‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 265 sur 283 · ADDITIONS DE LA SECONDE ÉDITION DE LA TRADUCTION · texte numérisé non relu

ADDITIONS DE LA SECONDE ÉDITION DE LA TRADUCTION

P. 4o-i46. Sur V attitude de l'Eglise et notamment du Moyen Age à l'égard du mariage et de la femme. Aux idées et aux faits que Denifle expose dans ces pages, Miiller fait deux objections, Tune d'ordre théorique, l'autre d'ordre pratique *.

I. C'est la doctrine de Luther, dit Denifle, et non celle de l'Eglise, qui rabaisse le mariage ; car, par suite de son identification du péché originel et de la concuspicence, Lulher considère l'acte conjugal comme un péché, et même comme un péché grave, puisqu'il n'admet pas de péchés véniels.

Cette théorie, répond Miiller, n'est pas propre h. Luther ; il l'a prise à saint Augustin et à l'ancienne scolastique influencée par saint Augustin. Il cite des textes pour montrer que plusieurs écrivains ecclésiastiques ont regardé l'acte conjugal comme un péché véniel.

IL L'Eglise catholique, dit Denifle, a toujours estimé le mariage et notamment la femme mariée ; c'est Luther qui a enseigné le mépris de la femme.

i. A. V. Miiller, Luthers theologische Quellen; Giessen, Tôpeltnann, 1912, p. 06-69.

462 l'église et le mariage

Non, dit Mûller, l'Eglise n'a jamais tenu le mariage on honneur, et moins encore la femme mariée. Une preuve saisissante, c'est que l'Eglise n'a jamais mis sur les autels une femme morte de mort naturelle, et non par le martyre, alors que son mari vivait encore, et vivait avec elle. Dans le missel romain, il y a le « commun des ni vierges, ni martyres » (que l'on appelle même quelquefois le commun des saintes veuves) ; il n'y a pas le « commun des saintes femmes. »

Dans l'église catholique, y a-t-il eu vraiment un courant d'opinion tendant à voir dans l'acte conjugal un péché? Oui, jusqu'à un certain point, et Denifle le rappelle expressément d.

Mais il y a ici des remarques importantes à faire.

Les Manichéens tenaient la matière pour mauvaise, et dès lors le mariage pour mauvais en soi.

Pour un motif assez différent, et en ne parlant que de péché véniel, certains catholiques ont soutenu eux aussi que l'acte du mariage n'allait jamais sans péché. De sa nature, disaient-ils, la concupiscence est mauvaise : saint Paul dit qu'elle lutte contre la loi de Dieu

i. Pour se renseignera ce sujet, il donne même trois références : S. Bonaventurae Opéra omnia (édition Quaracchi), t. IV, 1889, p. 723-734 (In 4 Sentent, dist. 3i, art. 1, qu. i,Scholion); Cornely, Comm. in S. Pauli epist. priorem ad Corinthios (1890), I. 169-174 ; J. Becker, Die moralischc Beurteilung des Handclns aus Lust (1902), dans Zeitschrift fur katholiscke Théologie, t. XXVI, 1902, p. 629 (épuisé). Ces références sont excellentes, ce qui permet une fois de plus de constater que sur le domaine scripturaire et théologique Denifle était aussi bien documenté que sur celui de l'histoire.

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