LUTHER ET LA LOI MORALE
a îmedu doute universel il bondira commeun géant1.
Voilà, dit Lacordaire, l'originalité de la pensée de Descartes. Et, soit dit par parenthèse, je trouve qu'il a bien vu. Quand pour la première fois, sans préoccupation aucune, sans préjugé aucun, à l'âge de seize ans, j'ai lu le Discours sur la Méthode, c'est tout spontanément le sens que j'y ai trouvé.
Eh bien, je dirai de la même manière de la théorie de la justification parla foi sans les œuvres : Luther est obsédé par le poids des pratiques : pratiques conventuelles, pratiques catholiques, pratiques même de la morale universelle. D'un bond, il s'élance par-dessus ces pratiques et il va à Dieu. Tant pis si la morale ne suit pas ! Malgré le déchaînement de ses instincts dans les bas fonds de son être, sa religion sera vraiment bonne et suffisante si par la foi ou confiance il continue d'être uni à Dieu. Voilà l'originalité de la pensée de Luther.
Assurément, de très bonne heure, il fut lui-même effrayé des conséquences de sa théorie; comme, d'ailleurs, il était un impulsif et nullement un logicien, il nia que ces conséquences y fussent enfermées ; accordons même qu'il était pleinement sincère dans cette négation. Mais la preuve que c'était bien là la tendance profonde de son système, et celle de toute son âme, c'est qu'il y revenait comme inconsciemment : de là, par exemple, en i53o, dans sa lettre à Jérôme Weller. le conseil « d'éloigner de ses yeux et de son esprit le Décalogue tout entier2 » ; de là, en i535, dans son
i . Considérations sur le système philosophique de M. de la Mennais (i83/j), chap. vu (Paris, Poussielgue, 1901, VII, p. 102-104). 2, Ci-dessus, p. i3o.