‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 8 sur 283 · SERMON D HERMANN RAB SUR LA PROFESSION ID · texte numérisé non relu

SERMON D HERMANN RAB SUR LA PROFESSION ID

casion d'une profession, il aurait prêché à des religieuses sur le sujet qui nous occupe *. Ce sermon est-il authentique de tous points ? En vérité, le témoignage de Luther ne saurait plus être donné comme une preuve suffisante. Regardons-y donc de plus près. Le sermon est en latin. Un sermon latin, en Saxe, à cette époque, devant des religieuses 1 D'autant plus queRab savait écrire et parler en allemand ; on le voit assez par la lettre qu'en 1527 il écrivait à Catherine de Plawnitz, religieuse du couvent des dominicaines de Kronschwitz, dans le duché de Weimar, pour riposter à Catherine de Friesen, religieuse du même couvent et disciple de Luther2. Et comment ce sermon parvint-il à Luther ? Il fut pris, nous dit-il, sous forme de notes fragmentaires, pendant que Rab prêchait3. Mais par qui? Naturellement par un ami de Luther, qui lui communiqua ces notes. Or, il saute aux yeux que les amis de Luther ne peuvent pas inspirer plus de confiance que lui. Dès lors, on comprend sans peine comment ce sermon a pu s'adapter si exactement aux observations et invectives de Luther. À ces religieuses, en particulier à celle qui faisait profession, le prédicateur commence par

1. Une édition princeps s'en trouve à la Vaticanc, Pal. IV, 13 1, avec ce titre : Exemplum theologix et doctrinœ papisticœ. On le trouve aussi dans Op. lat., var. arg., VII, ai, avec la fausse date de i5a3. Le sermon commence ainsi : Incipit sermo eximii magistri nostri I. (au lieu de H) B. provincialis Ord. Prœdicalorum.

a. Publiée dans Fortgesetzte Sammlung von Alten und Neuen iheologischen Sackcn auf dos Jahr 1731 (Leipzig), p. 700 et suiv. Désormais il se trouve aussi en partie dans Paulus, ouv. cité, p. ia et suiv.

3. « Sermo... frustillatim... ex ore dicentis excerptus ». Opéra lalina varii arg., VII, a3.

l6 SENS DU (( BAPTÊME MONASTIQUE ))

citer un texte de la Politique cTAristote. Puis il leur dit : « Il est fort bon d'offrir à Dieu des biens temporels pour élever des églises, etc., car, parla, l'on espère obtenu* la rémission de ses péchés ; mais il est mieux d'offrir son âme à Dieu, par son libre arbitre et sa propre volonté, comme le fait le religieux, qui par ce moyen obtient la pleine rémission de ce qu'il doit à Dieu, comme s'il recevait le baptême *, » etc. Et ainsi de suite, tout comme si le sermon avait été fait en vue des remarques de Luther: nous n'avons donc pas besoin du Christ, ni de la foi, ni d'aucune grâce, mais seulement de nos œuvres personnelles ; en comparaison de ces offrandes, le baptême et la croyance à Jésus- Christ ne sont rien ; ce n'est pas par le Christ, mais par le reniement du Christ et par les œuvres personnelles que l'on peut espérer la rémission des péchés, etc.

Si Luther et les siens n'ont pas fabriqué ce sermon de toutes pièces, est-il du moins invraisemblable qu'ils en aient falsifié quelques passages 2 ? De ce nombre

i. «... qui offert Deo animam per liberum arbitrium et pro priam voluntatem, sicut facit religiosus, qui per hoc consequitur plenarium remissionem, quasi susciperet baptismum ».

2. Il est à noter aussi que Luther ne donne que les lettres initiales d'Hermann Rab, et même avec quelque inexactitude. Pourquoi tant de mystère ? On sait assez que ce n'est pas là son habitude. Dans sa préface, il supprime même les lettres initiales et il dit que le sermon est « a quodam magni nominis dominicastro in cœnobio quodam hujus regionis miserrimis illis puellis, quas nonnas vocamus, non multo ante hos dies praedicatus ad commendandum nonnarum institutum ». Ainsi, contre l'habitude de Luther quand il dit des injures, le monastère lui non plus n'est pas même nommé.

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