‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 81 sur 283 · LUTHER DÉNATURE LA DOCTRINE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LUTHER DÉNATURE LA DOCTRINE CATHOLIQUE

fureur malgré V évidence K Mais lorsque avec l'Eglise Luther en agissait incomparablement plus mal encore,

complètement le sens de ce que Bucer avait écrit. Ainsi, il lui reproche d'avoir dit dans sa préface : « Miracula Christi fuerunt talia ut cum diceret : « Hoc est illud », mox sensibile quoque fuerit. Ideo et Christi corpus oportere esse visibile in sacramento, aut non est in sacramento ». Par là, disait Luther, Bucer concluait donc du particulier au général, ce qui ferait rire jusqu'à des élèves de classes élémentaires : « Videlicet istis ludibriis firmanda3 sunt conscientiae nostrœ in rébus Dei, super verba clarissima Scripturae : « Hoc est corpus meum ? » In triviis ridentur pueri qui sic dialecticantnr : « Aliquod animal currit, ergo omne animal currit ; » et tamen, hic gloriosissimus spiritus triumphat secure, dum sic disputât: Aliqua miracula Christi sunt visibilia, ergo necesse est omnia esse visibilia. Ita Christum sedere ad dexteram Patris, regnare, vivere, agere, est falsum, quia est miraculum invisibile » (Enders, v. 380).

Bucer répond : « Quid ad haec dicendum ? Si legit mea, rursus haereo, etenim tam confessie impudentiav, ut extantibus tôt exemplaribus audeat mihi impingere, quod nunquam in mentem mihi venit, profecto gravatim ipsum insimularim ». Il avait, disait-il, conclu précisément du général au particulier, puisqu'au lieu de la proposition que lui attribuait Luther, il avait écrit : « Omnia opéra Domini quae Scriplura corporalia commémorât dicendo : « Hoc est illud », ut cum aquam in nuptiis memorat vinum i'actum... vere corporalia, hoc est sensibilia adparuerunt». Bucer dit avec raison : « Ubi hic argumentum hujusmodi : Aliqua Christi miracula sunt visibilia, ergo necesse est omnia esse visibilia ? Cur omissum est « corporalia », in quo tota vis argumentationis ? »

Bucer conclut : « Calomnier ainsi les écrits des frères convient aux ennemis de la vérité, et non pas à Luther » (Enders, v, 3go, n. 8). Mais on aurait pu lui répondre : « Pour connaître Luther, avez-vous attendu jusqu'aujourd'hui ? Quand Luther s'était conduit, et qu'il continuait de se conduire beaucoup plus mal encore à l'égard des ordres religieux, Bucer et ceux de son espèce ne l'avaient-ils pas acclamé?

(N. d. T.). Dans sa rédaction primitive, la note précédente aurait couru risque de rester obscure pour des lecteurs étrangers à l'Allemagne. Nous l'avons quelque peu modifiée à l'aide des renseignements fournis par Enders, auxquels Denifle lui-même renvoyait.

i. Enders, V, p. 390, n. 7 (i5a6).

l5o CONCLUSION

pourquoi Bticer et ses amis ne se révoltaient-ils pas? Parce que, cette fois-ci, c'était contre lui, Bucer, que se tournait le « Réformateur», il sentait combien les invectives et les injures étaient loin de l'esprit de Jésus-Christ1. Or, depuis i520, à quels moyens Luther avait-il donc eu recours contre l'Eglise, contre les ordres, contre le sacerdoce ? Les injures, les invectives, les calomnies avaient été ses armes de tous les jours. Alors, Bucer et ses amis avaient trouvé ces procédés fort convenables ; avec Luther, ils y avaient reconnu l'esprit de Jésus-Christ.

Dans la préface dont nous venons de parler, Bucer prend aussi contre Luther le parti d'OFnonMP\DE2. Et pourtant c'était ce même QEcolampade qui écrivait au bénédictin apostat Ambroise Blarer : « N'accordez rien à ces sales papistes, à ces loups incarnés, plus dangereux que ceux des forêts ; si on ne les muselle et qu'on ne les rende odieux au peuple, ils attireront à eux une foule de gens. Mais si, dès le début, on les peint tels qu'il convient, personne ne croira plus à eux3. » C'était Luther qui avait donné le ton. Tout son ouvrage sur

t. Dans sa préface, Bucer avait appelé Luther un violent adversaire de sa secte. Luther regrettait de ne pouvoir la combattre avec plus de véhémence encore : « Utinam per negotia lu eret esse vehementiorem ! » (Enders, V, 387). Bucer répond : « Si de vehementia argumentorum intelligit, optarim idem et ego ; sin conviciorum, optarim agnosceret, quam alienam id sit a spiritu Christi». (Enders, v, p. 391, n. ii^). Cette querelle de Luther et de Bucer fait penser aux premières paroles de la 3* antienne de laudes, le jour du vendredi-saint : Ait latro ad latronem...

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