I Tim., h
U. In ep. I ad Tim., c. U, lect. 2. Saint Thomas ajoute cette remarque judicieuse : « Corporalis exercitatio jejunii et hujusmodi... ad modicum utilis est, quia tantum ad morbum peccati carnalis, non spiritualis, quia aliquando propter abstinentiain homo iracundiam, inanem gloriam et hujusmodi incurrit. h
5. 3 p. qu. Ao. a 2 ad I. De même sainte Brigitte, Extravagantes, 6, 122.
perfection en tout ce qui de soi appartient au salut ; or, de soi, la mortification dans le boire et le manger n'appartient pas au salut, puisque, dit saint Paul, « le royaume de Dieu ne consiste pas dans le boire et le manger1 ».
C'est alors seulement que l'on comprend bien la nécessité de la discrétion, de la modération dans les mortifications et les macérations. « Le bien de l'homme, sa justice, écrit le même docteur, consiste surtout dans les actes intérieurs, dans la foi, l'espérance et la charité, et non dans les actes extérieurs. Les premiers sont une fin que l'on cherche pour ellemême, tandis que les seconds, par lesquels nous faisons à Dieu l'offrande de nos corps, sont des moyens en vue de la fin. Dans ce que l'on recherche comme une fin, on ne garde pas de mesure; ici le plus est toujours le mieux. Au contraire, dans ce que l'on recherche en vue de la fin, il faut apporter une mesure en proportion avec cette fin. L'homme ne doit mettre aucunes bornes à sa foi, à son espérance et à sa charité ; par contre, dans les actes extérieurs, il doit apporter une discrétion qui se règle sur la charité*».
t. Rom. XIV, 17.
2. In ep. ad Rom., c. 12, lect. 1 : « Aliter se habet homo justus ad interiores actus, quibus Deo obsequitur, et ad exteriores ; nam boniim hominis etjustitia ejus princi pâli ter in interioribus actibus consistât, quibus scil homo crédit, sperat et deligit, unde dicitur Luc., 17, 21 : « Regnum Dei intra vos est » ; non autem principaliter consistit in exterioribus actibus. Rom. it\, 17 : « Non est regnum Dei esca et potus. » Unde interiores actus se habent per modum finis, qui secundum se quaeritur; exteriores vero actus, ad quos Deo corpora exhibentur, se habent sicut ea
De là découlent d'autres pensées de saint Thomas sur les mortifications. « La mortification du corps par les veilles et les jeûnes n'est agréable à Dieu qu'autant qu'elle est l'œuvre d'une vertu, et elle n'a ce caractère que lorsqu'elle est pratiquée avec la discrétion voulue, c'est-à-dire si elle réfrène la concupiscence sans trop accabler la nature* ». « La saine raison ne permet pas de se priver de nourriture au point de nuire à sa vies ». Se référant aux Collations des Pères, de Cassien, saint Thomas enseigne que l'ordre le plus élevé n'est pas celui où règne la plus grande austérité, mais bien
quae sunt ad finem. In eo autem quod quaeritur tamquam finis, nulla mensura adhibetur, sed quanto majus fuerit, tanto melius se habet ; in eo autem quod quseritur propter finem, adhibetur mensura secundum proportionem ad finem : sicut medicus sanitatem facit quantum potest ; medicinam autem non tantum dat quantum potest, sed quantum videt expedire ad sanitatem consequendam. Et similiter homo in fide, in spe et in caritate nullam mensuram débet adhibere, sed quanto plus crédit, sperat et diligit, tanto melius est, propter quod Deut. 6, 5 : « Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo. » Sed in exterioribus actibus est adhibenda discretionis mensura per comparationem ad caritatem. » Puis, saint Thomas cite le passage de saint Jérôme que nous avons donné plus haut, p. 262, n. 2.
i. 2* 2", qu. 88, a. 2, ad 3 : « Dicendum quod maceratio proprii corporis pu ta per vigilias et jejunia non est Deo accepta, nisi inquantum est opus virtutis, quod quidem est, inquantum cum débita discretione fit, ut scit. concupiscentia refrenetur et natura non nimis gravetur. »
2. Ibid., qu. 1^7, a. 1, ad a : « Non ratio recta tantum de cibo subtrahit, ut natura conservari non possit. » A l'appui de sa thèse, saint Thomas cite saint Jérôme :« De rapina holocaustum offert, qui vel ciborum nimia egestate, vel somni penuria corpus im modéra te affligit. » Ce passage est tiré de De consecrat., V, Non med.ocriter, c. 24. Toutefois cette règle vient surtout de la Régula Monachorum (Migne, Patr. lat., t. 3o, c. 33o et suiv.), où l'on recommande le «ne quid nimis » à propos du jeûne (c. i3, c. 353).
celui où « la prudence a su le mieux ordonner cette austérité par rapport à la fin de l'ordre1 ». Dans les ordres, les austérités ne sont même que des accessoires ayant pour but d'éloigner les religieux du vice et de leur faciliter le progrès dans la voie de la vertu2 ; elles ont pour fin de nous aider à conquérir la maîtrise sur nous-mêmes3.
Dans ce qui précède, saint Thomas résume la doctrine de l'antiquité chrétienne et de son époque sur le but des œuvres de pénitence et la discrétion avec laquelle il faut les pratiquer. C'est pourquoi nous ne trouvons pas ici la moindre différence, si petite soit-elle, entre lui et les autres docteurs, ce qui, on le sait, n'est pas. le cas sur bon nombre d'autres points. Néanmoins, nous allons encore passer en revue quelques-uns des maîtres les plus importants depuis l'époque de saint Thomas jusqu'à celle de Luther.
Le Franciscain David d'Augsbourg, de quelques années plus âgé que saint Thomas, et dont les œuvres eurent une vogue immense pendant tout le moyen âge, s'exprime au sujet des mortifications comme tous les autres maîtres de la vie spirituelle. 11 est contre ces moines qui les regardent comme l'idéal suprême de la vie monastique, et qui, par contre, négligent ce qui en est l'essentiel : le progrès dans la vertu. Ces
i. a1 2*% qu. 188, a. 6, ad 3. Voir, ci-dessus, t. I, p. 3n, n. i.
a. Contra retrahentes a religionis ingressu, c. 6 : « Addunturetiam in religionis statu multae observantise, puta vigiliarum, jejuniorum et séquestrations a saecularium vita, per quae homines magis a vitiis arcentur, et ad virtutis perfectionem facilius promoventur. »