‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 36 sur 283 · Ed., 18, 270 (i53i · texte numérisé non relu

Ed., 18, 270 (i53i

68 l'église et le mariage

Ainsi, même après i53o, Luther convainc involontairement de mensonge ce qu'il a dit de son enfance. Quand il était moine, pour s'assurer que le mariage était hautement estimé dans l'Eglise catholique, il trouvait dans son bréviaire le bel office d'une sainte femme ; il pouvait lire aussi la messe de mariage qui était dans le missel de son ordre1. Dans cette messe,

i. Pour le temps de Luther je cite le missel de l'ordre des ermites, manuscrit de la Bibl. Angel., de Rome, n. 1098(8 la fin) de la fin du xv' siècle, et l'impression Venetiis, i5oi, où la Messe se trouve au fol. 229. Pour les protestants, je veux en faire ici quelques citations. (Tous les catholiques connaissent ces passages, mais dans leur polémique contre Luther et les Luthériens, ils se servent trop peu de la liturgie catholique).

iNTROiTfs (Tob., c. 7 et 8) : Deus Israël conjungat vos et ipse sit vobiscum, qui misertus est duobus unicis, et nunc, Domine, fac eos plenius benedicere te. Psal. 127 ; Beati omnes qui timent dominum, qui ambulant in viis ejus.

Ora.tio : Deus qui tam excellenti misterio conjugalem copulam consecrasti, ut Christi et ecclesiae sacramentum praesignares in foedere nuptiarum, prœsta, quaesumus, ut quod nostro ministratur officio, tua benedictione potius implcatur.

Epistola : Ephes., 5, 22-23 ; Evangelium : Matth., 19, 3-6. Entre l'Epi tre et l'Evangile, le Graduel : Uxor tua 9icut vitis abundans in lateribus domus tuae, filii tui sicut novella3 olivarum, etc., du Ps. 127. — Après la septuagésime, Tractatus : Ecce sic benediceturomnis homo, qui timet Dominum. Benedicat tibi Dominusex Syon et videas bona Jérusalem omnibus diebus vit» tuae. Et videas filios filiorum tuorum, pax super Israël.

Après le Pater Noster, prière sur l'époux et sur l'épouse ; sur cette dernière, le prêtre dit : « Deus, per quem mulier jungitur viro et societas principaliterordinata ea benedictione donatur, quœ sola nec per originalis peccati penam, nec per diluvii est ablata sententiam : respice propitius super hanc famulam tuam, quae maritali jungenda consortio tua se expetit protectione muniri. Sit in ea jugum dilectionis et pacis, fidelis et casta nubat in Christo, imitatrixque sanctarum pewnaneat feminarum. Sit amabilis ut Rachel viro suo, sapiens ut Rebecca, longaeva et fidelis ut Sara. Nihil in ea ex actibus suis ille autorprœvaricationis usurpet. Nexa

LA MESSE DE MARIAGE 6û

on ne parle que de la sainteté du mariage ; on implore les bénédictions de Dieu sur les deux époux, afin qu'ils voient leurs enfants et les enfants de leurs enfants jusqu'à la troisième et à la quatrième génération, et que par leur état, avec la protection de Dieu et dans l'imitation des saints qui ont vécu dans le mariage, ils parviennent à la patrie céleste. Et Luther trouvait aussi toute la pensée de l'Eglise fort bien exprimée dans la Secrète de la messe : « Accueille, ô Seigneur, nous t'en prions, le sacrifice qui t'est offert pour la sainte union du mariage ».

Luther pouvait lire cette Messe dans le missel de son ordre ; elle se trouvait aussi dans le missel romain, et dans beaucoup d'autres1. Gomment donc après son

fidei mandatisque permaneat uni thoro juncta, contactus illicites fugiat. Muniat infirmitatem suam robore disciplinae. Sit fœcunda in sobole, sit probata et innocens, et ad beatorum requiem atque ad cœlestia régna perveniat. Et videant ambo filios filiorum suorum usque ad tertiam et quartam generationem et ad optatam perveniant senectutem. Per Dom.

Aujourd'hui encore, cette messe de mariage est la même qu'autrefois ; ou la trouve traduite en allemand dans Seelen-Gârtlein. Vollsldndiges Gebetbuch fur kath. Christen (Augsburg-Mùnchen, Huttler, 1877), p. 3o/r3o9. [En France, on trouve la traduction de cette messe dans la plupart de nos paroissiens, ou livres d'offices. Voir, par exemple, Le paroissial des fidèles, par M. Marbeau (Paris, 1905), p. 368-273.]

Une partie de cette messe, et en particulier de la prière sur l'épouse, se trouve déjà dans le Saeramcnlarium Gelasianum (voir la note suivante), et dans le Sacramentarium Leonianum (rns. du vi'-vn* siècle), éd. Lett Fcltoe, p. i£i-i4a ; depuis, elle a toujours été maintenue.

1. Je ne parle ici que de la messe que Luther avait sous les yeux dans son missel; mais à une époque plus ancienne il y en avait plusieurs : voir Martène, De antiquis ecclesiœ ritibus, lib. 1, c. 9, VAclio nuptialis, tirée du Sacramentarium Gelasianum.

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