LA VIE MORALE DE LUTHER
les papistes en général : « Puisqu'ils se vantent d'être l'Eglise, ils sont obligés d'en fournir des preuves i. » Avec plus d'habileté que de logique, il cherche à intervertir les rôles. Erasme parlait au nom du magistère ordinaire ou du moins en fils croyant de l'Eglise. C'était Luther qui formulait la nouveauté, qui créait une doctrine, et voulait chasser le propriétaire légitime. C'était donc sur lui que retombait l'obligation de la preuve. Il ne s'agissait pas ici d'un problème philosophique, abandonné à la spéculation humaine ; il s'agissait du dépôt historique delà foi. A la dérobée, Luther se retirera derrière son prétexte ordinaire ; sa doctrine n'est pas nouvelle (même celle d'après laquelle notre volonté n'est pas libre); et il écrira astucieusement contre Erasme : a II nous est absolument défendu d'accepter aucun dogme, s'il n'est pas d'abord prouvé par des signes ^. » Un Luther ne saurait songer à se demander qui ce raisonnement atteint !
Dans mon ouvrage, j'ai amplement prouvé que, dans sa vie, le grand homme de Wittenberg n'eut aucun resplendissement extraordinaire de sainteté, et que c'est même le contraire qu'on y trouve. Il m'est d'autant moins nécessaire de revenir sur ce point que mes amis protestants ne peuvent plus nier ces faiblesses prétendues secondaires.
Si la rage de la presse protestante s'est déchaînée avec tant de violence contre moi et contre mon ouvrage, c'est précisément en partie parce qu'à rencontre