‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 201 sur 278 · Luc, ig, 22 : n Ex ore tuo te judico · texte numérisé non relu

Luc, ig, 22 : n Ex ore tuo te judico

Car cest lui-même qui nous dit qu'il formulait des théories nouvelles, en contradiction avec les croyances de l'Eglise universelle. Quand on lui objecte que sa doctrine est nouvelle i, non seulement il ne le nie pas, mais il l'affirme en toutes lettres : a Parce qu'alors (peu après son apostasie), écrivait-il en i545, notre doctrine était nouvelle, et que, dans le monde entier, elle scandalisait les masses, je dus avancer avec précaution, et, à cause des faibles, laisser de côté beaucoup de points, ce que je n'ai plus fait dans la suite ^ ». Du reste, les protestants de nos jours accordent, eux aussi, que l'œuvre de Luther présentait une transformation du christianisme 3, une nouvelle religion, que le nouvel Evangile ou, comme on aime à dire, que le pur Evangile du moine de Wittenberg signifiait un bouleversement du dogme de l'Eglise des quinze premiers siècles *. Les faits sont d'ailleurs par trop évidents.

Luther lui-même ne se borne pas à dire que « depuis quelques siècles l'Evangile du Christ, et même l'Ecriture tout entière, étaient cachés sous le boisseau, et qu'à leur place s'étalaient au grand jour la doctrine, les préceptes humains et le droit canon de cette canaille

i. Opp. exe.j. lai., iV, 020-82 1 (vers i5o8). Voir le passage, ciaprès, p. 2(J.

2. Erl., 82, ^20 (i545). — Parmi les points sur lesquels il ferme encore un œil, il indique l'élévation. — Kn d'autres circonstances, du reste, il trouve habile de nier la nouveauté de sa doctrine.

3. Hase (Karl von), Handbuch der protestantischen Polemik gegen die rômisch-katholische Kirche, 7* édit. (1900), p. 2. G. Ficker nous représente la « religion (de Luther) comme la seule qui convînt à son époque ». Das ausgehende Mittelalter (1908), p. 109.

/j. Voir, ci-après, chap. 11, § 1, p. 05-C6, G8.

LUTHER SUR l'ÉGLISE d'aVANT LUI 25

de papei » ; il ne se borne pas à prétendre que ce que croyait le pape avec sa prêtraille et ses moines ne remontait pas au-delà a de deux ou trois siècles ^ » ; que (( depuis plusieurs siècles, le pape avait maintenu ses abominations dans l'Eglise ^ » ; il va jusqu'à écrire qu'à Rome (siège de la papauté), l'Evangile avait péri avant même la conversion de la Germanie ^. Gomme nous allons le voir, c'était là une opinion arrêtée chez lui. Mais l'Allemagne du moins, avait-elle possédé l'Evangile? « Je ne sais pas, dit-il dans un sermon, si l'Allemagne a jamais possédé la parole de Dieu. Ce qu on nous a trop fait entendre, c'est la parole du pape^ ». Il écrit en i525 : « Le peuple de Prusse n'a sans doute jamais possédé qu'un Evangile caché et corrompu ; mais maintenant l'Evangile se répand partout avec une grande pureté et limpidité, et il porte des fruits abondants. Je crois que jusqu'à ce siècle il n avait jamais été révélé à VAllemagne, et qu'il n'y avait jamais atteint son plein éclat ^ ». Ainsi donc, Luther a véritablement découvert l'Evangile, ou, mieux encore, comme l'écrit Loofs, le christianisme en tant que religion.

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