‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 30 sur 283 · Weim., VIII, 585 (1621) et ci-dessus, I, p. i4c)-i5o · texte numérisé non relu

Weim., VIII, 585 (1621) et ci-dessus, I, p. i4c)-i5o

saint Paul1 que, dès l'origine, l'on a attribué à la virginité une valeur morale supérieure, que pour les ministres de Dieu et les prédicateurs de l'Evangile, on l'a jugée plus convenable ; c'est en s'appuyant sur ces paroles que l'on trouva une certaine connexion entre le célibat et l'activité pour la gloire de Dieu. Et, comme nous venons de le voir, c'est ce que, sans y penser, Luther lui-même a répété. C'est pourquoi dès les premiers siècles de l'Eglise, avant même d'y être obligés par une loi, une grande partie du clergé garda le célibat. Est-ce que par là l'on attentait à la sainteté du mariage? Nous avons déjà entendu Luther répondre négativement : « Toutefois, dit-il, par là l'apôtre ne veut pas condamner le mariage 2. »

Pour cacher son mensonge et ses contradictions, c'est l'Eglise que Luther accuse de mensonge et de contradiction. Dans le même écrit, deux pages plus haut, il dit : « Vous voulez être les maîtres des Eglises; tout ce que vous décidez doit être bien. Au gré de vos caprices, aujourd'hui le mariage sera bon, il sera un sacrement, et demain il sera un sacrement merdeux, une saleté incapable d'honorer Dieu 3. » A l'aide de cette grossièreté, le « Réformateur » espère détourner l'attention de la facilité avec laquelle, quand il lui plaît, il change son fusil d'épaule. 11 continue : « Puisque vous défendez le mariage aux prêtres, vous devez le tenir pour une impureté et un péché, comme

i. Matth., 19, 12; — I. Cor. 7, 7, 3a-34. 3. Ci -dessus, p. 48.

3. Erl., sa, 371 (i53g). Pour Luther il y a tant de choses qui sont « de pisse et de merde I »

vous le dites, en effet, clairement : « Purifiez-vous, vous qui portez les vases du Seigneur1. » Mais, par là, il trompe une fois de plus ; car il devait bien savoir que ce passage n'a pas trait à l'abstention du mariage : dans l'ancien et dans le nouveau Testament, comme le « Soyez purs » que Luther cite ailleurs2, il signifie le soin et le devoir, pour ceux qui sont consacrés au service de l'autel, de veiller à la pureté de leur cœur et de leur conscience3. Quand après cela il conclut : « Mais accueillons ce pape-âne et cet âne-pape avec ses ânes de juristes, s'ils reviennent parmi nous4 », ce

i. Mundamini qui fertis vasa Domini. Erl., a5, 373 (i53g). Luther écrit seulement : Mundamini qui ferlis. L'éditeur Irmischer ne savait que faire de ces mots; il ignorait que c'est un passage d'Isaïe, 5a, n.

a. Opéra exêg. latina, I, 169 (i535). C'est un passage du Lévit., ki, 44.

3. Cela est si vrai que des scolastiques comme Pierre db la Palu et Gabriel Biel, se fondant sur le passage Mundamini démaillaient une grande pureté de ceux qui recevaient le sacrement de mariage: « Qui in mortali con trahit per verba de presenti, peccat mor aliter proeo, quod indigne suscipit sacramentum. Esai., LU : Mundamini qui fertis vasa Domini. Multo magis qui suscipitis sacramenta, que sunt vasa gratiae ». Cf. Biel, Sermones de tempore et de Sanctis (Haguenau, i5ao), fol. ao. Mais presque jusqu'à sa mort, Luther continua d'attribuer aux catholiques la même interprétation. En i545 encore, il, disait mensongèrement : « Avec la sentence : Purifiez-vous, vous qui portez les vases du Seigneur, ils veulent défendre leur célibat, par lequel les prêtres ne peuvent se marier, et condamner le mariage comme impur... Etre pur veut dire être célibataire et sans femme », etc. Erl., ao, 4g. Avec les menteurs il n'y a rien à faire.

Il y a eu toutefois quelques catholiques à appliquer aussi le: « Purifiez-vous... » à l'abstention du mariage. (Tiré de l'Erratum.)

A. Erl., a5, 373-374 (i539).

grand « Réformateur » se donne une fois de plus un brevet de vulgarité.

Et cependant il n'en reste pas là : il sait aussi que « dans ses livres, le pape appelle le mariage un état de péché, où l'on ne peut rendre à Dieu le culte qu'il désire1. » Où donc le pape a-t-il jamais parlé ainsi? Que les protestants me répondent au lieu de Luther ! A cet antécédent correspond une conclusion logique : u Cet âne de pape ne considère que la forme et la ressemblance extérieure ; il ne voit pas de différence entre une femme et une prostituée. Et pourtant le mariage est un état pur et saint, non de par lui, mais de par la sentence que Dieu a prononcée sur lui. Sans cela il serait tout aussi impur que la prostitution. Mais parce que Dieu dit : Tu dois être mari, et tu dois être femme, mari et femme sont bénis, et plus qu'une religieuse. Que l'état du mariage soit fondé sur la parole de Dieu, c'est à quoi cet âne de pape ne veut pas faire attention2. » Voilà ce qu'il écrivait en i53q. L'année précédente, il avait dit en sens tout opposé : « Le pape reconnaît que le mariage est une bonne institution de Dieu et un état selon sa volonté. » Mais tout d'une haleine il s'écrie que le pape est pire que les hérétiques qui considéraient le mariage comme un adultère et qui ne voulaient pas qu'aucun chrétien y entrât : le pape condamnait le mariage comme un état charnel et coupable, il ne fallait pas se marier. C'était précisément en raison de cette attitude du pape que

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