DIEU, J.-C., LA CROIX
Toute l'année, dans son missel et dans son bréviaire, Luther lisait ce message à l'humanité entière : non seulement Dieu est l'être sur qui l'on peut se reposer, mais en dehors de lui, en dehors du Rédempteur, il n'y a ni espérance, ni salut. Toutes les fois qu'au temps de la Passion il chantait cette strophe :
Salut, ô Croix,
Notre unique espérance*,
il se mettait à genoux avec ses confrères, pour témoigner que ses sentiments intérieurs étaient en harmonie avec ces paroles. Pendant tout le carême, il avait déjà chanté : « Toi, du monde l'unique espérance 2 » ; et le Vendredi-Saint, pendant qu'on découvrait la croix : « Voici le bois de la croix, auquel a été suspendu le
Francfort (i864), II, 3a et s., mais il est dans le ms. de Strasbourg. [Vetter, 1910, p. g5. — Pour la traduction des trois vers ci-dessus, nous avons suivi l'allemand de Deniile. Dom Guéranger traduit : « Si votre divin secours n'arrive pas à l'homme, il n'est rien en lui qui ne puisse lui devenir nuisible. » (N. d. T.)].
1. « O crux ave, spes unica », avant-dernière strophe de l'hymne Vexilla régis, que l'on chante aux Vêpres le dimanche de la Passion, et que l'on chantait ou récitait jusqu'au Vendredi-Saint. Bréviaire des Augustins, fol. 273. On lit au chapitre VI de YOrdinarium de cet ordre : « Flectant genua in ferialibus diebus, quando dicitur versus hymni : O crux ave, spes unica. » Edition de Venise, i5o8, fol. Giij\ S' Thomas (3% qu. a5, a. 4) cite ce vers comme preuve que « in cruce Christi ponimus spem salutis ». C'est pourquoi le jour de la fête de YInvention de la sainte Croix, Luther saluait ainsi la croix dans la séquence (Missel, fol. 25G" : « O crux lignum triumphale, mundi salus vcra, vale», et à la fête de YExaltation de la Croix : « Ave salus totius seculi arbor salutifera ». (fol. 261).
3. Hymne Summi largitor prœmii, à l'office des matines pendant le Carême. Bréviaire, fol. 27a.
334 LES PRIÈRES J)E i/ÉGLISE
salut du monde. Venez, adorons-le » *. Le lendemain, après le chant de la douzième prophétie, il entendait le prêtre dire cette oraison : « Dieu tout-puissant et éternel, unique espérance du monde » 2. Quelques instants auparavant, le diacre avait chanté ces consolantes paroles du beau chant de l'Exultet : « Il est vraiment uste et raisonnable de louer Jésus-Christ qui a payé pour nous au Père éternel la dette d'Adam, et par son sang précieux effacé la cédule des peines qu'avait méritées l'antique péché » 3. Le dimanche de Pâques, au début de la séquence, il lisait :
A l'aube du lendemain du sabbat Le Fils de Dieu ressuscitant, Notre espérance et notre gloire *.
i. « Ecce lignum crucis, in quo salus mundi pependit. Venite adoremus. » Missel, fol. 79. Voir aussi la préface de la Croix, Missel fol. iok.
3. « Omnipotens sempi terne Deus, spes unica mundi. » Missel, fol. 10A.
3. Missel, fol. 83. Le Prœconium paschale, attribué à S* Augustin, se trouve dans tous les missels. C'est là qu'on lit le beau passage si connu (Missel, fol. 84b) : « O felix culpa, qua? talem ac tantum meruit habere Redemptorem ! » On le retrouve, mais fortement remanié, dans la séquence très répandue de Notker Baxbulus, Eia, recolamus : « O culpa nimium beata, qua redempta est natura» (J., Kehreiïî, Lateinische Sequenzen des Mitlelalters, p. 28). Mathesius (Historien von Luther, i566, fol. 5b) se trompe donc quand il dit que dans la séquence de Noël, Luther èvait autrefois chanté ce vers : « O beata culpa, quai talem meruisti redemptorem » ; de même A. Berger, Martin Luther, ï, 98. En effet, les paroles qu'ils citent ne concordent pas avec la séquence de Notker, mais avec VExultet. En outre, le missel des Augustins (fol. a54a55) ne contient de séquence ni pour Noël, ni pour la Circoncision ou l'Epiphanie, ni du reste la séquence de Notker.