S72 INCERTITUDES DES THEOLOGIENS PROTESTANTS
douteux qu'ils ne fussent arrivés à mes conclusions.
Au contraire (à part des divergences accessoires), leur conception peut se résumer ainsi : « Pour faire son salut et acquérir la paix du cœur, pour apaiser la colère du souverain Juge, Luther fit ses vœux ; il pratiqua mortifications sur mortifications. Et le résultat, ce fut un état affreux, des heures sombres, aucun soulagement dans le repentir et la confession, la peur d'un Juge irrité, la désespérance, l'avant-goût des peines de l'enfer. Entre temps, quelques heures de calme, quelques rares consolations. Enfin l'aurore commença à poindre. La Bible le sauva. » Et l'on recueille les plus petites anecdotes sur la rencontre de Luther avec la Bible, alors même qu'elles jurent avec les faits et avec le bon sens. Ainsi donc, la Bible le sauva. « Jusque-là, elle n'avait été pour lui que la manifestation d'un Dieu irrité : rien là d'étonnant, puisque à l'école et à l'église on ne lui avait pas enseigné autre chose ; mais désormais, surtout par la découverte du sens véritable de saint Paul dans l'Epître aux Romains 4, la Bible lui révèle un Dieu de miséricorde. Il a ainsi trouvé la voie de la paix avec son Dieu. »
Toutes ces affirmations s'appuient sur des paroles de Luther. Mais les théologiens protestants n'ont contrôlé ni les sources, ni les citations qui en ont été tirées ; s'ils l'ont fait, ils ont tout accepté sans aucune critique. Ils ne veulent pas, ils ne peuvent pas agir autrement, dominés qu'ils sont par la peur secrète de voir leur père réduit à néant par le tranchant de la critique.