‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 122 sur 283 · PÈCHE FORTEMENT )) 2D · texte numérisé non relu

PÈCHE FORTEMENT )) 2D

trais-tu autant d'homicides. » « Tant que nous serons ici-bas, il faut que le péché existe ; cette vie n'est pas la demeure de la justice *. » Une confiance intime dans la rémission des péchés par le Christ suffit à tout. Dès lors, personne ne s'étonnera qu'en i522, l'ancien supérieur de Luther ait pu lui écrire : « Ta cause est soutenue et célébrée sans relâche par ceux qui fréquentent les mauvais lieux *. »

Les moines et les prêtres qui passèrent à Luther, ressemblaient à s'y méprendre à ces impies de la fin du xvc siècle, à qui le bénédictin d'Erfurt, Nicolas de Siegex, prête ces propos : « Maintenant, nous voulons pécher hardiment et gaiement, puisque nous sommes si facilement absous 3. » Mais ceux-là du moins furent blâmés et notés d'impiété ; aux autres, au contraire, le Père de la « Réforme évangélique » donnait cette exhortation tout à fait inévangélique : « Sois pécheur et pèche fortement, mais confie- toi et réjouis- toi plus fortement dans le Christ, vainqueur du péché, de la mort et du monde4. » Avec de tels hommes et de

i. Enders, III, ao8 (Luther à Mélanchthon, i" août i52i).

a. C'est Luther qui reproduit cette phraso dans sa réponse à Stvupitz : a Quod tu scribis, mea jactari ab iis, qui lupanaria coiunt», etc. Enders, III, 4o6 (37 juin 1533).

o. Chronicon ccclcsiasticum, éd. Wegelb (i855), p. 479.

k Enders, III, 208. Ci-dessus, I, 3s. f Voici dans l'original tout ce passage, que l'on cite si fréquemment par partios : « Si grat'œ prœdicator es, gratiam non fictam, sed veram preedica ; si vera gratia est, verum, non fictum peccalum ferto. Deus non facit salvos ficte peccatores. Esto peccator et pecca fortiter. sed fortius lidcctgaude in Christo, qui viclor est peccati, mortis et mundi. ï'eccandum est, quam diu sic suœus ; vita hœc non est habitatio justitia;, sed expectamus, ait Potrus, cœlos novos, et terram nOYtm, In qulbu* justitia habitat. Suftlcit quod agnovi mus per

telles exhortations, quelle société pouvait-on avoir? Et ils entendaient dire en outre que les chrétiens comme tels n'étaient pas soumis à la loi morale1, et que par nature, même dans le christianisme, tout le monde était adultère, à tout le moins dans le cœur 2 ! Enfin, ces hommes, Luther y compris, passaient leur vie sans prières, sans jeûnes, sans mortifications, puisque c'était là « un genre de sainteté qu'un chien et un porc, eux aussi, pouvaient à peu près pratiquer tous les jours 3. »

On voit clairement quelle société Luther forma avec les prêtres et les religieux apostats qui l'avaient suivi. Pour détourner de cette vue les regards du public, le (( Réformateur » attira l'attention sur les fautes du clergé régulier et du clergé séculier, et tout particulièrement sur « l'impur célibat », comme on disait dans ce milieu. Avec les siens, il arriva à ses fins et, en même temps, plus qu'aucun autre il justifia sa maxime : « Il en va toujours ainsi dans ce monde : partout la poutre juge la paille, et un grand malfaiteur en blâme un petit 4. »

Dans des livres, dans l'interprétation de l'Écriture

divitias gloriœ Dei agnum, qui tollit peccatum mundi ; ab hoc non avellet nos peccatum, etiamsi millies, millies uno die fornicemur aut occidaraus, Putas, tara parvum esse pretium et redemptionempropeccatis nostris factam in tanto ac tali agno?» *r Sur la manière différente dont les catholiques et les protestants entendent les suites de la théorie do la justification par la foi, voir notre article de la Revue du Clergé français, 10 mai igri]. [Voir, en outre, ci-après, les Additions].

i. Voir la seconde partie.

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