‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 189 sur 278 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le point de vue catholique et le rationaliste dans un jugement sur luther.

§ I. — Les principes.

Bien que l'exposition suivante soit plutôt l'objet du second volume de mon « Luther et le luthéranisme », et qu'elle forme la conclusion de mes recherches sur Luther, je me vois toutefois contraint de la donner ici brièvement.

Le chrétien croyant et le rationaliste se placent à des points de vue si opposés que les mêmes considérations ne sauraient les atteindre. Ici, notre objet premier n'est pas de nous rallier à la première conception contre la seconde. En quelques lignes et le plus clairement possible, nous voulons simplement exposer les idées fondamentales qui les séparent ; et faire qu'il soit impossible de s'échapper de l'une dans l'autre.

Dans sa soumission à l'autorité divine, soumission conforme à la raison, dans son « culte raisonnable i »,

I. Rom.. XII, I. — Crampon traduit par « culte spirituel ». Denifle suit la vulgate : <( rationabile obsequium ». L'original porte : XoytxTj AaTpsb. Or Xoy.xri ne veut pas dire spirituel, mais

12 LES PRIISCIPES

le chrétien croyant est beaucoup plus rationnel que le plus grand des rationalistes. Créature douée de raison, l'homme peut légitimement se dresser avec fierté contre tout ce qui, médiatement ou immédiatement, ne s'impose pas à lui au nom de la souveraineté de Dieu. Dieu doit le traiter comme un être doué de raison et de liberté : veut-il que l'homme courbe son intelligence et sa volonté devant lui, il doit lui révéler qu'il le veut ainsi. Dans l'ordre naturel, cette volonté se manifeste par le reflet de la création sur l'intelligence de l'homme. Ce reflet lui révèle le Créateur toutpuissant et réclame pour lui l'obéissance. Dieu demandc-t-il en outre à l'esprit humain des sacrifices plus élevés, veut-il lui imposer des croyances en dehors de cette révélation naturelle, il doit de nouveau s'accommoder à sa créature raisonnable, lui manifester par des voies extraordinaires et surnaturelles son autorité, sa révélation et ses commandements. Pour cette révélation, pour cette transmission de ses ordres, veut-il se servir d'un instrument, veut-il parler aux hommes par l'intermédiaire d'un homme, il doit donner à cet homme un éclat divin qui le fasse reconnaître pour son envoyé.

Doué de raison et de liberté, l'homme n'incline raisonnablement sa raison et sa volonté devant aucun de ses semblables, à moins qu'il ne voie en lui l'éclat naturel ou surnaturel de la souveraineté de Dieu. Il répugne à notre bon sens que comme représentant de cet éclat

raisonnable. Ce n'est que par une déduction, rapide il est vrai, que l'on trouve le sens de spirituel : culte spirituel et non corporel, ainsi que la raison, le bon sens le demande (N. d. T.).

LES DEUX MARQUES d'uNE MISSION DIVINE l3

surnaturel, comme instrument de sa révélation et de ses commandements, la sainteté divine se choisisse un homme chargé de vices. Pour être compris de nous, pour exiger notre soumission, Dieu doit se choisir un envoyé digne de lui i. D'autre part, le plus grand saint lui-même ne serait pas autorisé à nous communiquer au nom de Dieu des commandements nouveaux, dépassant l'ordre naturel, s'il ne prouvait sa mission divine par une maîtrise particulière sur l'ordre naturel : établi par Dieu, cet ordre ne peut être suspendu que par lui seul ; ce n'est que lorsqu'il nous a prouvé sa mission par des miracles que le prédicateur d'une nouvelle doctrine a droit à notre croyance, à notre obéissance.

C'est lorsque nous savons que Dieu a parlé que notre foi peut suivre. Et nous savons qu'il a parlé lorsque son porte-parole est digne, et que, pour preuve de sa mission, il peut en appeler à la langue particulière par laquelle Dieu se manifeste, lorsqu'il peut en appeler au miracle.

Dans cette foi, y a-t-il quelque chose de contraire à la raison, quelque chose de déshonorant ? Nous ne nous courbons que devant la souveraineté de Dieu, devant celui dont le service est une véritable royauté. Dans cette chaîne de conclusions qui de l'existence de Dieu nous a menés jusque dans les parvis de l'Eglise catholique, où trouve-t-on un anneau défectueux, un anneau que l'on pourrait supprimer ?

Le rationalisme ne veut pas accepter cet exposé. 11

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