MANQUE DÉ CRITIQUE DES ÉCRIVAINS PROTESTANTS
main par les biographes du Réformateur : c'est un point qu'il est inutile de s'attarder à démontrer. Dès lors, comme prologue tragique au récit de l'illumination finale que Dieu lui impartit, ils citent ses affirmations postérieures sur les mortifications intolérables qu'il aurait pratiquées au couvent, en vue d'acquérir la conscience de sa prédestination au ciel1, de la présence de Dieu en lui et de l'adoption divine. Dès la première édition de cet ouvrage, je me suis élevé contre ce procédé, et j'ai posé la question suivante, qui, à ma connaissance du moins, n'avait pas encore été soulevée :
Si l'on voulait procéder avec méthode et critique, n'était-ce pas un devoir primordial d'examiner, et à plusieurs points de vue, ce qu'il fallait penser des assertions de Luther? Quelles mortifications prescrivait à Luther la Règle alors en usage chez les Augustins ? La sévérité de son ordre répond-elle à ce qu'il nous dit de ses mortifications? Forcés de convenir qu'il n'en était pas ainsi, les théologiens protestants n'auraient pu dès lors tout au plus tirer que cette conclusion : c'est de lui-même que Luther s'est imposé des pénitences qui l'ont conduit aux portes du tombeau. Une seconde enquête se présentait alors à eux : L'Eglise attribue-t-elle aux œuvres de pénitence la fin dont parle Luther? Leur attribue-t-elle une valeur par
le lit, le prieur devait veiller à ce que rien ne leur manquât; on devait donner aux malades tout ce que les médecins avaient prescrit, tout ce dont ils avaient besoin, etc.
i. Mot à mot : « En vue d'acquérir la Conscience céleste. «Nous avons mieux aimé proposer une explication que de laisser cette expression, évidemment obscure pour un lecteur français. (N. d.T .).
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elles-mêmes? Avec une bonne méthode historique, ils auraient découvert que si l'Eglise, ses docteurs et surtout l'ordre auquel appartenait Luther avaient recommandé les œuvres de pénitence, ce n'était pas pour anéantir le corps, mais pour mater, pour réfréner la concupiscence. Sans grands efforts, ils seraient arrivés à reconnaître que d'après la doctrine universelle des théologiens et des maîtres de la vie spirituelle avant Luther, la mortification n'est une vertu qu'autant qu'elle est pratiquée avec discrétion, et que, par suite, l'excès, l'indiscrétion dans ces œuvres est non seulement à éviter, mais même à condamner. Tous font remarquer les graves dommages que cause l'indiscrétion, et conseillent de faire ici plutôt moins que plus. Que s'ensuit-il? Que si, dans ses mortifications, Luther poursuivit le but qu'il prétend, si en outre il les pratiqua jusqu'à l'excès, c'est à lui seul qu'il doit en attribuer la faute, au lieu de la rejeter sur l'Eglise ou sur son ordre. Et si lui, [professeur de science sacrée], il alla jusqu'à croire que par la pratique des œuvres de pénitence, il pouvait arriver à la certitude du salut, il fut simplement un imbécile.
Or, qu'ont fait les théologiens protestants? Tous, depuis les biographes de Luther et les théologiens tels que Harnack, Seeberg et autres, jusqu'aux plus ignorants, acceptent telles quelles les affirmations du Réformateur, sans l'ombre de critique. Ils rangent ses mortifications claustrales parmi les appuis que l'Eglise lui avait vantés, mais qui se brisèrent entre ses mains2.
a. IIaukack, Lehrbuch der Dogmengeschichle, III, 738.