‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 175 sur 283 · MANQUE DE CRITIQUE DES ÉCRIVAINS PROTESTANTS 2Ç · texte numérisé non relu

MANQUE DE CRITIQUE DES ÉCRIVAINS PROTESTANTS 2Ç

Harnack crut certainement avoir fait une judicieuse découverte le jour où parlant de « l'amoncellement des oeuvres pratiquées par Luther », il dit que le Réformateur avait pris la chose beaucoup plus au sérieux que ses confrères4. En réalité, nous n'avons là que des grands mots vides de sens. Supposé que ce qu'il nous raconte de ses œuvres de pénitence soit vrai, Luther n'a fait par là que nous donner des preuves de son manque de pondération et de jugement.

Mais ces assertions répondent-elles à la réalité ? A quelle époque remontent-elles? Ne se contredisent-elles pas les unes les autres ; ne contredisent-elles pas des faits de sa vie monastique? Tout ce qu'il nous raconte de ses épouvantes dans le cloître, n'est-ce pas une fable, un roman? Naturellement, un théologien évangélique n'oserait même pas s'arrêter à de pareilles suppositions. Je veux pourtant les contraindre à se montrer enfin sérieux à l'égard de Luther, à lui appliquer les règles de la saine critique.

Notre enquête portera sur les affirmations de Luther touchant l'excès de ses mortifications, et le but qu'il se proposait en les pratiquant, puis sur l'époque où ces affirmations eurent lieu. Nous en viendrons ainsi à la solution du problème.

Pour ce qui est de l'excès des mortifications que Luther se serait imposées, il ne peut maintenant y avoir un seul protestant, aurait-il les conceptions les plus fermées, à ne pas voir que cet excès ne lui était

i. Ibid.,p. 737, n. a.

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demandé ni par les règles ou les traditions de son ordre, ni par l'Eglise. Bien au contraire, son ordre et l'Eglise se prononçaient très énergiquement contre le manque de pondération dans la pratique des pénitences corporelles, à tel point qu'en ce cas ils les regardaient comme sans valeur, précisément parce que la discrétion y faisait défaut ; les premiers témoignages de Luther concordent pleinement avec cette doctrine. La preuve de ces affirmations se trouve dans les trois paragraphes précédents. Le premier nous a même conduits à cette conclusion qu'il ne peut être question ici que des cinq premières années de la vie de Luther au couvent.

Qui donc lui enseigna, qui donc lui permit d'employer tous les moyens d'un « ascétisme massif », d' « endurer le froid » jusqu'à en mourir, de s'exténuer par les jeûnes, les veilles et les macérations de la chair ? Serait-ce lui-même ? Il est à peine possible que « le plus grand homme de l'Allemagne», ce «génie sans pareil », cet homme unique et dont l'intelligence n'a pas connu les progrès ordinaires, ait agi d'une manière si insensée, et cela, d'autant plus que Luther n'a pris Thabit religieux qu'à vingt-trois ans, à un âge où l'homme est formé. De plus, alors il était déjà maître en philosophie ; suivant les paroles de Mélanchthon, « il s'était déjà attiré l'admiration de l'Université par son esprit supérieur1 ». Il est impossible que cet homme si fêté se soit laissé surpasser par ce païen d'Aristote, qui savait pourtant que tout bien et en

1. Voir Kostlin-Ka.wera.tj, M. Luther, sein Leben und seine Schriften (Berlin, 1903), I, 44.

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