‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 11 sur 283 · Voir ci-dessus, I · texte numérisé non relu

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3. Ainsi, par exemple, Pierre Damien, Opusc. 16, c. 8 (Migne, Patr. L, t. i45, c. 37G) : « Legisti aliquando vitae monasticae proposilum secundum esse baptisma ? Sed quia hoc inveniri in dictis patrum perspicuum est, negare licitum jam non est ».

pose la question : Quelle était ici la manière de voir de saint Thomas ? Avant tout, il est à remarquer qu'il ne traite jamais ce sujet qu'incidemment et en peu de mots1. En outre, ni pour lui, ni d'une manière générale pour aucun théologien, ce qu'ils disent sur ce point n'est un article de foi ni une doctrine qui aurait pour elle toute la tradition; ce n'est qu'une opinion. Saint Thomas ne se sert même jamais de l'expression de second baptême, qu'avaient employée pourtant saint Jérôme, saint Pierre Damien et saint Bernard ; dans les Sentences, comme dans la Somme, il ne cite (en l'approuvant) que le passage des Vies des Pères que j'ai rapporté ci-dessus et il y rattache ses remarques ; dans la Somme, il n'ose même aller aussi loin que l'auteur de ces Vies, et dire que ceux qui entraient en religion

Odon de Cluny dit également : « Sicut in libro Gerontico dicitur : eadem datur gratia in monachico habitu, quae et in albU baptismi ». (Migne, l. c, t. i33, c. 55/i). Comme saint Thomas, Odon se réfère au passage des Vies des Pères (p£6>*oç cwv dytav yîoôvxwv).

Pour les écrivains postérieurs, voir ci-dessus, p. 8, n. i, p. 9, n. 3, et Rosweid, dans son édition des Vitœ Patrum (Migne, Patr. l.y 73, c. 182-183). J'ajouterai encore le célèbre théologien de Paris, Josse Clichtoue (ami de Jacques Lefcvre d'Etaples) : dans le sermon « De commendatione religionis monastice », qui est son œuvre, et que son ancien élève le moine de Cluny Geoffroy d'Amboise prononça au chapitre général de Cluny le i3 avril i5i3, il dit notamment : « Quod enim vite genus religionis professionc, in sue prime institutionis décore conspecte, praestantius invenias aut congruentius ad salutem aut expeditius ad capessendam viam vite? Id apertissime Bernardi comprobat teslimonium in lib. De praec. et dispens. (c. 17) dicentis : « Audire vultis a me, onde inter cetera penitentie instituta monasterialis disciplina hanc meruerit prerogativam, ut secundum baptisma nuncupetur », etc. Ms. de la Bibl. Mazarine. n. 10G8, fol. 169 b.

t. Dans les passages déjà cités.

obtenaient tous les avantages du baptême : « Quand même, dit-il, cette entrée en religion n'enlèverait pas toutes les peines dues au péché, elle serait toutefois plus utile qu'un pèlerinage en Terre Sainte1 ». Pour lui, comme pour tous les catholiques, le véritable fondement de la vie chrétienne est le sacrement de baptême ; tout ce qui par ailleurs est appelé baptême ne mérite ce nom que d'une manière relative, c'est-àdire par la ressemblance de ses effets avec ceux du sacrement2, mais non par une ressemblance avec la nature et la dignité du baptême, qui, lui, imprime un caractère ineffaçable. Pour ce second baptême, il s'agit simplement d'une analogie et non d'une parité. Sans doute, dans son premier ouvrage contre Guillaume de Saint-Amour, alors qu'il était jeune maître, saint Thomas a dit, en s'inspirant tacitement de saint Bernard : « De même que dans le baptême l'homme est lié à Dieu par la religion de la foi en Dieu, et qu'il meurt au péché, ainsi par le vœu de religion, il meurt non seulement au péché mais encore au monde, pour vivre tout à Dieu dans cette entreprise, où, par serment, il s'est obligé à servir Dieu3 ». Pourtant, en aucun endroit de

i. a' a", qu. 189, a. 3, ad 3 : « Legitur in Vitis Patrum (libro 6, libello 1, n. 9), quod eandem gratiam consequuntur religionem intrantes, quam consequuntur baptizati. Si tamen non absolverentur per hoc ab omni reatu pœnae, nihilominus ingressus rcligionis utilior est quam percgrinatio Terne sancta; »

3. li. Sent., dist. h, qu. 3. a. 3. qu. 1 : « Dicilur aliquid baptisraus secundum proportionem ad eundem effectuai, et sic dicitur baptismus ptenitentias et baptismus sanguinis », selon les termes de Pierre Lombard.

3. Contra impuynantes Dei cullum et religionem, c. 1, n. a. « Sicut autem in baptismo homo per fidei religionem Deo ligatur,

ses œuvres, quelque longuement qu'il ait écrit sur la vie religieuse, il n'a jamais prétendu, quoique l'occasion s'en soit fréquemment présentée, que lorsque quelqu'un entrait dans un ordre, il se trouvait dans le même état que s'il venait de recevoir le baptême; il n'a jamais dit que la vie religieuse fût l'égale du baptême.

Du reste, présentées simplement ainsi, ces propositions seraient fausses, ou tout au moins fort équivoques. L'entrée purement extérieure et matérielle n'est d'aucun profit. Non seulement celui qui émet les trois vœux en état de péché grave ne reçoit aucune grâce, mais il attire sur lui la colère de Dieu * ; et saint Thomas dit expressément : Dans l'état de perfection, il y en a qui n'ont que la charité imparfaite, ou qui même ne l'ont pas, et c'est le cas de beaucoup d'évêques et de religieux, qui sont en état de péché mortel, tandis que nombre d'excellents pasteurs des âmes ont la charité parfaite2. Gomme tous les autres docteurs catho-

peccato moritur ; ita per votum religionis non solum peccato, sed saeculo moritur, ut soli Deo vivat in illo opère, in quo se Deo ministraturum devovit fidei » [éd. Vives, 1876, t. XXIX, p. 4].

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