LES MANUELS LITURGIQUES ET LE MARIAGE
nue pas la force de ma démonstration. Au contraire ; car il en ressort que dans l'Eglise l'on garde toujours la même doctrine. Qui croira jamais, en effet, que parlant sur le mariage au xve et au xvr9 siècle, un prédicateur eût utilisé et copié un sermon d'un auteur du xm° si, depuis lors, la doctrine de l'Eglise avait changé ?
Tout ce que j'ai dit des prédicateurs est également juste des manuels pratiques à l'usage des curés, manuels répandus partout en Allemagne au temps de
pour le même dimanche, le mystique Henri Herpf, de l'ordre des franciscains, ne fait qu'enseigner la doctrine de saint Thomas à qui il en appelle fréquemment. (Hain, n° 8337).
Le 37* des Sermones thesauri novi de tempore (Argentine, 1^89), nous offre une belle prédication sur le mariage. En s'appuyant sur l'épître à Timothée (ch. IV, v. i-3), l'auteur remarque que l'interdiction du mariage est une hérésie, et il dit : « Ideo voluit Christus intéresse ad ostendendum hoc sacramentum salvijîcum et non criminosum ut dixerunt Tatiani ; si enim nuptiis rite célébralis culpa adessset, nunquam Christus interesset ». Ce point est spécialement développé dans Socci, Sermones de tempore (Argentine, i/j85), où les sermons 5a à 54 traitent du mariage. Mais terminons, car nous arrêter plus longuement serait porter de l'eau à la mer. Le contemporain de Luther, mais plus âgé que lui, le dominicain Marc de Weida, dont nous avons déjà parlé au chapitre VU, a écrit un Miroir de V ordre du mariage.
Tous ces auteurs traitent en même temps de l'éducation des enfants. Au moyen âge, divers écrits, dont une partie viennent de grands docteurs, ont même été consacrés uniquement à cette dernière question, comme d'autres à l'art de gouverner, à la vie publique, à la vie de famille, etc.
Il suffit d'ouvrir les yeux et de conduire ses recherches avec droiture pour rendre ici justice à l'Eglise. Les protestants peuvent voir aussi que ce n'est pas Luther qui a parlé le premier d'un ordre du mariage, mais que beaucoup l'ont fait avant lui ; ou comme Raulin (Itinerarium Paradisi, Lugd., i5i8, P g3 et suiv.), d'un Ordo matrimonii a Deo institutus, d'un Ordo matris Dei. Dieu avait été le « minisler primus, quando adduxit Evam ad Adam». Uaulin énumerc jusqu'à douze dignitata matrimonii.
<jG l'église et le mariage
Luther, comme, par exemple, le Paroissien des Curés it de Michel Lochmayer qui, dans le chapitre relatif au mariage, se fonde surtout sur les scolastiques et les canonistes ; et le Manuel des Curés, de Jean Ulrich Surgant. Ce dernier est particulièrement intéressant parce qu'il donne comme modèles des allocutions en allemand. Surgant ne parle que du « sacrement du saint mariage » ou du « saint sacrement de mariage 3 » ; il le nomme « le recommandable sacrement de mariage », « le recommandable et digne sacrement de mariage 3 ». Le prêtre, dit-il, doit attirer l'attention des époux sur les trois biens du mariage : « la fidélité, les enfants, l'indissolubilité » ; tous trois sont symbolisés par « l'anneau d'or nuptial ». Surgant en fournit l'explication ; le curé doit donner l'avertissement suivant : « Et maintenant que le Dieu tout-puissant vous a unis, rien ne doit vous séparer, ni la bonne ni la mauvaise fortune, ni la santé ni la maladie, ni l'amitié, ni l'hostilité; vous devez rester ainsi jusqu'à la mort, conformément à la loi de Dieu. C'est pourquoi il est convenable que l'anneau nuptial soit mis par l'époux à l'épouse au quatrième doigt de la main gauche où passe directement la veine du cœur, afin de montrer que vos cœurs doivent être intimement unis comme un seul cœur et
i. Parochiale curaiorum. [Voir Hain, n0' 10067, 10070 : éditions de 1497, 1/198, 1699. Il y eut d'autres éditions en i5oo, i5i3 et i5i/i. Voir All'j. deutsche Biographie.]
a.Manuale curaiorum. Argentine, i5o6, et, avec la même numérotation, Basilee, i5o8. Dans l'avant-propos, on voit que Surgant l'a composé en i5oa. Pour les épithètes ci-dessus, voir fol. 93%
9^ 95> 99- 3. Ibid., fol. 98", 99.
LOCHMAYER, SURGANT 77
un seul corps. Et le saint sacrement du mariage nous est un symbole de l'union de notre cher Seigneur Jésus-Christ avec la sainte Eglise chrétienne, qui doit sans aucune tache aimer le Seigneur Dieu comme il l'aime lui-même d'un amour qui surpasse tout. Et votre amour doit trouver en Dieu son couronnement et son ordonnance ; et persévérer toujours et vertueusement, sans qu'aucun péché le ternisse4 ». Gomme les autres sacrements, le sacrement de mariage doit « nous obtenir de Dieu une grâce particulière2 » ; précisément pour ce motif, « on ne doit pas y opposer d'obstacle à la grâce, mais avant de le recevoir, on doit s'être repenti et confessé » ; il faut avoir « une conscience pure et de bonnes intentions 3 ».
A l'époque de Luther, l'Eglise catholique était donc bien loin de regarder le mariage comme coupable ; elle le tenait au contraire pour un saint état ; et pour y entrer, elle exigeait des époux un cœur purifié du péché 4 ; aussi, lorsque les fiancés avaient donné leur consentement mutuel, le prêtre demandait à Dieu qu'il daignât bénir les nouveaux époux : « afin qu'ils