‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 61 sur 283 · Waldner, Bericht etlicker fiirnemesUnSl&cke, fol. E iiij · texte numérisé non relu

Waldner, Bericht etlicker fiirnemesUnSl&cke, fol. E iiij

Il6 CONSÉQUENCES DE LA. RÉFORME DE LUTHER

paux adeptes n'eurent qu'une voix sur les unions licencieuses et clandestines : on en arrivait même à ne plus les considérer comme coupables ; — qu'une voix sur les progrès rapides de la lubricité et d'une immoralité cynique, sur la diffusion de la prostitution et de l'adultère : l'on n'en riait même plus, et l'on n'y voyait plus rien de repréhensible. Presque toutes les femmes trouvaient naturel de vivre dans le libertinage ; de là ces nombreux adultères, plus nombreux qu'aux époques précédentes et que chez les païens eux-mêmes. Bah ! disait-on, Dieu rompt bien le mariage ; moi, je me borne à l'incliner. De tout jeunes gens pratiquaient la fornication et si l'on essayait de les en tirer, ils réclamaient impérieusement une femme. L'impudicité était de bon ton et l'adultère était à l'ordre du jour. Dans la plupart des ménages, le lien conjugal était plus relâché qu'il ne le fût jamais chez les Juifs, si bien que ces unions ressemblaient à des chambres de torture1, etc. Juste jugement de Dieu ! Luther avait foulé aux pieds le célibat, il l'avait livré au mépris public; en regard, il avait montré le mariage comme l'état le plus recommandable, comme le seul état recommandable. Et voici que précisément dans cette Allemagne protestante qu'il a égarée, le mariage est considéré comme un supplice ! Il avait déloyalement reproché au pape d'avoir méprisé et condamné le mariage ; et,

i. Dans Dôllinger (Die Reformation, II, p. ^37-^52), on trouve des faits circonstanciés à l'appui de chacune de ces affirmations. En outre, dans tout ce qu'on vient de lire, je n'ai rien avancé dont je ne possède une foule de preuves authentiques, particulièrement pour Nuremberg.

l'immoralité 117

maintenant, ce ne sont pas seulement ceux que Luther a égarés qui nous apprennent que chez eux l'on méprise le mariage : parlant plus haut encore que les prédicateurs luthériens, les faits nous montrent partout la fornication et l'adultère prenant le pas sur le mariage régulier, honnête et pudique. Tout ce que Luther avait méchamment reproché aux catholiques se vérifiait chez ses adeptes ; on eût presque dit que la perfection consistait à « quitter le lit nuptial pour courir à la maison publique1 ». Luther avait conçu le mariage comme une œuvre extérieure et physique, du genre des autres occupations journalières; et partout cette conception était traduite en pratique. De même que pour gagner davantage ou pour subvenir à ses besoins, un ouvrier laisse là son métier, en prend un autre ou en exerce deux ou trois à la fois, ainsi dans le luthéranisme le mari laissa sa femme, et la femme, son mari, pour faire des essais avec d'autres. Ou même, et cela est honteux à dire, écrit le dominicain Mensing2, ils ont non-seulement donné deux femmes à un homme, mais encore, ce qui ne s'était jamais vu, et ce que les païens n'avaient jamais permis, ils ont donné deux hommes à une femme; quand la femme se montre récalcitrante, ils ont permis à l'homme d'aller trouver la servante, et si son mari est impuissant, la femme peut aller trouver un autre homme 3.

t. Voir, ci-dessus, I, p. 33i.

3. Vormeldunge der Unwahrheit Luther'scher Klage... Frankfurt a. 0. i53a, fol. G. Sur l'auteur, voir N. Paulus, Die deutschen Dotninikaner im Kampfegegen Luther, p. iG etsuiv.

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