, pour défendre la vraie religion, pour délivrer le Landgrave injustement détenu, pour affranchir V Allemagne de sa misérable condition , pour s'opposer à l'achèvement du prodigieux édifice de monarchie universelle auquel travaillait Charles-Quint depuis qu'il était Empereur I
Maurice avançait à grands pas. Sur son passage il abolissait partout Ylntérim, Les pères du concile s'étaient enfuis épouvantés ; le rêve de Charles-Quint s'écroulait par les deux bouts ; il ne lui restait plus qu'à sauver sa personne, car Maurice prenait et franchissait les défilés du Tyrol. Alors on vit, par une nuit d'orage, sous les torrents que versait le ciel, passer la litière qui emportait en Carinthie l'Empereur goutteux et fugitif.
Maurice aurait pu s'emparer de Charles-Quint. Son bon sens l'en empêcha : « Je n'ai pas — dit-il — de cage assez grande pour un tel oiseau ! »
Se faire le chef d'une révolution dont les développements lui échapperaient peut-être, c'était jouer gros jeu. Conserver l'Empereur en l'abaissant, c'était remporter un succès moins brillant mais plus sûr. Maurice le sentit, et s'en tint là.
Le vingt-six mai, une conférence, celle de Passau, mit en présence le prince de Saxe, et Ferdinand roi des Romains, frère de l'Empereur.
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LA GUEàBE DE SMALKALDE aift
Charles-Quint humilié, mais tenace toujours et se cramponnant au projet de toute sa vie, ne voulait rien céder. Il céda cependant, car il était seul. Les catholiques d*Allemagne pas plus que les protestants ne se souciaient de maintenir ou d'accroître un pouvoir qui aspirait à tout écraser. Des deux parts, on signa le Traité de Passau.
Ce traité. Messieurs, c'était la fin du règne de Charles-Quint. De ce jour date chez lui, probablement, la résolution d'abdiquer. Il ne lui reste plus qu'à régler la transmission de son pouvoir, à se recueillir et à mourir. Charles- Quint accomplira bientôt, avec une pénétrante solennité, cette résolution suprême. Vainqueur des hommes, Charles-Quint s'est brisé contre une idée. La Réforme, même défaillante et compromise, a été plus forte que lui.
Au traité de Passau, qui n*avait pu résoudre toutes les questions, devait succéder une Diète, convoquée à Augsbourg.
C'est la troisième.
Elles ont toutes été grandes : la première par sa confession de foi, la seconde par Vlntérim, la troisième par la paix *.
1. Une nouvelle guerre de religion, la guerre de Trente ans, devait mener TAllemagne ensanglantée, ravagée par le fer et par le feu, à celte autre paix, la paix de Westpbalie, plus sérieuse que la paix d'Augsbourg. Les deux partis, également exténués, renonçaient à s'absorber réciproquement. Les droits garantis aux partisans de la Confession de foi s'étendaient à tous les Réformés. Cependant, le vice fondamental subsiste, la religion d'État reste debout. C'est toujours la théorie ecclésiastique des Allemands. Les Étals sont libres; cela suffit. — Quant aux âmes
La libefrté des ctiltes fut asswrëe. Entenâons-werns : la liberté des princes et des États ; iwwi 'o^e des in*tMvidus.
Désormais, chaque souverain^ chaque '▼ille miépendante état Kbre de décider qn'on Be éUrràt plus fe messe, que TÉvangile serait prêché. L^nrélividtt 8%» tirait comme il pouvait.
Oftte paix d'Augsbourg qu'avait préparée »awrice,fl ne la signa pas. Un coup de mousquet, tiré par •derrière, termina ses jours. Fin sinistre d'une ^carrièfe où la duplicité l'emportant sur la conseienoe avflrft ■flétri de son contact les plus brillantes facultés.
Jean -Frédéric, l'Électeur, le bon confesseur de rÉvangile-, rentré dans ses États bien diminués^, salué par les transports de tout son peuple, ne «ur^ vécut pas longtemps à l'usurpateur.
Frédéric, la santé ruinée par wne captivité de cinq ans, vit, après dix-huit mois de bonheur, >expii!er sa femme, Sybille de Clèves, sa bien-airaée, 8©n ^héroïque, sa douce compagne, celle ^qui, durant la captivitéde l^ecrteur,tantôt défendait Wittembergasiiégéey tantôt implontït Gharles-^Quim, et toujours fonâfiait la foi, soutenait la fermeté du captif. 'Lorsqu'il loi fait rendu, plus faible devant la joie qu'elle ne l'avait été
engldbées dans âes organisations emitvoiNt 4à 4eitr (foi, taà ti^ isongeajt alors. Rester catholique romain on Saxe, devenir évangéliqne en Autriche 1 allons doncl L'ÉMt ntétait*>il point là pour régler la eonviclioD dvs sajiMs! — Les négooioioaps de Westphalie pas phB «que les membres de la ^dte d'AufShourg n'admireni un instant qne ^elqd*iin Ici-bas eût le vsit *do pri^r autrement qne ne le décidait Ja Un.
t. Il ne hri restait plus qne Wiâmar et'Ootha.
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devant la peine, Sybille s* évanouit aux pieds de son mari. Les douleurs dont elle avait pendant cinq ans. savouré l'amertume se vengeaient, on l'eût dit, par une fatale réaction. Chaque jour elle devenait plus languissante ; elle s'éteignit sous un beau rayon de soleil. Le dernier matin, on répéta près d!elle ce verset de saint Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle. » Sybille, d'une voix mourante, dit ^m^n. — Puis elle s'endormit.
L'Électeur, lorsqu'on liii d^sianda des ordres re-^ latifs à la sépulture de sa bien-aimée, répondit simplement : « Je ne lui survivrai pas. Recommandez aux maçons de me préparer une place à côté d'elle ; je veux reposer dans son tombeau. » — Onze jours^ après, il rendait le dernier soupir, rempli d'allégresse, confessant sa foi. Et les deux martyrs de TÉvangîie, dans la revoyance éternelle, sans que ni trahison ni despote puissent les séparer. jamais, se réjouissent à cette heure. d'une immortelle joie en présence de leur Dieu, qu'Us n'ont pas renié.
MÉLANGHTHON
11 nous reste à parler de Mélanchthon.
Vous savez l'affection de Mélanchthon et de Luther. Vous connaissez cette amitié qui a duré vingt-huit années. Aujourd'hui les hommes éminents se jalousent volontiers. Luther, trop grand pour envier personne, admirait Mélanchthon, le déclarant, par la science et par la théologie, bien supérieur à lui !
Mélanchthon, de son côté, chérissait Luther d'un sentiment où la tendresse s'unissait au respect. Quelles que fussent les divergences de nature, Mélanchthon subissait l'ascendant de Luther, en acceptait les décisions. Ainsi la faiblesse du docteur Philippe rencon- . trait l'énergie du docteur Martin, et la fougue du Réformateur trouvait son contre-poids dans le calme inaltérable du doux Mélanchthon.
Une autre affection, l'amitié de Zwingle et d'CEcolampade, reproduit les mêmes traits distinctifs.
La modération du docteur Philippe, sa délicatesse
.AÉLANCHTHON 349
ont été justement louées par ses contemporains. Il n'a jamais, et ce n'est pas un petit mérite, employé de mot ou violent ou grossier. Mélanchthen avait l'urbanité, Mélanchthon était un pacifique. Messieurs, ne dédaignons pas cela.
Mais ces qualités rares présentaient parfois, trop souvent, leur revers. Mélanchthon, indifférent aux vérités secondaireSy Tétait aussi, par là même, à beaucoup d'erreurs. L'homme qui, à part deux ou trois dogmes principaux, se persuade que tout le reste peut servir de matière à transaction, cet homme fléchira sous l'empire des instincts, des habitudes et des. souvenirs.
Ainsi s'expliquent les débilités d'Augsbourg, les déviations de Leipsick, la participation aux Intérim^ et ce voyage à Trente, si brusquement interrompu. - Messieurs, ne confondons pas les deux esprits : l'esprit d'indifférence aux vérités secondaires, et l'esprit de modération.
Les vérités ne nous appartiennent point, pas plus les petites que les grandes. Aucune d'elles ne peut fournir la monnaie d'un marché.
Si Mélanchthon avait mieux saisi le principe de la Réforme : l'exclusive autorité des Écritures; ni la tradition, ni Rome, à aucun degré, ne seraient venues s'interposer entre sa conscience et la Parole de Dieu. Vis-à-vis de Rome, négation vivante du vrai dogme «t de la véritable Église, se séparer était le devoir.
Or, la préoccupation dominante de Mélanchthon fut à plusieurs reprises d'éluder ce devoir. Grâce à Mélanchthon, Luther et le protestantisme germanique tout entier ont fléchi dans le même sens.
Ce qui manquait à Mélanchthon, c'est ce terrible
»0 LUTHER ET LllïRibi'OgiMŒ: AU XYI» SIÈCLE
eofentement fdu cœvrmou^i^BMi^ por^ Lathn-^ waît pai^. Moms 'émm^ tmems peniii *^ ^^asfiâz-duoi le tenne' — Bfélaacâithaarté^BaigQflitanaiiis foctetaent ^t raxrosT duStau^^^eHTyiet iJ«s af&aaalifiras de la Parole de Dieu.
«EssentieileiQieat ^éok^B, tie éta^^semrérjaa^ fait une <Biivre esaentîelleaaaeatlbéologiiiBe. iliast. Il âe* meiirBra k .gvaBd rédacteur des ianûfulas, des vcoafèftsionft de foi, ^des pnàavk. iqprte la bidiI de iLviiiti-^ scms rii^uenoe deA^éknclithûn^kiRéfdBmeiaUesiïaBuïe prenéra vite le caractève d'un cbmap dbos cà les docteurs ne cesseront de ièrxaiUer. La fiiUe s^efiaoera de plus <en plus sous les intesprétetions des figeants.
Mélandithon, travaiUeur.avec excà^ — ^QXt» w^us rappelez oe jour où Lu^ier^ pendant le repas de famille, lui retira la piqme des âmgis — Méb&fîklfaon, auitravers des *vaya^s/des 'C^Uoqoes^ des Diètas et des négociations, levé tous les jxntos mis deux heures du matin, compilait des ikraea^jécrivât des lettres, rédigeait des Intérim^ temaixt pîed aass ébmdas, aux cours, à la prédiontisn^ à tient. ^ ^
Ces prodigi^ox ouvnees, Mastsâeuss, inlétBi«nt ^pas. au bout du compte, des hommes ÊtitS'aiiltreiBAit ifse nous. Seulement, r«n1àoufiiaftme les ipcBrtait : ^cet entraînement que>ciiéetjane oanee magniâquef à teptelie on ne peut den sefnser. Ii«t ^is, cette «anae -était neuve, elle était jeBane;;^nia'p(réBentanst taH&ic^ttUe, ^sans rétoutf^sous inttjcbtti^e d'érndilieii dootjelle n'avait pas besom, on^tiftt'CeiitainaÉeiindair'.lc&ffiMqiiili.
Le seizième siècle ^décauvuaitiatBible; lii» les réxm-tures, les ex|riiqiËsrv'G*é(ait trécyolteràfpleiaeB^maiss 'des gerbes toujeufs fp^santea.
lVÉLANGHTH>9]f dSi
Heuf eirx le« temps de premier jet! Heureux les temp®^ qui: n- ont? pmh s'enfoncer daaïs le» livres ! Heureux les tefmps quï pensent etEf-mémes, sans s^informer outre mesupe^ de ce qu^^oa pensait avant eux ! Si vous voulez une Iliadfe •— je ne- parle pas du génie ' — donnezHs^ répoque* naïve, ne* mie donnez pas les sîècies éru(fite.
Lutfeer appartenait à Têpoque na'ïve, ^Kîanchthon zm. siècles d'érudition. Il forme'^le point de jonction ec^re te Réforme qui ouvre la Bible, et la Réforme qui consulte les docteurs. Aussi conserva-t-il d'ami- <^des correspondances avec les lettrés de toutes les opinions, avec Bembo, avec Sadtrfet, tous deux secrétwes apostoliques et tous deux cardinauEX.
Mélanchthon, qui n'hésitait pas k fausser la base fdndamentale de la Réformey joignant à l'Écriture les Pèies avee. les anciemies confessions de foi, Mélaiiàe&thon, l'homme dies formulaires, récitait journellemeiU; le décaloguey le symbole des apôtres, certains psaumes officiellement indiqués dans ses vieux livres romains. Les concessions qu'il fait à Rome — souvenons-nous de cela pour demeurer justes — sont moins des compromds de conscience, qu'ils ne s<Hit le fait d'oae coascienoe encoire aveugle^ sur bien des points^ Mais cette consciencei aurait pu s'éclairer,, mais celle dé Luther s'était éclairée. Mélanchtàoû s'est contenié du diemi-jpxu:,, voilà son péché.
Et quelle vie de guerre il a menée,; cet adorateur de la paix!
Luther disparuy quand les tendances mondainâs commencent è préva*&ir, qymnà ht théologie supplante
la religion, quand la Réforme paralysée au contact de la politique s'enfonce dans le bourbier des dissensions intérieures, lorsque les princes gouvernent décidément le spirituel; alors le pauvre Mélanchthon, cet hpmme pieux, cet homme croyant, car il l'est, abreuvé d'amertume, se débattant comme il peut entre ses propres formules et les formules des ennemis, luttant contre les hérésies naissantes, portant seul tout le poids d'un faix trop lourd pour lui, ce tranquille docteur qui a le monde sur les épaules, éveille et rencontre en nous une profonde pitié.
Fatigué, écrasé,le cœur meurtri, Mélanchthon achevait sa vie au milieu des soupirs. Vous vous rappelez son cri : « Nous avons vécu dans les synodes, nous mourrons dans les synodes ! »
Pourtant il mourut chez lui, laborieux jusqu'à sa dernière heure, debout, la plume en main ou peut s'en faut *, heureux de rejoindre son cher Luther, heureux d'entrer dans le repos, fortement appuyé sur son Rédempteur.
En décrivant sans réticence le déclin des Réformateurs allemands, j'ai fait plus. Messieurs, qu'accomplir un devoir : j'ai mis en plein soleil l'excellence de la Réformation.
La Réforme est placée, répétons-le, plus haut que les Réformateurs. Notre causé, à nous autres réformés, ce n'est ni l'infaillibilité de Lyther, ni Timpec-
1* 11 corrigea des oraisons funèbres, il corrigea des épreuves, •1 écrivit des lettres, presque jusqu'au dernier moment.
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cabilité de Mélanchthon ; notre cause, c'est Téternelie Parole de Dieu.
Les faiblesses de Thomme en révèlent la beauté.
Dès que Thomme s'écarte de ce que Dieu a dit, l'homme s'égare et son œuvre se corrompt. Sitôt que l'homme retourne à ce que Dieu a dit, l'homme retrouve la ligne droite, et son œuvre se redresse du même coup.
Regardez les Réformateurs ! Fidèles à la Réforme, au principe de la Réforme, à l'absolue, à l'exclusive autorité des Écritures, les Réformateurs, marchant d'un pas assuré, vont de force en force et de progrès en progrès. Infidèles à la Réforme, au principe de la Réforme, à Tinfaillible autorité de la Révélation, les Réformateurs sont frappés d'impuissance et d'aveuglement.
Avec le principe de la Réforme, Luther remporte la victoire de Worms;avec ce principe, Luther triomphe des fanatiques de Wittemberg; avec ce principe, Luther revendique la liberté de ses adversaires, obtient le respect des chétifs, refuse l'appui du bras séculier; armé de son principe, Luther sépare l'étendard de l'Évangile du drapeau de la Révolution , Luther apporte aux âmes dévorées par la soif les eaux jaillissantes du pardon gratuit, Luther restaure la vraie sainteté, Luther tient bon, pendant la Diète d'Augsbourg ; il relève ses amis fléchissants, il déchire les transactions, il jette les compromis aux quatre vents des cieux.
Séparé de son principe, Luther fait asseoir une tradition à côté de la Bible, seule autorité ; séparé de son principe, il repousse en sectaire les mains des chré-
Ifonsqui ne pensent pas comme lui; séparé de son principe, il approuve les intolérantes décisions de Hombourg; séparé de son principe, il renie Tinspiration première de sa foi, il étouffe les impulsions de son cœur y il condamne, il proscrit ; il organise des Églises qui n'en sont pas, il abandonne la protection divine pour l'appui des souverains.
A chaque infidélité, la cause descend. Elle descend jusqu'à l'autorisation des deux mariages du Landgrave; elle descend jusqu'à la transformation de la lutte chrétienne en lutte de partis; elle descend jusqu'à l'intronisation des formulaires, jusqu'à la formation d'une souveraineté de l'Église, jusqu'au règne ëes docteurs, jusqu'à la scolastlque, jusqu'au dixseptième siècle, figé, glacé, pétrifié * !
Messieurs, si le mal devient immense, le remède reste infaiJhWe et nous le connaissons*.
C'est en s'écartant du principe qu'on est de»tendu, c'est en revenant au principe qu'on remontera. L'abandon des Écritures a tiou* compromis^ le retour* aux Écritures sauvera tout.
Disciples de la Parole de Dieu, nous^ avons retrouvé ce qa'on appcend à som école : la foi, la vie, TobéiBsance et k liberté...
LVoyez la noteE, à la' fin du vohimo.
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