‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 125 sur 278 · LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS · texte numérisé non relu

LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS

naît Luther pour père, parce qu'il a donné au peuple allemand « la seule religion qui lui convînt n, quiconque veut que Luther et ses partisans aient eu le droit de se révolter contre l'Eglise et d'abandonner un état où il s'étaient engagés par serment, celui-là est obligé de dire que la fin justifie les moyens. Pour Luther, il ne s'est pas borné à laisser transpercer cet axiome i, ill'a expressément formulé, et il est incontestable qu'il a recommandé aux siens le mensonge et la dissimulation, afin de mieux arriver à leurs fins 2. Dans son œuvre, du reste, la fin n'était pas meilleure que les moyens.

Sous la contrainte d'axiomes a priori, on diminue, on excuse ou l'on arrange tout ce qui gêne chez Luther, même ses pires grossièretés ; dans cette voie, Walther, par exemple, va jusqu'à une sorte de cynisme 3. Ail-

1. De bonne heure dans ses falsifications des textes de saint Augustin (ci-dessus, t. III, p. 6 et suiv.).

2. Ci-dessus, t. I, pp. iBy-iGa, 206-22/», surtout 218-234; t. III, p. 6 et suiv. ; t. IV, p. 82, avec les citations. Naturellement, dans le même temps, lorsqu'il le trouve bon, il conseille aux siens : «de ne pas mentir, de ne pas tromper, de ne pas médire, mais d'être bon, véridique, fidèle et constant, et enfin d'agir en tout comme il est prescrit dans les commandements de Dieu », etc. Erlangen, 25, 357 (i53g), et souvent ailleurs.

3. Denitle parle ici d'un premier essai de Walther, Das sechste Gebot und Luthers Leben (1898), que l'auteur signa du pseudonyme de Lutherophilus. Voir, par exemple, ci-dessus, t. II, p. 199, n. 3. Depuis lors, Walther a fait paraître sous son vrai nom le gros volume que nous avons déjà plusieurs fois cité, Pour Luther contre Borne (Fiir Luther wieder Rom 190G). On y trouve à peu près la même candeur dans la défense de Luther, ou, si l'on veut, le même candide cynisme. Walther doit certainement avoir une âme ingénue ; dans son petit Rostock, il doit admirer toutes ses justifications de Luther et se dire que tout cela « est arrivé ». Il

igO IGNORANCE DE LA DOCTRINE CATHOLIQUE

leurs, on passera même complètement sous silence ce qu'il y a de désagréable dans la vie et la doctrine du Réformateur.

Esclaves d'axiomes a priori, les théologiens protestants défigureront les doctrines scolastiques, notamment la doctrine du salut ou d'autres points qui rentrent dans le domaine des études sur Luther. C'est dans ces exposés qu'on est en droit de regretter l'absence de toute recherche impartiale. L'amour de Luther les interdit: il doit avoir raison non seulement contre l'Eglise, mais aussi contre les docteurs de l'Eglise, en particulier contre saint Thomas. Pour y arriver, on retouchera Luther jusqu'à le rendre méconnaissable; puis un exposé vraiment pitoyable des théories des scolastiques montrera qu'ils n'ont pas su ce que c'était que le péché, la justice, la justification, la grâce du Christ, etc ; que sur la contrition et les indulgences ils avaient des idées lamentables. Est-ce sur le compte de l'ignorance qu'il faut mettre cette dénaturation stéréotypée ; ou la mauvaise intention, la mauvaise foi, la mise en pratique du principe : la fin justifie les moyens, y entre-t-elle aussi en jeu ? Ou bien les deux s'y trouvent-ils à la fois ?

Puissent les théologiens protestants s'examiner ici avec sincérité devant Dieu et devant leur conscience, Plusieurs pages de cette étude ont pu déjà leur ouvrir les yeux. Je vais terminer ce chapitie et cette section

est le dernier survivant de ces luthériens du xvi'etdu xvii* siècle, qui vénéraient Luther comme l'homme de Dieu par excellence (N. d. T.)

Page 1