‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 187 sur 278 · ATTAQUES DE CERTAINS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

ATTAQUES DE CERTAINS CATHOLIQUES

défendre. Si je le fais, c'est tout d'abord pour repousser avec indignation l'accusation d'avoir écrit par haine contre Luther et les protestants, ou d'avoir attaqué les coryphées du protestantisme « pour me décharger enfin de ce que j'avais depuis longtemps sur le cœur ». C'est ce que se permet d'écrire un jeune homme, non pas dans un journal protestant, mais dans les Feuilles mensuelles académiques ^, organe d'étudiants catholiques. Cette accusation se trouve assez réfutée par ce seul fait que je ne me suis procuré les œuvres de Harnack, de Seeberg et autres théologiens protestants qu'au moment où mon livre était déjà sous presse, à tel point qu'après coup j'ai dû modifier le titre du premier livre ^ : primitivement, j'avais l'intention de ne m'y occuper que des biographes de Luther et des éditeurs de ses œuvres. Il était encore plus loin de ma pensée de jeter dans le public un écrit incendiaire ; je ne voulais avoir affaire qu'à ceux qui s'occupent d'études sur Luther et en général au monde lettré. Dieu m'est témoin que je dis la vérité.

Les Feuilles académiques ont cru devoir me reprocher d'avoir à dessein passé sous silence l'organisation des bénéfices et autres abus qui régnaient alors dans l'Eglise catholique. Il est clair que l'auteur de cet article n'a pas même lu mon introduction : j'y dis en

I. Akademische Monatsblâtter. [Fondées en 1888; paraissent à Cologne, chez Bachem. — Ce jeune homme était Martin Spahn. Le 2/4 février suivant, il devait revenir à la charge dans le Tag. Voir ci-dessus, t. ï, p. xxxv. N. d. T.]

a. [Ci-dessus, t. I, p. 5i].

SUREXCITATION

termes formels que ces faits « viendront en leur lieu, dans le présent ouvrage ^ ». Ce reproche se fonde sur cette opinion généralement reçue, mais en grande partie inexacte, que le triste état de l'Eglise à cette époque a été la véritable cause du « changement » de Luther, et finalement de son apostasie. C'est dans le second volume, dans l'introduction à 1' « origine et à la diffusion du luthéranisme », que j'aurai à parler de la situation de l'Eglise et des monastères à cette époque. Là, l'auteur de l'article verra comment « toute une nation » a pu suivre « un tel homme », c'est-àdire le (( Réformateur », malgré les « défauts odieux » que je lui attribue. Déjà, du reste, dans le présent opuscule, je vais toucher ce point à propos des critiques de Harnack et de Seeberg.

A aucun moment je n'ai caché le but de mon travail : /rapp<?r aa cœuî^ le (( Réformateur », mais le frapper ouvertement et avec les moyens que me fournissait la science. Il serait peut-être malencontreux que tout le monde voulût adopter ma manière ; mais il fallait que quelqu'un le fît une bonne fois, et consentît à recevoir les injures qui, par une fatalité de ce monde, sont le lot de celui qui dit la vérité telle qu'il la pense en son âme et conscience ; il fallait une bonne fois appeler les choses par leur nom, non seulement relater les faits, même les plus désagréables à exposer, mais encore en tirer les conséquences qu'ils comportent, puisqu'une longue expérience montre que les lecteurs protestants ne sauraient pas le faire par eux-mêmes.

I. [Préface de la i" édition, p. viii, x, xvi-xvii. Voir en outre, ci-dessus, t. I, p. 67-/18.]

HARNACK ET SEEEERG 9

Dans les pages qui suivent, je m'occupe surtout de deux protestants, professeurs à l'Université de Berlin : l'un, Harnack, est le plus célèbre théologien rationaliste de notre époque; l'autre, Seeberg, l'un des représentants les plus connus de la théologie positive. Si j'écris une brochure spéciale contre ces deux théologiens, c'est à cause du vacarme que la presse protestante, heureuse de s'abriter derrière eux, a fait autour de leurs attaques contre mon ouvrage : le 3i décembre dernier (1903), le Journal de la Croix, par exemple, demandait aux catholiques de consentir enfin à « donner quelque peu de créance à Seeberg : il avait péremptoirement prouvé que l'œuvre de Denifle contenait nombre d'inexactitudes et de méprises ^ ; » le 6 janvier, renchérissant sur le Journal de la Croix, le Courrier de l'Empire vantait la critique profonde que Seeberg avait faite des dires de Denifle ; il parlait aussi d'une désapprobation accablante du côté non ultramontain ; pour lui, il est même incompréhensible que ce soit du côté protestant que les catholiques en soient encore à trouver une réfutation de mon livre ^^

Représentants de deux doctrines essentiellement différentes, Harnack et Seeberg devraient apprécier différemment Luther. C'est pourquoi je parlerai d'eux séparément. En réalité, toutefois, leurs appréciations se

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