‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 150 sur 278 · PRÉJUGÉS PROTESTANTS 23 I · texte numérisé non relu

PRÉJUGÉS PROTESTANTS 23 I

yeux luthériens qu'ils voient ce qui est catholique^. Les protestants dits libéraux suspectent même et détestent l'Eglise catholique du seul fait qu'elle enseigne le surnaturel, et qu'elle ne veut pas faire de la croyance à la Révélation un conte de Peau d'âne.

Nous ne craignons rien d'un exposé exact de la doctrine catholique et de la saine théologie ; au contraire, nous le désirons, nous le demandons. De leur côté, les théologiens et pasteurs protestants sont-ils également prêts à souhaiter, à demander et à accepter les conclusions d'une investigation impartiale sur la doctrine de Luther ? Jusqu'ici ils ont prouvé le contraire. Ils craignent qu'une critique sans préjugés ne fasse s'écrouler Luther et le luthéranisme.

Que les protestants orthodoxes, ceux qui veulent rester sur le terrain chrétien, considèrent donc une bonne fois la haine infernale de Luther contre l'Eglise et la papauté, surtout à partir de l'époque où il s'est écrié (lo juillet 1620) : « Le sort en est jeté ; de Rome j'ai méprisé les fureurs et les faveurs ; à tout jamais, je ne veux ni me réconcilier, ni avoir de rapports avec eux'^ » ; qu'ils considèrent cette haine qui

1. On peut remarquer, par exemple, la manière dont Seeberg, dominé par ses idées luthériennes, comprend la doctrine de la contrition et des indulgences chez les théologiens catholiques d'avant la Réforme. Voir l'étude approfondie de N. Paulus dans la Zeitschrift fur kalholische Théologie, XXV, (1901), p. 788 et suiv.

2. A me quidem, jacta mihi aléa, contemptus est Romanus furor et favor ; nolo eis reconciliari nec communicare in perpetuum » (Enders, II, /,32 ; Luther à Spalatin).

lui faisait regarder comme permis tout moyen, toute arme contre le pape, la papauté et les papistes ; cette haine qui le poussait à les vouer tous à la mort et aux abîmes de l'enfer i : à elle seule, ne sufQrait-elle pas à les rendre pensifs et à les faire se dire : « Gom-

I. Je reviendrai sur ce sujet dans le second volume, lorsque je traiterai cette question : en quel point Luther et le courant de la décadence déjà existant se sont-ils rencontrés? [Dans ce second volume (1909), le P. Weiss a profondément modifié le plan de Denifle, et, notaminent, ne semble pas avoir traité cette question]. Quelques mots seulement du début, du milieu et de la fin de sa vie d'hérétique. Dès le mois de juin i5ao, il écrit dans la préface de VEpitoma responsionis... : « Nunc, vale, infelix, perdita et blasphéma Roma, pervenit ira Dei super te, sicutmeruisti in finem... ; relinquamus ergo Babylonem, ut sit habitatio draconum, lemurum, larvarum, lamiarum, et juxta nomen suum confusio sempiterna ». Et dans la conclusion : « Mihi vero videtur, si sic pergat furor Romanistarum, nullum reliquum esse remedium, quam ut Imperator, regeset principes vi et armisaccincti aggrediantur has pestes orbis terrarum remque non jam verbis sed ferro décernant... Si fures furca, si latrones gladio, si hsereticos igné plectimus, cur non magis hos magistros perditionis, hos cardinales, hos papos et totam istam Romanœ Sodomae colluviem, quœ Ecclesiam Dei sine fine corrumpit, omnibus armis impetimus et manus nostras in sanguine istorum lavamus, tanquam a communi et omnium periculosissimo incendio nos nostrosque liberaturi ? » (Weim., VI, 829, 347). — En i53i, il écrit dans son pamphlet aux Allemands : « Pour terminer, nous ferons ensemble un petit pèlerinage : eux (les papistes) dans les abîmes de l'enfer vers leur Dieu de mensonges et de meurtres, qu'ils ont servi par des mensonges et par des meurtres ; moi, vers mon Seigneur Jésus-Christ, que j'ai servi dans la vérité et dans la paix... Rendonsnous y ensemble : eux en enfer, au nom de tous les diables, moi, au ciel, au nom de Dieu. Personne, j'en ai l'intime conscience, ne saurait aussi peu me faire tort que je désire peu faire tort aux autres... Ma vie doit être leur bourreau, ma mort, leur démon » I (Erlang., 26, 7-8). — En i565, dans sa scandaleuse brochure Contre la papauté : « On devrait prendre pape, cardinaux et toute la clique de l'idolâtrie et sainteté papiste, tirer la langue à ces

LUTHER n'a pu ETRE l'eNVOYÉ DE DIEU 233

ment l'esprit du Christ aurait-il pu habiter dans un homme qui, par sa haine diabolique, a éteint en lui jusqu'à la moindre étincelle d'esprit chrétien ». Si en outre, et les protestants libéraux avec eux, ils voulaient examiner avec attention et sans parti pris les doctrines de Luther, ses manœuvres, ses mensonges, ses falsifications, ses sophismes, sa vie et sa conduite vides de Dieu, ses parjures envers Dieu, ses bouffonneries, ses trivialités, son manque de tenue, ses grivoiseries, bref, Luther en chair et en os, ils devraient, ne serait-ce qu'en se plaçant à un point de vue purement humain, le considérer comme une monstruosité à rejeter.

Par la faute de Luther, l'antique loyauté du caractère allemand s'éteignit fréquemment chez ses adeptes, à qui il avait inoculé la ruse, la fausseté et la dissimulation 1. Son Evangile a mis le comble à la corruption antérieure, et a attiré sur l'Allemagne d'innombrables malheurs. C'est lui aussi qui a posé les fondements de l'incrédulité et de l'indifférentisme modernes. Ces faits indéniables ne doivent-ils pas faire rejeter enfin toute la phraséologie courante : a Luther est le plus grand des Allemands ; pour l'univers entier, il a été le plus grand des libérateurs . » Sans doute, les protestants trouveront dur de renoncer à cette pitoyable phraséologie. Mais s'ils ont le sens droit, si jusqu'à présent, ils n'ont péché que par ignorance, s'ils n'ont

blasphémateurs jusque derrière le cou, et les clouer à des potences dans le même ordre qu'ils allignent leurs sceaux sur les bulles ». Erlang., 26, i55. Voir, ci-dessus, p. i3o, et, ci-après. Appendice II, la figure IX.

1. Ci-dessus, t. I, p. 157-163, 216-224, etpassim. ; Gris.vr, Luther, ihiQiJ, p. m-^23 (N. d. T.).

pas imité a leur père », qui par avance avait coupé tous les ponts par où il aurait pu revenir à l'Eglise i, la grâce de Dieu les touchera, et ils reconnaîtront leur erreur. Puissent-ils se tourner vers Dieu et le supplier instamment de leur donner de plus en plus le sens droit, le supplier de les éclairer, de leur accorder la foi pure et véritable 2, le courage et la force d'agir selon leur conscience.

I. Dans la Confession de la Cène du Christ (i538), après avoir exposé sa profession de foi avec toutes les erreurs qu'il avait prêchées et défendues depuis sa rupture avec l'Eglise, il dit (Erlang., 3o, 378): « C'est pourquoi je supplie les cœurs pieux de prier pour moi afin que je reste ferme dans cette foi jusqu'à la fin de ma vie, et de vouloir bien en être les témoins. Car, ce qu'à Dieu ne plaise, si les tentations et les angoisses de la mort venaient ù me faire dire autre chose, cela doit être nul, et je tiens à déclarer ici publiquement à l'avance que cela n'est pas convenable, et est inspiré par le diable. Que mon Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, béni dans tous les siècles, m'aide à tenir cette résolution. Amen ». Ce n'est pas pris de vin qu'il écrivait ce blasphème, comme c'a été le caspour nombre de ses affirmations; il dit, au contraire, expressément: « Je ne suis ni ivre, ni distrait en ce moment; je sais ce que je dis, et je sens parfaitement ce qui m'attend à la venue du Seigneur Jésus-Christ au dernier jugement » (P. 363). — Nous avons ici l'explication de cette phrase qu'il écrivait l'année précédente(i527) : u On n'a jamais entendu dire qu'un hérésiarque se fût converti; ce péché est trop grave, c'est un blasphème contre la parole de Dieu, un péché contre le Saint-Esprit. C'est pourquoi Dieu laisse dans l'endurcissement celui qui le commet ». Weim., XXII J, 72. — Ou comme il écrivait la même année dans une autre circonstance ; (( Un hérésiarque se convertit très difficilement, il est et reste endurci; mais ceux qu'il séduit peuvent se convertir. » (Cidessus, t. II, p. /i6o, n. i).

3. Le grand humaniste et pédagogue espagnol Louis Vives, contemporain de Luther, dit à bon droit à la fin de son dernier ouvrage. De veritate fidei christianse libri V. (0pp. éd. Majansius, Valentiœ, 1782-1790, VIII, 455): La foi est une grâce de Dieu, elle ne peut s'acquérir et se conserver que par la prière ; la raison et la science peuvent seulement la préparer et Ia fortifier.

QUITTONS LUTHER, RETOURNONS A l'ÉGLÏSE 235

Puissent-ils se mettre à pratiquer le christianisme, à modeler leur vie sur l'Evangile, sur un Evangile vrai et pur de tout alliage, et non sur celui de Luther, qui n'en est que la caricature et la falsification. Le bras de Dieu ne s'est pas raccourci : je suis certain qu'alors ils diront avec moi :

QUITTONS LUTHER, RETOURNONS A l'ÉGLISE !

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