‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 10 sur 283 · Ci-dessus, t. 1, p. 353-35/i · texte numérisé non relu

Ci-dessus, t. 1, p. 353-35/i

3. En i5a3-i5a4, il écrit : « Ils construisent certains états, dan» lesquels on doit devenir bienheureux, comme Thomas, le moine prêcheur l'a écrit sans pudeur : Si quelqu'un entre en religion, c'est comme s'il sortait immédiatement du baptême. Et ainsi ils promettent l'affranchissement et la rémission des péchés au moyen de9 œuvres propres. Voilà le blasphème qu'il nous faut entendre », etc. VVeim., XIV, p. 6a, 23-27 (i5aa-i5a4). Voir aussi p. 6a, 5.

apostat, ils la tiennent en premier lieu1 de saint Thomas, de l'ordre des Prêcheurs ; mais, à la fin de sa vie, il est tombé dans le désespoir et il a dû dire au diable : « Je crois tout ce qui se trouve dans ce livre2 » ; — c'était la bible qu'il voulait dire. — C'est par lui qu'on a fait passer cette doctrine clans tous les ordres, dans tous les couvents, dans le cœur de tous les moines, par lui que toute une vie durant, elle a fait subir un long martyre à tant d'âmes délicates, et que finalement, par la voie du désespoir, elle les a précipitées dans l'abîme de l'enfer. C'est pourquoi, avec mou expérience de moine, moi qui jadis ai eu si profondé-

i. L'allemand porte erstlich. Denifle donne à ce mot un sen» temporel : c'est saint Thomas qui « le premier)) a enseigné cette doctrine. Scheel dit que, là encore, Déni de a chargé Luther d'une erreur controuvée : d'après lui il faut donner à erstlich un sens de priorité morale et non chronologique : « c'est avant tout de saint Thomas qu'ils tiennent cette doctrine, c'est de lui surtout qu'ils se réclament. » (Otto Scheel, ouv.cité, II, p. iôo-i5i). L'interprétation de Scheel a quelque vraisemblance : dans le même opuscule, dix pages après, Luther nous dit qu'à sa mort saint Bernard a rejeté son « baptême monastique » (Krl., 3i, 287-288; ci-dessous, p. 37- 38). En attribuant à saint Thomas la paternité de cette théorie, il serait donc tombé dans une étonnante contradiction. Toutefois, le sens ordinaire de ertslich donne raison à Denifle. En outre, ce no serait pas la seule attribution invraisemblable que Luther aurait faite à saint Thomas ; en îaiô, lo IV* Concile de Latran a employé dans une définition le mot de transsubstantiatus ; et Luther n'en a pas moins dit et répété que ce mol remontait à saint Thomas I (Plus loin, t. III, p. 232-245; Grisar, I, 129).

Pour ce qui est du sens du baptême monastique, cette question n'a du reste aucune importance. Au point de vue historique luimême, elle est tout à fait secondaire. (N. d. T).

2. ("est là un mensonge! Où Luther a-t-il pris cette histoire-là ? Dans les anciens récits, on ne trouve pas le moindre mot sur quoi l'appuyer.

ment le souci d'être un vrai moine, je puis bien appeler l'état de moinerieun gâteau infernal et empoisonné, que l'on a recouvert de sucre i ».

Saint Thomas est-il vraiment l'inventeur du « baptême monastique » ? Rien de plus faux. La vraie doctrine sur ce point remonte aux « Vies des Pères », c'està-dire à la fin du ive siècle2. Ce n'est guère que mille ans plus tard qu'apparaît saint Thomas.

En traitant du rapport entre les effets de la profession monastique et ceux du baptême, saint Thomas se réfère deux fois3 à ces Vies des Pères 4. Il aurait pu tout aussi légitimement citer deux lettres de saint Jérôme5, où ce docteur compare la profession aux vœux du baptême, parce que dans les deux cas, dit-il, on renonce au démon et à ses œuvres ainsi qu'au

i. Erl., 3i, 279. « DieKleine Antwortauf Herzog Georgs nàhestei Bach » (i533). Plu» tard encore Luther parle dans le même sens, par ex. dans les Articles de Schmalkalde, Erl., a5, i43 (i538).

3. Je ne parle pas de la traduction latine, qui pour le sixième livre est du sixième siècle, mais de l'original grec. Voir dans Migne, Patr. lat.,t. 73, Proleg., c. 42, 49.

3. 2' 2", qu. 189. a. 3, ad 3, et 4 Sent., dist. 4, qu. 4, a. 3, qu. 3.

4. Dans Migne, Patr. I. t. 73, c. 994 : « Virtutem quam vidi stare super baptisma, vidi etiam super vestimentum monachi, quando accipit habitum spiritualem ».

5. Dans Ep. 39 (n. 3), en 384 environ, il console sainte Paule de la mort de sa fille, qui ayant perdu son mari « propitio Christo, ante quatuor ferme menses, secundo quodam modo propositi se baptismo lavit, et ita deinceps vixit, ut calcato mundo, semper monasterium cogitarit ». (Migne, Patr. lat., t. 22, c. 408). En 4i4, il parle encore plus clairement dans la lettre à la vierge Démétriade (Ep. i3o, n. 7; Migne, t. 22, c. iii3): « Nunc autem quia sœculum reliquisti et secundo post baptismum gradu inisti pactum cum adversario tuo dicens ei : « Renuntio tibi, diabole, et saeculo tuo et pompée tuée, et operibus tuis », serva feedus quod pepigisti... »

monde qu'il inspire. Saint Bernard adopte cette pensée, il la développe et il arrive ainsi à cette conclusion plus précise : il faut renoncer non seulement au démon et à ses œuvres, mais encore au monde et à sa volonté propre. Il faut non seulement renouveler Vaillance du baptême, mais encore la renforcer, en nous débarrassant complètement de tout ce qui nous avait remis au pouvoir du démon à qui nous avions renoncé par le baptême1. Dans le premier chapitre, nous avons vu que même en i5iq, alors que sa pensée n'était pas encore complètement troublée, Luther lui-même comparait aux vœux du baptême les vœux et la vie religieuse : ces vœux et cette vie, disait-il, nous servent à atteindre « le but du baptême2 ».

Pour abréger, je me borne à citer, en note, l'opinion d'autres docteurs antérieurs à saint Thomas 3, et je

i. Sermo 11 De diversis (Migne, t. i83, c. 570, n. 3) : « Irritum fecimus fœdus primum : tibi peccavimus, Domine, satanae et operibus obligantes denuo nosmetipsos, jugo iniquitatis colla ultronee submittentes et subicientes nos misera? servituti. Itaque fratres mei, rebaptizari nos convenit, secundum fœdus inire necesse est, opus est professione secunda. Nec jam sufficit abrenuntiare diabolo et operibus ejus, mundo pariter abrenuntiandum est et propriae voluntati... non resarcire tantummodo fœdus primum, sed etiam roborare solliciti, ipsis quoque affectibus pariter abrenunciamus ». Voir ibid., Sermo 37, n. 3, mais surtout De prsecepto et dispens., c. 17, n. 54 (Migne, t. 182, c. 889) : comparaison entre le premier et le second baptême. Tout se réduit finalement au parfait renoncement, à la ressemblance avec le Christ, à la rénovation et à la corroboration du lien baptismal.

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