Prœsta, Pater piissime
U. « Pateant aures misericodiœ tuœ ; — Subjectum populum... propitiatio cœlestis amplificet ; — Populum tuum... propitius respice ; — Deus.... miserere supplicibus tuis. »
Luther l'expliquait avant son apostasie, cette invocation prouve que la miséricorde divine nous a été accordée en Jésus-Christ. * Et indépendamment même de ce recours à la médiation de Jésus-Christ, les prières que l'on adresse à Dieu témoignent d'un Dieu miséricordieux, comme l'Église l'exprime si bien dans l'une de ses oraisons : « Dieu tout puissant et éternel, toi que l'on n'implore jamais sans espoir de miséricorde... » 2
Après ces "remarques générales, entrons rapidement dans quelques détails ; ils nous montreront en même temps que l'Église ne se prévaut pas des œuvres humaines, par lesquelles, si l'on en croyait les affirmations calomnieuses de Luther apostat, elle voudrait nous faire apaiser un juge irrité et punisseur, mais bien de la miséricorde de Dieu, de la grâce de Dieu, vers laquelle on se tourne en toute confiance.
Dans son missel et dans son bréviaire, Luther pouvait lire cette oraison qui revient si fréquemment dans le cours de l'année liturgique : « Sois présent, Seigneur, aux supplications que nous t'adressons le jour de la fête de tes saints, afin que nous, qui n'avons pas confiance en notre propre justice, etc.. » 3 Toute
1. Dictata super Psalterium, Weim., IV, 407 : « Donec misereatur nostri, misericordiam, Christum filium, mittendo. Miserere nostri, mitte Christum, qui est misericordia, domine, Deus pater, miserere nostri ; in Christo enim misericordia Dei data est nobis, que hic petitur. »
2. « Omnipotens sempiterne Deus, cui nunquam sine spe misericordiae supplicatur : propi tiare », etc. Missa pro defunctis. Missel, fol. a3ib.
3. Cette oraison (« .., ut qui propria? justitiae fiduciam non habemus ») se trouve déjà dans le Sacramentarium Leonianum
l'impuissance de l'homme 33 1
l'année il lisait que de nous-mêmes nous n'avons aucune force, * que par suite nous n'avons confiance en aucune de nos œuvres, 2 et que l'espérance de la grâce céleste est notre unique appui3 ; car en dehors de celui qui est la force de ceux qui espèrent en lui, la faiblesse humaine n'est capable de rien * ; cette faiblesse
(p. 7, a5). Du temps de Luther (comme aujourd'hui encore), elle se lisait, non seulement dans le missel et le bréviaire romains, mais même dans ceux de l'ordre des Ermites de saint Augustin (Missel, fol. 189; bréviaire, fol. 409), au Commun d'un confesseur, dans une Secrète de la Messe de plusieurs martyrs, et à quelques fêtes de l'année. Dans cette oraison, l'Eglise s'est inspirée du verset 3 du chapitre X de l'Epître aux Romains, où S' Paul parle de ceux qui cherchaient à établir leur propre justice et à se soustraire à la justice de Dieu.
1 . Deuxième dimanche de Carême : « Deus qui conspicis, omni nos virtu te destitui. » Missel des Augustins, fol. 3i. Plusieurs des prières que nous citons se trouvent aussi dans le bréviaire. La plupart d'entre elles se trouvent de même dans les autres missels et bréviaires.
2. Dimanche de la Sexagésime : « Deus qui conspicis, quia ex nulla nostra actione confidimus. » Missel, fol. 19.
3. Cinquième dimanche après l'Epiphanie : « Familiam tuam... continua pietate custodi, ut quae in sola spe gratise cœlestis innititur. » Bréviaire, fol. 79*. De même dans l'oraison super populum du samedi après le second dimanche de Carême. Missel, fol. 37'. Dieu veuille, lisait-on dans une autre oraison, accueillir avec bonté celui qui vient de mourir « non habentem fiduciam nisi in misericordia tua. » Bréviaire, fol. 4a5.
4. Premier dimanche après la Pentecôte : « Deus in te sperantium fortitudo, adesto propitius invocationibus nostris, et quia sine te nihil potest mortalis infirmitas, praesta auxilium gratiaî tuœ. » Missel, fol. i33. Le franciscain Etienne Brulefer (de la fin du xv* siècle) cite cette oraison comme preuve que, [par ses propres forces], le pécheur ne peut pas suffisamment se préparer à recevoir la grâce sanctifiante : « Sine aliqua gratia gratis data non potest homo peccator se sufflcienter disponere ad gratiam gratum facientem, ut patet in ista collecta : « Deus in te sperantium... et quia sine te nihil potest mortalis inlirmitas. » (Sur
332 LES PRIÈRES DE i/ÉGLISE
ruous accable, I nous en avons conscience, aussi mettons-nous notre seule confiance en la force de Dieu.2 En i520 3, Luther s'appuie encore sur cette prière de l'Église : « Seigneur, ne me juge pas selon mes actions; je n'ai rien fait qui soit digne de ton regard. », 4 ; et sur ces autres paroles : « Afin que nous, qui ne pouvons te plaire par nos actions, etc.. »5 Au temps delà Pentecôte, l'Église chantait :
Là où ne trône ta divinité,
Il n'est rien de bon dans l'homme
Rien qui soit pur de tout péché0.
II Sent.,dist. 28, qu. 4, fol. 258, éd. Basilee, 1507). En outre, on trouve ailleurs des oraisons semblables, par exemple au XIV dimanche après la Pentecôte : « Quia sine te labitur humana mortalitas » (Missel, fol. i43); au XV : « Ecclesiam tuam Domine, miseratio conlinuata mundet et muniat, et quia sine te non potest salva consistere », etc. (Ibid., fol. i43"). Ces deux oraisons se trouvent aussi dans le Bréviaire, fol. 175.
i. Fête de S* Calixte (i4 oct.) : « Deus qui nos conspicis ex nostra infirmitate defîcere. » Bréviaire, fol. 38 ib. Fête de S* Martin (n nov.) : « Deus qui conspicis, quia ex nulla nostra virtute subsistimus. » Bréviaire, 1. c.
2. Oratio super populum : vendredi de la quatrième semaine de Carême : « Da nobis quaesumus... ut, qui infirmitatis nostrae conscii de tua virtute confidimus. » Missel, fol. 5i. Les oraisons Super populum se trouvent aussi dans le bréviaire, à l'office de vêpres.