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mortes dans la situation dont il s'agit ici ; la première est une femme du peuple, Anna Maria Taïgi *, la seconde une femme du monde, Caroline Barbe Carré de Malberg 2.
Anna Maria Antonio Gesualda Gianetti naquit à Sienne le 29 mai 1769. Bientôt ses parents durent aller cacher leur misère à Rome. Le 7 janvier 1790, elle se maria à Domenico Taïgi, homme de peine de la famille Chigi. Elle eut sept enfants, vécut constamment avec son mari et mourut le 9 juin 1837. En i85a, commença l'enquête juridique sur ses vertus, en vue de sa béatification ; parmi les témoins qui déposèrent se trouva son mari Domenico Taïgi, alors âgé de quatre-
1. Mgr J. F. G. Luquet, évêque d'Hésebon, Vie et vertus delà vénérable Anna Maria Taïgi (Paris, i863), a 44 pages ; — Gabriel Bouffier, S. J., La vénérable servante de Dieu Anna M aria Taïgi (Paris, i865), 3o4 pp. ; — Calixte de la Providence, Trinitaire, Vie de la Vénérable Anna Maria Taïgi, 4* éd., Paris, 1877, 486 pp.
Sur ses prophéties, on peut voir aussi l'abbé J. M. Guricque,
Voix prophétiques, 5e éd., 1872, t. II, p. 167, etc.
3. [H. Ghaumont], La première Mère de la société des Filles de Saint-François de Sales, 3* éd. 1900, 6o3 pp. (Cette vie n'est pas dans le commerce) ; — G. Antonelli, Carolina Carré de Malberg, Roma, igo5, 268 pp. (Cette Vie a été donnée aux cardinaux, avant le décret de vénérabilité ; le R. P. Colchen, frère de M— Carré de Malberg, en a loué l'exactitude) ; — Décret pour l'introduction de la cause de béatijication et canonisation de la vénérable servante de Dieu Caroline Barbe Colchen-Carré de Malberg (Metz, imprimerie lorraine, rue des Clercs, i4, 190g), i4 pp. Sur ce décret, voir aussi Acta Apostolicae Sedis, 1909, p. 749-750. On a consacré aussi une notice à M. l'abbé Henri Chaumont, le conseiller de M"' Carré de Malberg (1838*1896): M. l'abbé Henri Chaumont, Paris, bureau des Annales de l'Œuvre de Marie-Immaculée, 48, rue de Bourgogne, 56 pp. Mais nous ne croyons pas que cette notice toute intime soit dans le commerce. — Enfin, pour quelques-uns de» détails qui suivent, nous nous sommes renseigné oralement.
ANNA MARIA TAÏGI. — Mme CARRÉ DU MALBERG ^3
vingt-onze ans, et deux de ses filles, Sofia et Maria. Le 8 janvier i8G3, elle a été déclarée Vénérable.
Le P. Calixte de la Providence dit dans la Préface de sa Vie d'Anna Maria Taïgi : « Parmi les confesseurs de la sainte Eglise, nous trouvons d'illustres épouses ; mais ou elles ont conservé la virginité dans le mariage, comme Sle Pulchérie, Sle Cunégonde, Sle Delphine de Sabran * et d'autres, ou bien, devenues mères, elles demeurèrent libres plus tard par la mort de leurs époux... Anna Maria sera donc la première, si nous ne nous trompons, qui ait pu, avec le secours du Seigneur, arriver à la sainteté et aux honneurs des autels, étant mère de famille et d'une famille très pauvre, mariée à un homme qui lui a survécu assez de temps pour témoigner lui-même juridiquement de la vie sans tache et des vertus de sa fidèle compagne. »
« La nouvelle habitante des cieux pourra donc être offerte comme un modèle parfait de sainteté dans l'état du mariage, et de vie religieuse au milieu du monde 2. »
Le 4 décembre 191 3, le R. P. Anaclet de l'Ascension, procureur général des ïrinilaires déchaussés, et curé de Santa Maria délie Fornaci, à Rome, nous écrivait : « La vénérable a vécu constamment avec son mari, et dans la plus parfaite harmonie avec lui ; il avait pour elle un véritable transport d'amour... On constate sans cesse de nouvelles faveurs obtenues par son intercession, et l'on espère que sous peu, dans cinq ou six ans
i. En outre, ces deux dernières sont mortes après leurs maris, a. Ouv. cité, p. 16-17.
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au plus tard, elle sera déclarée bienheureuse. »!.
Mais que cette béatification soit prononcée ou non, peu importe pour la question qui nous occupe ici. Lorsque Rome déclare un personnage vénérable, c'est qu'elle le reconnaît capable d'être déclaré bienheureux, puis saint. Elle a déclaré Anna Maria Taïgi vénérable ; donc elle ne trouve pas que l'état du mariage où elle a vécu jusqu'à sa mort soit un obstacle à sa canonisation.
Une conclusion identique s'impose au sujet de Mme Carré de Malberg.
Caroline Barbe Colchen naquit à Metz le 8 avril 1829. Le 2 mai 18^9, elle se maria à un jeune officier, Paul Carré de Malberg. Elle eut quatre enfants. Elle est morte le 28 janvier 1891. Le colonel Carré de Malberg, son mari, avec qui elle vécut constamment, mourut quatorze ans après elle.
Bientôt, on ouvrit une procédure à l'effet de faire béatifier Mme Carré. Le colonel son mari a fait une déposition toute en faveur de sa compagne et a fourni une contribution pécuniaire pour les frais de la cause de la béatification. A Rome, les cardinaux ont accueilli cette cause avec une particulière bienveillance, afin, ont-ils dit, de pouvoir donner aux femmes du monde, en la personne de Madame Carré, un modèle de femme mariée et de mère de famille. Le 23 juin 1909, elle a
x. « La Venerabile visse inseparabilmente e nella più perfetta armonia col marito, da cui era amata con vero trasporto d'amore... Si spera fra brève, non oltre 5 o 6 anni, venga dichiarata beata, verificandosi sempre nuove grazie per sua intercessione. »
seule, l'église protège vraiment le mariage 475
été déclarée vénérable. Pour faire progresser la cause, ou attend (les miracles mieux caractérisés que ceux qui se sont produits jusqu'ici.
Enfin, sur l'attitude de l'Eglise à l'endroit du mariage, qu'on nous permette en terminant de laisser ces discussions de détail pour une constatation générale. Si quelqu'un maintient une institution, qu'il la maintienne le mieux de tous et qu'il soit même à proprement parler le seul à la maintenir, ce n'est pas apparemment qu'il la méprise. Or qui aujourd'hui maintient le mariage, qui le maintient le mieux, qui est à proprement parler le seul à le maintenir? C'est l'Eglise catholique.
Suivant la parole célèbre de S1 Augustin, le mariage comprend trois biens : la fidélité, la descendance, le sacrement1. Laissons de côté pour un instant ce troisième élément et considérons le mariage à un point de vue profane. Il restera toujours les deux autres : il est évident que le mariage est une union entre l'homme et la femme, en vue de fonder une famille. Dans l'humanité, même entre hommes et femmes, il peut y avoir d'autres contrats : des associations commerciales par exemple. Ce qui donne au mariage sa physionomie particulière, c'est une famille à fonder, des enfants à élever. Dès lors, plus la famille sera stable, plus on se préoccupera des enfants et du soin de les élever, et plus aussi on favorisera le mariage, plus il y aura mariage.
i. « Fides, proies, sacramentum ». Ci-dessus, t. H, p. 65.
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Eh bien! aujourd'hui, qui, en dehors de l'Eglise catholique, se préoccupe de la stabilité du mariage ? Qui autant qu'elle se préoccupe de l'éducation des enfants? Disons mieux, hélas ! Qui en dehors d'elle se préoccupe encore qu'il y ait des enfants ! J'en appelle au témoignage de tout observateur impartial : si vous voyez une famille avec plusieurs enfants, avec quatre ou cinq enfants, vous avez cinq contre un à parier que c'est une famille vraiment catholique. Et si au contraire, vous voyez un mari et sa femme flanqués d'un rejeton unique (je ne parle pas de l'absence totale d'enfants, qui peut quelquefois avoir d'autres causes), vous pouvez tout ausssi bien faire le pari en sens opposé : vous courrez autant risque de gagner.
En face des deux grandes morales à la mode, toutes deux fondées sur l'égoïsme, la morale de révolution venue de la protestante Angleterre, et la morale de Nietzsche venue de la protestante Allemagne, la morale catholique est la seule à maintenir, à maintenir avec efficacité, l'institution sociale, altruiste du mariage.
Je te salue, sainte Eglise catholique, seule vraie gardienne et protectrice de l'existence et de la sainteté du mariage ! Entre toi et le mariage il y a un pacte tellement étroit qu'il ne sait plus être saint ni même vivre sans toi ! Tu as deux institutions qui s'appellent et se complètent : des prêtres solitaires, des époux unis, et entourés d'enfants. Toutes deux, ces institutions vivent d'un même principe, du principe que tu ne cesses de prêcher à la terre : l'oubli de soi-même, pour Dieu et pour ses semblables. Ces deux institutions,