Voir ci-dessus, t. I, p. ioq, n. i
2 5a l'austérité de l'ordre DE LUTHER
Dans notre couvent de Gratz cet exercice était plus long : après l'office, nous avions encore une demiheure de méditation, en sorte qu'il durait de minuit à une heure et demie du matin, et cela, hiver comme été, à l'exception des trois derniers jours delà Semaine Sainte. Ces veilles ont-elles délabré et martyrisé mon corps et celui de mes confrères, au point que nous en fussions presque morts? Elles le firent si peu que, pour mes confrères et pour moi, l'office de la nuit était la partie la plus belle de l'observance de notre ordre, parce que, pendant que tout dormait nous pouvions chanter les louanges de Dieu. Il ne nous vint jamais à l'esprit que nous pratiquions là une mortification mortelle pour nos corps ou une œuvre qui nous obtiendrait le pardon de nos péchés ; nous ne manquions pas de sens à ce point. Ce n'est que de longues années après que j'ai su par Luther cette fin prétendue. Pendant sa vie monastique, alors qu'il avait des idées justes, il pensait tout comme nous. En i5i4, il commente ce verset du Psaume 118 : « Pendant la nuit, Seigneur, je me suis rappelé ton nom » ; il écrit : u L'homme intérieur sert Dieu nuit et jour, car il ne dort pas plus la nuit que le jour et même moins, surtout si en même temps son corps veille ; pendant la nuit, l'esprit est plus capable des choses surnaturelles que pendant le jour, ainsi que nous l'apprend l'expérience des Pères. C'est pourquoi l'Eglise pratique la salutaire habitude de chanter pendant la nuit les louanges du Seigneur1 ». Aussi, « est-ce une coutume dans l'Eglise
i. Dictata super Psalterium, Weim., IV, 334.
l'office nocturne. AUTRES VEILLES 253
de se lever au milieu de la nuit1 ». Bien plus, Luther va jusqu'à se déclarer résolument pour la méditation matinale, dont les coutumes de son ordre ne disaient rien, et il demande que, pour la rendre fructueuse, on ne se dissipe pas la veille au soir, mais que l'on fasse même une méditation pour s'y préparer2. Et pourquoi tout cela ? Pour mériter le pardon de ses péchés ? Pour obtenir la justification ? Nullement, mais pour se souvenir de Dieu 3. La rémission des péchés est une grâce absolument gratuite. Empruntant les paroles de saint Augustin4, il écrivait quelques pages plus haut : « Ce n'est pas à cause de nos mérites, mais par pure bonté que Dieu nous remet nos fautes et nous promet la vie éternelle ». Puis il ajoute : « En effet, c'est la foi qui nous justifie5 ».
Du reste, alors comme aujourd'hui, les religieux faibles de santé ou surchargés de travail (il est inutile de parler des malades) étaient dispensés de l'office de la nuit. De tout temps d'ailleurs on avait défendu de se livrer à des veilles de par son autorité privée. Si sur ce point Luther a été trop loin, il y avait là de sa faute, et par conséquent, péché contre la vertu de discrétion, dont je vais parler dans un instant.
I. Ibid., p. 335, sur le verset : « Media nocte surgebam ad confitendum tibi » : « Nox... satis expresse ad literam hic notât surgendi morem in Ecclesia in média nocte ».
a. Ibid., III, 36a. Voir aussi IV, 474.
3. Ibid. III, p. 36i : « Ut ad minus memores simus Dei de sero et mane, ut sic principium et finis nobis îpse sit ».
A. E narrât, in Psalm.. 6o, n. 9.