‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 145 sur 283 · Voir, ci-deséus, t. I, p. Ca · texte numérisé non relu

Voir, ci-deséus, t. I, p. Ca

« au point d'en mourir s'il eût continué plus longtemps * ». Et que se proposait-il par ces épouvantables mortifications ? Nous le savons déjà : il voulait acquérir la certitude que ses péchés lui étaient pardonnes, et apaiser la sévérité du souverain Juge 2. « Par mes œuvres, je visais en toute sincérité à acquérir la justice 3 » ; dans le cloître, lui et d'autres s'étaient rendu la vie « amère » ; ils s'étaient « poursuivis et exténués. (Parla), ils avaient voulu en arriver à conquérir le Christ et parvenir à la félicité éternelle. A quoi étaient-ils parvenus ? Avaient-ils trouvé le Christ *? » Or, depuis quand Luther estime-t-il que ce n'est pas en considération de nos œuvres personnelles, quelles qu'elles soient, mais par pure grâce, sans mérite aucun de notre part que Dieu nous accorde la rémission de nos péchés et de ce qui s'y rattache? Harnack va nous répondre : « Aussi loin que nous pouvons remonter dans la pensée de Luther, c'est-à-dire, jusqu'aux premières années de ses fonctions universitaires à Wittenberg, nous constatons que pour lui la grâce de Dieu c'est la rémission des péchés, rémission que Dieu nous accorde sans mérite de notre part5. » Harnack a parfaitement raison. Cette idée, nous la rencontrons déjà dans des notes marginales sur les Sentences de Pierre Lombard, qu'il écrivit en i5io, lors de son séjour à Erfurt ; elle est plus accusée dans ses Dictées sur le

i. Erl., Sf, 373 (i533).

a. Voir ci-dessus, p. 243-245.

3. Par les œuvres dont il a parlé ci-dessus. Opp. exeg, lat., XVIII, 226(1532).

/». Erl., 48, 3i7(i53o-i532).

5. Lehrbuch der Dogmengeschichte. 3* édit., 111, 73g, noie 1,

LES VÊTEMENTS Mp,

Psautier, qu'il professa à Wittenberg de i5i3 à i5i5. A partir de cette époque, il ne put donc plus avoir recours aux macérations pour obtenir le pardon de ses péchés. Du reste, ces années-là, comme nous le verrons plus loin, il n'attribue jamais cette portée aux macérations, mais leur fin véritable, celle que leur reconnaît la doctrine catholique.

De vingt ans, puis de quinze, puis de dix, la période des mortifications se réduit donc désormais à cinq. Mais du moins les cinq premières années de sa vie monastique nous sont-elles assurées ? Pour mieux nous en rendre compte, voyons d'abord quelle était l'austérité de son ordre.

Dans cet ordre, il y avait à tous le moins une chose qui ne pouvait lui faire de mal, c'était l'habit. Gomme on vient de le voir, il parle pourtant de la grossièreté des vêtements. Mais il n'y a pas de vraisemblance qu'il en fût ainsi. L'habit des ermites de saint Augustin n'était rien moins que rude ; sans doute, d'après la Règle, il devait être bon marché et sans recherche i ; toutefois un habit rude n'était nullement prescrit. Si on l'appelle ainsi, c'est simplement par opposition avec celui des gens du monde, et parce que sur le corps le religieux portait de la laine au lieu de toile 2. Mais

i. Constltutiones Staupitzianx, c. a4 : « Fratres, exceptis femoralibus, juxta carnem lineis non utantur, sed laneis tantum. Que tanto honestati nostre congruunt, quanto fuerint viliores ». De même dans les Constitutions générales, par exemple, dans l'édition de Venise (Venetiis, i5o8), fol. a5.

2. De là l'expression des Constitutions, c. i5 : « Asperitatem veslium ».

a5o l'austérité de l'ordre de luther

des vêtements de laine n'avaient rien pour rendre à Luther la vie bien pénible. L'on s'habitue assez vite à l'impression désagréable et inaccoutumée qu'ils causent au début et celui qui une fois a porté des habits de laine ne veut plus les changer contre d'autres en toile ; je le sais par expérience : la toile me serait une grande mortification. Et sur ce point, les Augustins étaient plutôt larges que sévères. Ce que Luther nous dit de l'austérité et de la rudesse de ses habits est absolument ridicule, d'autant plus qu'ici moins que partout ailleurs il ne pouvait introduire d'austérité privée, et qu'il devait porter les mêmes étoffes que ses confrères.

Il en est de même de ses plaintes répétées sur le froid dont il aurait souffert. Ce serait à faire croire que ces froids seraient survenus sur son ordre pour les sept mois de la fin du printemps au commencement de l'automne. En effet, les statuts lui permettaient de s'habiller plus chaudement en hiver, afin qu'il n'eût pas à souffrir des rigueurs de cette saison1. Ils contenaient également des dispositions contre le froid pen-

î. Const- Staupitz., c. 2k : « Sint preterea vestiarie in quolibet loco provise pelliceis et calceis nocturnalibus quantum cujuslibet conventus admiserit facultas, ne illis qui assidue divinis vacant desint necessaria, precipue hyemali tempore. Idcirco astringimus priores et procuratores ut illis tanto intendant diligentius, quo Ordinis honorem et divini cultus diligunt promotionem, neque enim fratres absque provisione corporis possunt perseverare in laudibus divinis ». Ce statut avait été édicté pour l'Allemagne, et précisément à cause de ses rudes hivers ; il avait d'ailleurs son fondement dans les Constitutions générales (c. a/j). Si Luther eût été franciscain à l'époque de S. Bonaventure, c'est alors qu'il aurait eu lieu de se plaindre du froid. C'est à juste titre que ce saint rappelle y « afilictio frigoris et caloris». Voir ci-dessus, 1. 1. p. ut. n. 4.

le froid; l'office NOCTURNE 25l

dant le repos de la nuit *. Il est certain que sur ce point peu de laïques d'Erfurt étaient entourés d'autant de soins que ne l'étaient les moines augustins du couvent de cette ville. Sans doute, Hausrath écrit : « Luther couchait sans couvertures dans une froide cellule2». Mais où est-ce que Luther nous le dit? Du moins n'est-ce aucunement dans le passage auquel Hausrath nous renvoie3. Et quand bien même il l'aurait réellement dit et fait, qu'est-ce que cela prouverait ? Que cette mortification était sa propre faute et non celle de l'Eglise ou de son ordre ; ce serait une preuve qu'il aurait manqué de discrétion.

Il n'y a donc pas à s'étonner que, dans l'énumération des austérités de l'ordre, les constitutions des Ermites ne fassent pas mention du froid *, alors cependant que les veilles y figurent. Mais qu'entend-on par ce dernier mot ? L'office nocturne. Or, de quel droit Luther pouvait-il se plaindre à ce sujet, puisque cet office de la nuit était en usage non seulement dans tous les ordres religieux, mais même dans les chapitres des cathédrales, usage que quelques chapitres ont conservé jusqu'au début du xvme siècle? Chez les ermites de saint Augustin, cet exercice était-il particulièrement dur? Pas plus que partout ailleurs. Il comprenait Matines et Laudes, ainsi que parfois Matines et Laudes du Petit office de la sainte Vierge.

i. Ibid.

a. Neue Heidelberg. Jahrbiïcher, VI, p. 181. Luthers Leben (190$), I, 34.

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