Erl., kk, 38i (i
k. Weim., XII, i35 (i5a3).
5. Ed. Fôrstemann, III (1846), 299, 3o2 ; Lôsche, Analecta Lutherana et Melanthoniana (189a), p. ao3, n. 3i4.
fcES ABUS ET L ABOLITION DES INSTITUTIONS 171
détruire1. Si à l'époque de Luther, on eût dû en venir à supprimer un état à cause des nombreuses tares qui s'y rencontraient, ce n'était pas à l'état religieux que l'on aurait dû s'en prendre, c'était à l'état conjugal : par suite de la morale étonnamment relâchée que professait Luther, ou plutôt par suite de sa destruction de toute morale, le mariage, comme nous l'avons vu au chapitre xm, fut alors souillé d'innombrables adultères. Un état ne suffira jamais à rendre pieux un malhonnête homme.
Si les abus et les habitudes de certains individus devaient entraîner l'abolition de l'institution, au temps de Luther on aurait dû arracher toutes les vignes, abattre toutes les brasseries (pour lesquelles, soit dit en passant, Luther lui-même n'avait aucune aversion) ; car, de son propre aveu, le diable propre à l'Allemagne s'appelait le « SoifTeur » ou « une grosse outre à vin3 » Pourtant, il n'a jamais prôné un remède aussi radical.
Si jamais quelqu'un devait rester muet sur cette question des abus dans les monastères, c'était bien le père de la « Réforme évangélique », dont les premiers adhérents ont été ces religieux et ces prêtres séculiers qui étaient la personnification des abus dans l'état religieux et dans le clergé séculier. Il avait été un temps où de concert avec nombre de ses contemporains Luther envisageait de bonne foi le redressement des abus dans l'Eglise et voulait combattre la décadence ; mais à partir de 1520, cette nécessité d'une rénova-
i. Voir, ci-dessus, I, p. lai-iaa, a. Voir, ci-dessus, p. ia5.
tion devint uniquement pour lui un moyen d'agitation : ses déclamations lui permettaient de livrer au mépris général les odieux papistes et de détourner les yeux du public de la corruption autrement grande de son troupeau, dont la vie anti-chrétienne offrait le spectacle des plus honteux débordements.
« Sous prétexte de religion, écrit-il, il ne faut pas refuser ou fuir les charges domestiques et civiles, comme font les moines qui se retirent dans les couvents pour ne servir personne, race aveugle et livrée à son sens pervers : c'est pourquoi ils ne se soucient ni de la première, ni de la seconde table [de la loi]. Mais aussi ils reçoivent une récompense digne de leur impiété : tandis qu'ils récusent les charges domestiques et civiles, ils descendent jusqu'aux vices les plus horribles et les plus épouvantables, plus bas que n'importe quel séculier, suivant le nom qu'il donnent aux autres *, » Depuis i5ao, et surtout depuis son apostasie, c'est là le ton dominant de ses calomnies. Ce ton s'accentue dans son ouvrage contre les vœux monastiques, et il se maintiendra ainsi jusqu'à sa mort. Qu'un mensonge ne fût bâti que sur un autre, c'est ce dont il n'avait nul scrupule. De ce qu'une personne entrait en religion pour le motif qu'il indique, s'ensuivait-il que toutes faisaient de même ? Ou ce motif d'ordre inférieur répondait-il au concept de la vie religieuse ? A une période meilleure de sa vie, luimême ne s'était-il pas tourné contre ceux qui appliquaient à tout un corps des fautes individuelles 2 ? Il
1. Opp. exeg. lat., Y, 173 (i538-i53ç)). a. Voir, ci-dessus, 1, p. 337.