Ed., a3, 333. [Voir, ci-dessus, p. 4o8, n. i]. n
Wittenberg, où, depuis i5ii ou i5i2, il était à la fois professeur et supérieur, ne maintenait aucune discipline monastique, où tout le monde, et lui tout le premier, se laissaient absorber par les occupations extérieures. Ce n'est donc pas par suite d'un accident fortuit qu'en i5i6, il nous avoue avoir rarement le temps de réciter son office et de dire la messe i. N'en fut-il ainsi qu'en i5iG, et non auparavant déjà? Implorer de Dieu par une humble prière la grâce qui nous réveille, qui sollicite notre coopération, afin de recommencer une vie nouvelle en Dieu, voilà qui pratiquement n'existait plus pour Luther au moment où il écrivait son Commentaire sur l'Epître aux Romains. S'il récitait son bréviaire d'une manière aussi distraite qu'il vient de nous le dire, cela prouve qu'en pratique, il ne faisait aucun cas des prières pleines d'humilité et de grandeur que l'Eglise y a condensées, ou du moins qu'il n'y prenait pas garde. Dès lors, à quoi pouvaientelles lui être utiles? A cette époque, la Règle des Ermites de saint Augustin ne prescrivait formellement aucune autre prière, pas même la méditation. Evidemment, celui qui, à cause de ses multiples travaux, négligeai! le nécessaire, le prescrit, ne s'imposait aucune prière de simple dévotion.
Terrassé par l'écroulement de sa justice personnelle, Luther ne se releva pas. Il resta là, gisant à terre, vaincu par ses passions, avant tout par son orgueil. L'orgueil causa sa chute et le fit désespérer de lui-même, l'orgueil l'empêcha de se ressaissir et l'amena à douter
i. Ci-dessus, t. I, p. €a.
de la grâce de Dieu, de cette grâce qui nous aide à observer la loi divine contre laquelle s'insurge notre concupiscence. Ces œuvres qu'il qualifie d' « œuvres de la loi », « ne permettent pas à l'homme de se voir coupable, de sentir le besoin de la justification * ». C'est le seul sentiment qui lui soit demeuré après la catastrophe, et ce sentiment le domine. Par ces « œuvres de la loi », il caractérise précisément la justice telle qu'il l'a pratiquée, et, sur l'expérience de cet état personnel, dont la faute lui incombe, il se met aussitôt à construire une théorie universelle, d'après laquelle l'homme est incapable d'accomplir la loi morale. Dès lors, il ne peut que désespérer de lui et de ses œuvres. Une grâce qui le réveillât, qui sollicitât sa coopération, qui le changeât intérieurement, il ne la cherche plus, il ne l'a peut-être jamais cherchée, ou, du moins, il n'en a jamais eu une notion exacte. Bien plus, depuis son Explication des psaumes, il l'a même niée par des propositions de ce genre : Les passions dominantes sont invincibles ; dans ses commandements, Dieu nous demande l'impossible. En conséquence, il devait dénier à la nature humaine l'aptitude à être élevée à un état supérieur. « Il n'y a pas de vice, dit saint Augustin, auquel la loi divine soit plus opposée qu'à l'orgueil, aucun sur lequel ait plus d'empire l'Esprit plein de superbe qui conduit à l'abîme et empêche d'aller vers les sommets 2.
i. « Non sinunt hominem sibi injustum videri et justiflcationem indigentem. » (Fol. 129) [Ficker, H, 85, 7].
2. u Nullum enim vitium est, cui magis divina lege resistatur, et in quod magis accipiat dominandi jus ille superbissimus spi-