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Tiraothée, III

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ther aurait vu les charges, celle d'Ancien, celle de Diacre, rien autre; au lieu de Tautôrité de TÉglise en matière de foi, Luth'er aurait vu l'autorité de TÉcriture, rien de moins, rien de plus. La vérité, posée sur sa base, appuyée sur sa oolonney n'aurait fléchi sur aucun point.

Le tort des Réformateurs constaté, ne nous étonnons pas outre mesure de leurs déviations. Peu d'erreurs étaient plus difficiles à secouer que ce vieux multitudinisme païen, maître de la chrétienté depuis des siècles, et qui s'était attaché, tenace, opiniâtre, à l'histoire des conquêtes de l'Évangile ici-bas.

Répudier le pape, refuser le nom d'Église au vaste corps ecclésiastiqni© qui n'avait cessé d'en porter le titre glorieux; réagir contre les annales chrétiennes au nom de la Bible, contre le fait au nom du droit ; sacrifier les perspectives de puissance et de grandeur que semblaient assurer les souveuirs, pour en revenir au « petit troupeau » dont parle Jésus; de telles résolutions, héroïques, exigeaient un de ces efforts devant lesquels recule longtemps notre ' nature humaine , alors môme qu'elle est soutenue par la foi.

Le langage que cette nature-là tient à Jésus, le voici : Tu t'es trompé, Seigneur, quand tu as déclaré le troupeau petit. Il est immense ! Le troupeau, c'est le monde, tel quel. — Tu t'es trompé, quand tu as dit : « Mes brebis me connaissent, elles obéissent à ma voix, elles ne suivront pomt un étranger, il y a un seul berger et un seul troupeau ^ » Tes brebis méconnaissent ta voix, elles suivent des étrangers, elles prennent des bergers do toutes les espèces, et n'en sont pas moins tes brebis, et n'en ont pas moins le droit de s'abriter dans ton bercail! — Tu t'es trompé quand tu as dit; k Le fils de

i. Évangile selon Saint Jean, X, 16.

Dieu ^ouvora-Uil de la foi sur la (erre? » Non-seulement tu y trouveras de la foi, mjBiis nous t'y prépapons des professions universelles et même obligatoires de la foi ( Tii y verras la foi déorétée, protégée, imposée par les rois» par les gouvernements, par les nations 1

Les apôtres, c'est dommaffe, p'ont ni prévu ni ménagé eea futurs triomphes de TEglise. Ils s'en sont maigre ment tenus à leurs pauvres saaomblées, auxquelles Tedhésion personnelle, la déclaration individuelle 4'une eroyancA consoienoieusement adoptée, ne pouvaient emenor, sauf les miracles du Baint-Esprit, que de rares edbérents» Les apôtres n'ont pas su organiser l'hérédité religieuse avec son imposant, avec son rassurant cortège de eatéchuménats et de premières communions. . Par ce moyen cependant, et non par leur procédé maladroit, on pouvait arriver un jour à confopdre les deux sociétés I la civile et ta religieuse; on pouvait réussir â identifier les deux contraires ! le monde et TÉglise; on pouvait parvenir à tout englober sous un même nom, à tout garantir sous une même sécurité; quitte pour le Beigneur & recopnaître plus tard • ceux cfai sont siens l •

Ce que les apôtres n'avaient pas voulu faire, les Réformateurs l'ont fait. Ils ont transporté dans la Réforme cette notion païenne dont l'Église de Rome présente le type aoheyé. Renonçant à créer l'Église des croyants pour conserver une Église qui n'est autre chose que la nation, les Réformateurs ont nécessairement, sur cette question là, sur ce terrain là, suivi Luther dans les mêmes erreurs et donné contre les mêmes écueil. Ils ont réinstallé la tradition à côté de la Révélation, les formulaires à côté de l'Écriture, la parole de l'homme è côté de la Parole de Dieu. Ils ont recherché la protection des princes, le secours du bras séculier. Ils ont usé 4*intoléranoe, ilf oi^ adinis la persécution t Une fois \p

colonne de la vérité supprimée, il fallait bien trouver le point d'appui quelque part.

Reste y Église invisible! C'est le grand cheval de bataille qu'enfourchent tous ceux qui veulent à la fois garder la doctrine chrétienne et maintenir le principe païen.

Certes elle existe, l'Église invisible. Il y a une c assemblée des premiers nés, dont les noms sont écrits dans les deux. » Il y a un corps de Christ, sans ride ni souillure. Il y a une société sainte formée de tous ceux qui ont appartenu, de tous ceux qui appartiennent au Seigneur. Que Jean Huss , que Luther s'y soient réfugiés, je le conçois. Qu'ils aient saisi ce bel idéal pour renverser les conceptions grossières qui rattachaient le salut à telle ou telle pratique , à telle ou telle organisation; qu'ils aient, au nom des choses du dedans, réagi contre le matérialisme du dehors, je le comprends. Mais la vérité qu'ils proclamaient ainsi n'était pas, tant s'en faut, la vérité tout entière. S'il y a une Église invisible, il y a une Église visible; or c'est à celte Eglise visible qu'a été confié le dépôt des Écritures, c'est à cette Eglise visible qu'a été imposé le devoir de défendre la Parole de Dieu ; c'est dans l'Église visible que les apôtres ont établi des charges ; c'est à l'Église visible qu'ils ont donné des règles; c'est ea parlant de l'Église visible qu'ils ont dit : la colonne et r appui de la vérité! c'est cette Église-là qu'il fallait, qu'il faut rétablir.

Elle pourvoit à tous nos besoins. Où rencontrer mieux qu'autour des véritables Églises, la préparation générale dont .on vient nous parler. Quelle école enseignera mieux la foi qu'une Église qui pratique la foi? Qu'est-ce qui pourra régénérer le monde, sinon ces vifs courants qui ne se sont point confondus avec le monde? Où trouver la pure lumière de vérité, s'il n'y a des centres et comme des foyers de vérité pure, rayonnant à travers

le brouillard ? Regardez aux pays où la véritable Église debout, dans sa forme indépendante, rayonne; où elle enseigne; où elle attire comme auditeurs ces multitudes indifférentes, sceptiques, incrédules et mondaines qu'elle ne veut ni tromper ni endormir par de faux semblants d'adhésions ; voyez cet incessant travail pour converti.? les âmes; voyez ces œuvres immenses pour annoncer rÉvangilC; pour visiter les pauvres, pour soigner les malades, pour restaurer la famille, pour combattre les injustices, pour conquérir les libertés, pour relever tous les niveaux; et dites s'il y a là de la force ou de l'impuissance, de l'égoïsme ou de l'amour, si là est l'erreur ou si là est la vérité !

Ah ! quand je me tourne au contraire vers le seizième siècle, vers cette grande Réforme de Luther, figée en quelque sorte après lui, fléchissante et refroidie de son vivant déjà comme un fleuve qu'aurait saisi quelque gel subit et qui se serait tout à coup arrêté sous les glaces amoncelées ; lorsque je contemple cette morne immobilité ; lorsqu'on présence des épaves engagées parmi les flots roidis, il me faut constater des ravages, je ne puis réussir à dominer mes pensées qui rêvaient mieux. Je me figure Luther, redressant rÉglise, appelant à l'Église tous ceux qui confessent Jésus-Christ, repoussant le bras séculier, faisant rentrer les glaives au fourreau, proclamant la liberté pour tous, prêchant à de vastes auditoires réunis autour de petites assemblées, subissant la persécution peut-être, mais ne la pratiquant pas I

L'œuvre n'aurait pas revêtu des proportions si colossales, c'est possible ; elle aurait gardé le germe vital, rien n'aurait pu l'empêcher de grandir.

On prétend — au nom de quel principe , je l'ignore — nous interdire les hypothèses.

Le fait ne doit pas être discuté. Rien n'est sacré comme le fait. Que venez-vous nous rebattre les oreilles

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de vos mots pédants : le droit, le devoir, les doctrines, la vérité! Le fait est là; Vhistoire a prononcé. Ce cpi a été ; c'est ce qui devait être. Il n'y a ni vrai ni faux, il y a ce qui est I

Où l'on va par un tel chemin, je vous le donne à penser. L'âme avait des ailes pour traverser les brumes et retrouver le vrai; on la rabat par terre; elle rampera désormais dans la poussière que font nos pas.

Quoi! il nous serait défendu de penser que si l'on n'avait point, au premier siècle, dédaigné l'exemple apostolique, la chrétienté plus fidèle aurait rencontré des triomphes meilleurs 1 Quoi ! nous ne saurions imaginer, pour la Réforme, une marche plus droite, une plus fière attitude, des libertés mieux conservées, une fidélité supérieure, l'œuvre parfaite en un mot, avec toutes les bénédictions que verse la Parole de Dieu sur les hommes et sur les œuvres qui ne la désertent point!

Si Thistoire, le Dieu de notre temps, n'était en réalité que la complaisante des faits accomplis; si elle rabaissait son noble travail aux proportions d'une mesquine et lâche apologie, je ne consentirais plus à dire un seul mot d'histoire. Ija dignité, la beauté de Thistoire consistent en ceci justement, que racontant les faits, elle blâme, elle approuve, elle regrette, elle espère, parlant vrai toujours, allant toujours chercher l'hypothèse aux régions de l'idéal.

L'hypothèse est la consolation de l'histoire, elle en est la moralité.

Ceux qui ne veulent pas de l'hypothèse, ceux qui nous prêchent le fatalisme historique, ceux qui mettent la révélation progressive des événements à la place de l'immuable, de la définitive Révélation de Dieu, ceux-là forgent, sans le savoir, la plus monstrueuse des hypothèses et la plus contraire au bon sens. Ils supposent

<|ue Dieu a besoin de nos infidélités pour accomplir ses desseins; ils supposent que la volonté de Dieu n'agit pas; ils supposent que le secours de Dieu ne suffit point; ils supposent que Dieu ne saurait disposer ni d'une délivrance ni d'un succès; ils supposent que Dieu renie les hommes qui, dédaignant l'utilité, répudiant la politique, se bornent à faire ce que Dieu a dit.

Parce que nous refusons, avec les apôtres, de voir dans l'Église un corps clérical, un édifice indépendant de l'adhésion personnelle, on voudrait nous réduire à ne trouver dans l'Église qu'une sèche association d'individus qui pensent de même sur les mêmes sujets! Parce qu'avec les apôtres, nous refusons à l'Église cette infaillibilité qui n'est au fond c[ue l'infaillibilité de l'esprit humain ; parce que nous refusons de transformer l'Église en source de révélations ; parce que nous refusons de créer par elle une traditioii rivale de la Parole de Dieu ; on voudrait nouh réduire à ne plus reconnaître dans l'Eglise ni la colonae de la vérité, ni le foyer des bénédictions! Ainsi le monde, étei*nel ennemi de l'Église, contestera jusqu'à la fin son double caractère : assemblée des croyants et mère des croyants ; école et sociétç; armée de volontaires et corps du Christ; instrument et résultat de la loi!

Nous persistons, pour notre part, à prendre l'Église de Dieu comme Dieu nous l'a donnée ; avec ses saints et. son mélange; avec ses membres et ses auditeurs; avec ses petits troupeaux d'adhérents et son vaste multitudinismo d'influence et de prédication; avec son unité profonde et son profond respect des libertés; avec son lien d'amour et son horreur de l'asservissement à un pouvoir œcuménique; avec sa soumission dans les choses réglées par les apôtres et son indépendance dans les détails qu'ils n'ont pas réglés; avec sa répulsion

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pour l'esprit sectaire et sa haine eontre les tyra&nles de l'uniformité; ftyec ses diversités locales et son ensemble harmonieux.

Ceci n'est ni le respect de l'Église historiqiie, ni Fau* torité de rÉglise, érigée en infaillibilité; c'est rÉgUse, apostolique, parement et simplement.

Pour ravoir méconnue, Luther et ses amis ont à leur insu restauré Tinfaillibilité romaine. En vain Luther lécrit-U dans les Artiçh9 de Smalkalde que « la Parole de Dieu fait les articles d^ foi^ et QUtr^ cela personne^ non pas même jfn ange ! • il en vient à admettre plus taré que l'É^Useï elle aussi, fait les articles de foi. Sans doute l'Eglise va les cherck^r ian» l'Écriture; mai» quelle est la tradition qui m prétend^ pas au même berceau?

Écoute? Mélanchthon ! « L'Église ue doit pas ôtre une démocratie où Ton accorde à tous le droit de créer, non plus que de remuer des dogmes ; l'Église est une m&rtocratie réglée, dont' les chefs^ rois et évêques, choisis^sent des gens capables de juger sur les points contestés. Ainsi, connaître de )« doctrine appartient à TÉglisa, c'est-à-dire aux anciens. et aux princes; puis, la décision prise, c'est aux. priuces qu'il appartient de garder la discipline et d'exécuter la sentence du synode. »

C'est donc là, que pour avoir renié l'exemple aposior lique, on en était venu !

L'anglicanisme ienaijt un langage tout pareil.

Confier aux princes, ces évêqnes du dehors, la missiom de réprimer les hérésies et d'exiger la conformité ; le«r conférer le glaive, avec le rôle de gardiens de la reli* gion, cçtte folie et celte faute attendaient les Réformateurs sur la mauvaise route où ils s'étaieait engagés.

Le principe païen, la négation de l'Église ont en-» fanté, dans le seizième siècle, ce rôle attribué à l'État.

Qu'il y eût un énorme problème politique inévitable*

ment mêlé à }a Réforme^ je ne le nie pas. Il y élaiJ mêlé, comme il Favait été à rœ«vre apostolique, à ce travail qui devait révolutionner les lois et les mœurs.

Mais les Réformateurs, pas plus (pie les apôtres, n'étaient autorisés à signer un contrat avec les princes, à leur céder une partie de la direction dn spirituel, à chercher auprès d'eux une proleetion.

On nous demande si la désobéissance du seizième siècle n'aurait point été, par hasard, aussi avantageuse à l'Évangile que l'obéissance du premier? si l'Éleeteur de Saxe n'a pas servi la cause de la Réformation ? si le roi d'Angleterre, Henri VIII lui-même, n'a pas préparé les triomphes de la vérité ?

Pour de telles questions, il n'est qu'une réponse : Je crois en Dieu 1

Dieu, qui a laissé la faute produire ses fruits amers, aurait eu des grâces pour la soumission, soyez-en certains.

Il ne faut pas y regarder de trop près, au surplus, pour reconnaître que les services rendus et par Henri VllI, et par les Réformateurs couronnés de l'Allemagne, sont moins faits pour mériter notre reconnaissance que poui' exciter notre douleur.

Luther l'a senti, il l'a déploré. Pourtant il n'avait pas vu le bout.

Un décret du roi de Suède ou de l'Électeur de Saxe, un vote du grand conseil de Zurich, un plus d'une commune du canton de Vaud, et la conversion en massa était décidée.

La conversion en masse! Aujourd'hui comme alors, elle a des partisans. Je sais des chrétiens, qui las d'attendre les progrès parfois clair-semés et tardifs de l'Évangile, salueraient avec joie les conversions nationales, à la façon des Réformateurt couronnés! Si demain le roi d'Italie, poussé par la politique, se séparait du pape et

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faisait son pays protestant, n'y aurait-il personne pour s*en réjouir? Quant à moi, j'en pleurerais.

Autant je crois au pouvoir réformateur de l'Evangile, autant les reformations politiques me laissent indigné. KUes arrêtent pour des siècles le travail de la Parole de IJieu. Elles le compromettent. Elles le salissent, — m*on me passe Texpression.

Nous souffrirons longtemps, nous réformés, du mal que nous a fait, il y a trois cents ans, la Hôforme par voie de majorités et de décrets.

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