EXCITATIONS AU MEURTRE ET AU PILLAGE
sainte1, dans des pamphlets et souvent aussi dans leurs prédications, Luther et les siens firent de vigoureuses sorties contre la décadence morale du clergé régulier et séculier. En général, ils furent assez habiles pour ne pas toucher exclusivement à l'immoralité, mais pour s'attaquer encore à d'autres fautes, à d'autres abus plus ou moins réels; ici, le peuple se laissait beaucoup plus facilement convaincre, et par là on en arrivait à lui faire accepter docilement aussi tout ce qu'on lui débitait sur la vie coupable des célibataires papistes. Naturellement, avec les évêques et les prêtres dont la conduite n'était que trop souvent en contradiction avec la sainteté de leur état, les prédicants avaient beau jeu. Par exemple, l'homme du peuple était trop heureux de s'entendre dire que les prêtres ne recherchaient que son argent sans se soucier de son âme : il n'avait que trop souvent des démêlés avec eux. Luther le savait fort bien. Il écrivait dès i5q2 : « Il est à prévoir qu'on en viendra à un soulèvement; s'ils ne s'amendent notablement, curés, moines, évêques et tous les gens d'église pourraient bien être massacrés et chassés. Excité et poussé à bout par les dommages qu'il a soufferts dans ses biens, dans son corps et clans son âme, éprouvé et opprimé par eux
i. U. Za.sius faisait déjà cette remarque: «Je dois dire d'abord qu'avec une impudence effrontée Luther interprète contre 1« pape et les prêtres tout l'Ancien et le Nouveau Testament, du premier livre jusqu'au dernier : depuis le commencement du monde, Dieu ne semble avoir eu autre chose à faire que détonner contre le sacerdoce. Luther fait sortir tout cela de l'Ecriture avec Une violence si heureuse que celui-là seul ne l'aperçoit pas qui s'obstine à ne pas voir ». J. A. Riegger, U. Zazii, p. 198.
outre mesure et avec la dernière perfidie, l'homme du peuple ne peut ni ne veut plus supporter cette situation. Il a de bonnes raisons pour se défendre à coups de matraques et de fléaux, comme en menace Jacques Bonhomme *. » Les lamentations des prêtres, dans Eberlin de Guxzbourg, rendent la même note : « Les prêtres ne peuvent presque plus laisser voir leur tonsure, car le peuple est très monté contre eux; pour eux, on fait d'une noix une montagne, et la colère de Dieu se déchaîne sur eux. Et tous ceux qui font du mal
i, Weira., VIII, 676(1531). « Comme en menace le Kaisthans. » Karsthans est un de ces mots plaisants que les Allemands aiment tant à composer avec le mot Hans, Jean. En mot à mot, il signifie Jean de la houe. Nous traduisons par Jacques Bonhomme; on pourrait assez bien mettre aussi Le Vigneron.
Quelque temps après parut Le nouveau Karsthans, ou Le nouveau Jacques Bonhomme.
On trouve ces deux dialogues dans le recueil des œuvres de Hutten, parmi les Dialogi pseudohutteneci : Ed. Bôcking, Ulrichi Hutteni Opéra, 1. 1, 1809, Index bibliographicus Huttenianus, n'XLI*; t. IV, 1860, p. 6i5-68i ; le second dans Oskar Schade, Saliren und Pasquiile aus der Re ormationszeit, t. II, 3* éd., i863(qui semble être une simple reproduction de la première, de i856), p. i-zj/j. Le premier vient d'être réédité par H. Burckhardt ; Karsthans 1521, dans les Flugschriften aus den ersten Jahren der Reformation, t. IV, 1" fascicule (1910). D'après Schade, le dialogue Karsthans parut en i5ao, d'après Bôcking au commencement de i5ai, d'après Burckhardt, dans les premiers jours de i5ai (Schade, II, 286 ; Bôcking, IV, 616 ; Burckhardt, 3, 36 etsuiv.
D'après Schade, que suit Denifle, le nouveau Karsthans parut en juin ou juillet i5ai, d'après Bôcking, pas avant i5a3, d'après Burckhardt, de juillet à septembre i5ai (Schade, II, 386-387, Denifle, ci-après, p. 339 ; Bôcking, IV, 65o ; Burckhardt, 34, /47-/I8.
D'après Burckhardt (p. 18), l'auteur du Karsthans était le Suisse Joachira de Watt, autrement nommé Vadian.
Luther semble surtout faire allusion à ce que dit le « Vigneron » aux p. 63a et 635 de l'édition Bôcking, 78 et 98-100 de l'édition Burckhardt (N. d. T.).