‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 255 sur 283 · Voir, ci-dessous, chap. V, S 4 ; t. III, p. 271 etsuiv · texte numérisé non relu

Voir, ci-dessous, chap. V, S 4 ; t. III, p. 271 etsuiv

4. Sur Rom., IV, 7 : «... A Domino reputari petunt... Istorura vox haec est : Justus est, « cui Dominus non imputât pecca-

VI. — La concupiscence est le péché originel qui demeure en nous. Ici-bas, la justification n'est que commencée. Contradictions.

Les réflexions de Luther l'avaient amené à cette ferme conviction qu'il y avait en nous des passions insurmontables, que nous ne pouvions pas accomplir la loi, que c'était là le rôle exclusif de Jésus-Christ1, et que si nous voulions l'accomplir, nous nous heurtions à notre nature mauvaise et récalcitrante, et nous reconnaissions combien le péché était profondément enraciné en nous2. Comme il consent toujours à la tentation, il en vient à

tum »... Ignorant, quando justi sunt, quia ex Deo reputante justi tantummodo sunt, cujus reputationem nemo novit, sed solum postulare et sperare débet » (Fol. i4a). [Ficker, II, io4, i3], — « Ignoranter justi et scienter injusti » (Fol. i^a") [Ficker, II, io5, a3], (Pour la suite de ce passage, voir ci-après, p. 4/49, n. de p. 448). De même, à propos des saints : « Illi, quibus ea opéra sunt reputatâ [a Deo] et commendata, non ideo fecerunt ut reputarentur, imo ignoraveruntzn reputarentur a Deo » (Fol. i46). [Ficker, II, 112, 8], Dans toute cette question, les théologiens protestants sont sur une piste absolument fausse, de même que Hàrnack avec son « Je suis ton salut » (Salus tua ego sum). D'autres, R. Eucken par exemple, se contentent de reproduire ces opinions. Pas un d'entre eux n'a remarqué que chez Luther la « certitude du salut » n'est apparue que quelques années plus tard, et comme un effet magique de sa théorie sur la justification par la foi.

1. « Legem nemo implet, nisi Christus. » (Fol. i36). [Ficker, II, 96, i3]. Voir, ci-dessus, p. 436-437-

3. « Si [voluntas], coacta per legem, operetur et invita faciat, tune homo intelligit, quam profunde sit peccatum et malum in ipso radicatum... Si justi et boni essemus, legi consentiremus prona voluntate, et delectaremur in illa, sicut delectamur in peccatis et desideriis nostris malis « (Fol. i32). [Ficker, II, 90, 10]. Luther resta toujours enfoncé dans ces désirs : son expérience les lui avait montrés comme insurmontables. De là ses lamentations.

regarder comme péché « la convoitise contre l'esprit ou contre la loi divine », la concupiscence comme coupable, comme nous l'avons déjà vu4, et comme nous le verrons dans le chapitre suivant2. Bref, nous demeurons dans le péché ; vers la fin de son Commentaire sur le chapitre m" de YEpître aux Romains, Luther affirme déjà clairement qu'ici-bas le péché n'est jamais effacé. Que devient alors la justification ? Il devait enseigner que le baptême ne nous justifiait qu'en partie, qu'il ne faisait que commencer notre justification ; nous n'étions pleinement justifiés qu'à la mort. « Lorsque nous demandons que la justice soit parfaite en nous, et le péché effacé, nous demandons par là-même la fin de notre vie3». Ici-bas, la justification ne peut donc consister qu'en ce que Dieu nous regarde, nous répute comme justes, et non en ce qu'il nous rende justes. Par suite, les « œuvres préparatoires » sont celles que nous accomplissons quand nous sommes déjà justifiés, et qui tendent continuellement vers la justice [parfaite], afin que nous y participions de plus en plus ; ce sont déjà des œuvres de la foi et de la grâce. Toutes les autres œuvres ne sont que des « œuvres de la loi » *. Les premières ont pour but de détruire peu à peu le vieil homme5. « Notre justification, écrit-il à la fin du troisième chapitre, ne se produit que peu à peu. 11 nous suffit de détester le péché, alors même qu'il ne

i. Ci-dessus, p. 391.

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