Voir ci-dessus la fin de l'avant-dernière note
3. Voir Weim.. I, aa5, h. 35 (4 sept. I517); Enders, I, 128 (11 nov. 1517).
4. Je dis en apparence. Plus loin, en effet, nous verrons qu'il donne à ces œuvres un concept différent de celui qu'on leur attribue d'ordinaire. (Ci-après p. 429 et surtout 446).
4l2 LA CORRUPTION DE LA VOLONTÉ d' APRÈS LUTHER
qu'elles soient la justice, mais parce qu'elles la cherchent * ».
« Non qu'elles soient la justice », c'est-à-dire, non que ce soit d'elles-mêmes que ces « œuvres préparatoires » nous conduisent à la justice du Christ ; dans l'ordre naturel, on dit qu'une conduite juste rend juste ; il n'en est pas ainsi dans la voie du salut. En protestant contre cette confusion, en mettant dans un plan à part la. justice de la foi 2, Luther se sentait parfaitement d'accord avec l'Eglise. Cette justice de la foi est la justice du Christ, qui devient nôtre dans la justification afin de nous rendre justes devant Dieu ; la justice naturelle est notre justice propre, qui ne nous justifie pas aux yeux de Dieu. Mais n'anticipons pas sur nos recherches.
I. -— La corruption profonde de notre volonté d'après Luther. Son orgueil et sa prétention à opérer par lui-même sa justification.
Ce n'est qu'en partant de l'idée de la corruption profonde de la volonté chez l'homme déchu que l'on peut comprendre les paroles par lesquelles Luther ouvre son Commentaire sur l'Epître aux Romains, Dans cette Epître, dit-il, saint Paul se propose de détruire tout ce qui nous plaît en nous, et d'édifier à la place ce qui est en dehors de nous et qui se trouve dans le Christ : « Dieu veut nous sauver non par notre propre justice, mais par une justice et une sagesse qui nous
i. Fol. 120, i3ab, i33. [Ficker, II, 71, 3o ; 90, 33-91]. 2. « Justitia fidei. »
JUSTICE PROPRE ET JUSTICE DU CHRIST 4l3
sont extérieures ; non par une justice qui vient et naît de nous, mais par une autre qui vient d'ailleurs en nous, par celle qui vient du ciel ». Cette justice, elle vient « du Christ en nous { ». En cela Luther ne dit rien de nouveau. Autrefois comme aujourd'hui, lorsque, par exemple, dans l'explication des psaumes, il est question de « Ta justice » (celle de Dieu), les scolastiques ajoutaient aussitôt : « et non la mienne** ». Dans l'ordre du salut et de la justification, l'Eglise, comme nous l'avons déjà vu3, n'a jamais dit que notre justice propre fût suffisante : dans cet ordre surnaturel elle ne lui reconnaît pas de valeur et ne fait aucun fond sur elle. Mais ici Luther ne va-t-il pas plus loin ? Il ne semble pas parler seulement de la justice personnelle; en général, il montre de la prévention contre la justice en tant
i. « ... Sicut (Deus)per Iheremiam dicit : « Ut evellas, destruas, dissipes et disperdas », scilicet omnia quœ in nobis sunt (id est, quae nobis ex nobis, et in nobis placent) « et édifices et plantes », scilicet omnia quae extra nos sunt et in Ghristo... Deus enim nos non per domesticam, sed per extraneam justitiam ac sapientiam vult salvare ; non quae veniat et nascatur ex nobis, sed quae aliunde veniat in nos ; non quœ in terra nostra oritur, sed quae de celo venit. Igitur omnino externa et aliéna justitia oportet erudiri. Quare primum oportet propriam et domesticam evelli. Sic psalmo kU : « Obliviscere populum tuum et domum », etc. Et Abraham sic vocatus est egredi... Sed nunc Christus vult omnem affectum nostrum ita esse exutum, ut non solum pro nostris vitiis non timeamus confusionem, et pro nostris virtutibus non amemus gloriam et vanam laetitiam, sed nec de ipsa externa, quae ex Christo in nobis est justtlia, gloriari coram hominibus debeamus, neque de passionibus et malis, quae ex ipso nobis inferuntur, dejici. Sed omnino Christianus verus ita débet nihil proprium habere, ita omnibus exutus esse : ut per gloriam et ignobilitatem idem sit »... In. ep. ad Rom., fol. 77. [Ficker, II, 2] ; et ibid., Glose, fol. 3. [Ficker, I, 3].
a. « Tua justitia », — « non mea ».