‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 149 sur 278 · LA FOI ET LE MERITE DANS SAINT THOMAS · texte numérisé non relu

LA FOI ET LE MERITE DANS SAINT THOMAS

connaissance de la scolastique^ Cette phrase, n'est même pas personnelle à Harnack : il l'a empruntée à Ritschl.

Lorsqu'enfin il conclut que dans saint Thomas la foi, en tant que confiance intérieure, n'est qu'une phase de transition, il achève d'étaler son ignorance. Saint Thomas n'enseigne ni n'accepte jamais cette foi luthérienne, et Harnack l'introduit chez lui par contrebande. Dès lors, comment chercher à s'entendre avec Harnack ? Que faire avec un homme qui ne comprend bien ni Luther et « ses pensées les plus originales », ni la scolastique et surtout saint Thomas ? Que faire avec qui ne veut pas comprendre Luther comme il doit être compris, ne veut et ne peut entendre saint Thomas comme il doit être entendu ?

C'est ce que l'on voit clairement aussi d'après ce qu'il dit du mérite ; il ne veut pas reconnaître que si Luther a nié le mérite, c'a été uniquement à cause de sa

1. Ci-dessus, t. III, p. 819 et suiv. Puisqu'il s'agit ici de saint Thomas, je recommande à M. Harnack de lire attentivement, outre les articles déjà indiqués, les passages suivants : a"* a"", qu. 6, a. 2 ; qu. d, a. l^, où saint Thomas dit : (ad i) « De ce que la foi informée devient informe, il ne s'ensuit pas que la îoi change; ce qui change, c'est le sujet de la foi, l'âme : tantôt elle possède la foi sans la charité, tantôt, avec la charité ». Harnack ne comprend rien à tout cela ; alors même qu'il connaîtrait la doctrine de saint Thomas, il ne pourrait y parvenir, parce qu'il n'admet ni la foi informée ni la foi informe. Ainsi que l'enseigne saint Thomas dans ce même traité de la foi (qu. 5, a. 3), l'hérétique qui s'obstine à rejeter ne serait-ce qu'un seul article de foi ne possède ni la foi informée ni la foi informe. [Luther lui-même a toujours reconnu pour la foi cette nécessité d'être intégrale. Voir A. Weiss, La Pyschologie de Luther et du Protestantisme, livre I, ch. I, liv. II, chap. III, vers la fin dans les deux cas. Note du P. Weiss].

23o LES PROTESTANTS ET LA SCOLASTIQUE

conception irréligieuse et immorale, d'après laquelle, dans l'œuvre du salut, l'homme n'était qu'un billot, qu'un bâton, sans libre arbitre, si bien que désormais il faudrait dire : dormir et ne rien faire, voilà l'œuvre des chrétiens. Harnack n'a pas même compris la doctrine de saint Thomas et la doctrine catholique en général : que l'on peut mériter la vie éternelle, alors cependant que la foi et la grâce, c'est-à-dire les fondements pour l'acquisition de la vie éternelle, sont gratuites. D'une manière générale, lui et tous les protestants n'entendent rien au mystérieux enchaînement de l'activité de Dieu et de l'homme, de la grâce de Dieu, surnaturelle et libre, et de la libre volonté de l'homme.

Si Harnack ne veut pas se donner la peine d'atteindre à la liberlé de l'esprit, à l'abandon complet de ses préjugés luthériens, à une étude objective et approfondie de la doctrine catholique et de la saine scolastique, qu'il abandonne donc le moyen âge pour se retirer sur le terrain de l'ancienne littérature chrétienne, qu'il a souvent fouillée avec bonheur. Gomme commentateur de saint Thomas, il aura peine à mériter une couronne de lauriers.

Du reste ces reproches n'atteignent pas seulement Harnack, mais, d'une manière générale, tous les théologiens protestants, à quelque nuance qu'ils appartiennent. Ils sont tous plus ou moins incapables de comprendre les scolastiques. En outre, quand il s'agit de points de démarcation entre le protestantisme et l'Eglise catholique, ils sont préoccupés : c'est avec des

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