‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 266 sur 283 · OPINIONS SÉVÈRES · texte numérisé non relu

OPINIONS SÉVÈRES

et la loi de la raison *. En faveur de c^tte opinion, on cite un certain nombre de textes de Pères et de théologiens2.

Mais à supposer que ces textes aient vraiment le sens qu'on leur donne ainsi, l'Eglise n'est pas responsable de tout ce que dit chacun de ses théologiens.

i. Rom. VII, a3. Gai. V, 17.

2. La plupart de ceux que donne Mûller p. 56-58 : S' Grégoire le Grand (-+- 60 4), Patr. lat., t. LXXVH.c. 1196 ; (Epist. lib. XI, ep. 64) ; — Hugues de Saint- Victor (-4- nhi% P. L., t. CLXXV, c. 53^-525 (In I Cor. qu. LV1I) ; — t. CLXXV, c. 910 D, {Aller goriae in Novum Testamentum, lib. VII); — t. CLXXVI, c. 494- B, G (De Sacramenlis, lib. II, P. XI, c. Vil) ; — Robert Pullen ou Pullus (milieu du ïu' siècle), t. CLXXXVI, c. 948 C. (Sentent. lib. VU, c. 3o ; — Pierre de Poitiers (-+• iao5), t. CCXI, c. ia58 ia63 B. ; — Innocent III (+ 12 16), t. CCXVII, c. 703 D, io58 D. •

Voir aussi Estius (1542-20 sept. i6i3), In IV Sentent. Comment* dist. 3i,s6 (Duaci, 1616, 120-122) ; « Non defuerunt inter catholicos (mais il ne cite aucun nom !) qui in banc sententiam fuerint adducti », à savoir : « Actum conjugalem exerceri sine peccato saltem veniali nunquam posse. » Il dit que les partisans de cette opinion citaient en leur faveur des passages « neque pauca, neque contemnenda ». Sa discussion est très bien conduite ; on y trouve cités et expliqués presque tous les textes que Mûller allègue pour prouver que d'après certains papes et théologiens l'acte du mariage serait toujours un péché.

L'éditeur de saint Bonayeniure se borne à répéter Estius. Edition deQuaracchi, t. IV, 188g, 723.

Mûller cite certains textes d'une manière tendancieuse. Je prends comme exemple le premier, celui de saint Grégoire le Grand (Mûller. p. 56-57).

La citation commence par une référence insuffisante : « Ep. 64 1 » En outre, alors qu'ailleurs Mûller renvoie à la Patrologie de Migne, ici il n'en fait aucuno mention. Il faut lire : Epist lib. XI, epist. 64 ; Migne, Patr. lat., t. LXXVII. col. 1196. Mai* passons, pour en arriver au sens même du texte. Mûller fait dirQ à s.iint Grégoire : « Nec hoc dicentes culpam deputamus (mieux: culpandum putamus) esse conjugium, sed quia ipsa licila admistioconjugis sine voluptate Carnis fieri non potest, a sacri loci

£64 l'église et le mariage

Ce n'est qu'au xvîe siècle qu'a été instituée la Congrégation de l'Index pour le signalement des ouvrages dangereux, et l'on sait que cette Congrégation n'est pas infaillible dans ses décisions, qu'elle ne condamne pas les ouvrages qui ne lui sont pas déférés, etc. Du reste, il vaut même mieux qu'en temps ordinaire la science catholique ait la possibilité de se développer librement, et que çà et là, par conséquent, des opinions moins sûres et moins communes puissent se manifester.

Pour le point qui nous occupe, l'immense majorité des théologiens s'est refusée à voir toujours dans l'acte du mariage un péché quel qu'il soit. De soi, disent-ils, la concupiscence n'est pas mauvaise ; elle est l'attrait qu'une force douée d'une vie sensible ressent à atteindre son but ; dès lors que le but est convenable, le plaisir de la 'concupiscence l'est aussi. Or, le but de l'acte du mariage, c'est le but très noble de fonder une

ingressu abstinendum est, quia voluptas ipsa esss sine culpa nulla* tenus potest. »

Mais saint Grégoire ajoute : « In quibus tamen verbis non ipsam admistionem conjugum iniquitatem nominat (David, in Ps. L, 7); sed ipsam videlicet voluptatem admistionis. Sunt enim multa licita ac légitima, et tamen in eorum actu aliquatenus fœdamur, sicut saepe irascendo culpas insequimur, et tranquillitatem in nobis animi perturbamus. Et cum rectum sit quod agitur, non est tamen tune approbabile quod in eo animus perturba tur... Oportet itaqve légitima carnis copula ut causa prolis sit, non voluptatis ; et carnis commistio creandorum liberorum sit gratia, nonsatisfactio A'itiorum. »

Dans la suite du texte se trouvent des paroles tout aussi significatives. Mais pour répondre à la mauvaise humeur d'un « ancien confrère » de Denifle devenu journaliste, et faisant de la théologie avec des procédés de reporter, nous ne pouvons pas citer ici toute la Patrolbgie.

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