‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 222 sur 278 · Erl., 2G, II (i5/|i · texte numérisé non relu

Erl., 2G, II (i5/|i

2. 0pp. var. arg., Vif, iG/, (i525) [Weîm., XVIII, G/ls, 25].

de la méthode protestante et imitant au contraire celle des catholiques au début, j'ai mis impitoyablement à nu la profonde infériorité morale du « Réformateur», dans ses paroles, dans ses écrits, dans les gravures qu'il a inspirées, alors que, jadis et aujourd'hui encore, les simples fidèles du protestantisme ont honoré et honorent dans leur « Réformateur » le saint fabriqué de toutes pièces. Mais, pour tout homme de bon sens, ce recours à une vie conventionnelle de Luther sera précisément le motif qui le fera condamner et rejeter, lui et le luthéranisme. Ces fidèles dont nous venons de parler sentaient et sentent invinciblement que, sans se contredire. Dieu ne saurait confier à un homme chargé de vices une mission du genre de celle qu'ils reconnaissaient à Luther^. Aujourd'hui même,

1. El les papes indi^»^nes ? D'après les desseins de Dieu et la doctrine catholique, ils ne sont ni porteurs ni proclamaleurs de révélations nouvelles, de nouveaux dogmes qui ne seraient contenus ni dans l'Ecriture, ni dans la Tradition ; ils sont simplement les gardiens et les proclamateurs des vérités déposées dans ces deux: sources de la foi. Pour ce qui concerne leur doctrine, ils ont doncune route tracée. Par suite du dessein miséricordieux qu'avait le Sauveur de se servir d'un concours humain pour le salut de l'humanité, il a laissé là nomination de ses vicaires sur cette terre à la coopération des hommes; mais à la nomination et à l'élu il a assuré toutefois son aide toute-puissante, dans la mesure néces-, saire à la propagation et à la conservation intacte de sa doctrine Des lors, de mauvais papes peuvent nous nuire par leurs scan dales, ils ne peuvent pas trouhler notre foi, parce qu'ils ne peuven nous enseigner rien de nouveau, rien qui ne soit déjà contenu dan l'Ecriture et là Tradition. Ce point sera plus longuement traité dans le second volume, où je ferai justice de ce « lieu commun ». Les protestants n'ont nullement besoin de craindre que je tais quelque chose, et que je suive la méthode qu'ils emploient s volontiers au sujet de Luther,

LUTHER FALSIFIE LA DOCTRINE DE l'ÉGLISE 49

ce sentiment domine encore la plupart des biographes de Luther. Quand on lit, par exemple, la récente biographie du réformateur que Bughwald, collaborateur à l'édition de Weimar, vient d'écrire « pour les familles allemandes », on croit presque constamment avoir sous les yeux la légende d'un saint ^.

Toutefois, puisque décidément la sainteté et les miracles n'étaient pas au pouvoir de Luther, attendu que Dieu n'était pas avec lui, il eut recours à un moyen beaucoup plus simple : il falsifia la doctrine de l'Eglise, et il la présenta sous un jour tel qu'incapable de contrôler ses dires, le peuple devait en arrivera cette conclusion : « Ce n'est pas là la véritable Eglise, il faut l'abandonner. » Il falsifia la doctrine catholique sur Jésus- Christ, la rédemption, le baptême, la foi, la justification, les moyens de salut, le péché, les bonnes œuvres, le mérite, les vœux, l'état religieux, le mariage et les sacrements en général, la satisfaction, la mortification, les indulgences, le culte des saints et leur intercession, la prière, le culte de Dieu, le pape et la papauté. Quand sur ces points et sur d'autres on a le courage d'induire en erreur touchant la vraie foi et touchant ce qu'est de fait la ^doctrine catholique, on peut tout aussi bien prétendre que sa doctrine à soi n'est pas nouvelle, « mais simplement la restauration de Vantique doctrine des apôtres », et que, partant, «il n'est plus nécessaire de faire des miracles pour la confîr-

I. Georges Bughwald (pasteur de l'église Saint-Michel de Leipzig), D' Martin Luther, 1901 (4' édit., 1909).

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mer ^ » ; alors on peut oser prétendre que c'est la doctrine catholique qui est nouvelle. Dans l'impossibilité de nier l'existence de miracles dans la papauté, on peut n'avoir aucun scrupule à les présenter comme des mensonges du diable, à qui il a fallu produire de grands signes pour maintenir la doctrine nouvelle du pape et pour opprimer l'Evangile 2.

Toutes ces affirmations avaient pour but de cacher son embarras en voyant qu'aucun miracle ne venait confirmer ses innovations doctrinales. Mais, en fait, elles ne servaient qu'à faire mieux voir combien il sentait cette nécessité de miracles au cas où sa doctrine eût été vraiment de Dieu. Et, évidemment aussi, ces affirmations monstrueuses et autres semblables allaient directement à dire que Jésus-Christ n'avait pas tenu ses promesses: de rester avec son Eglise jusqu'à la fin des temps, d'empêcher les portes de l'enfer de prévaloir contre elle, de faire que la foi de Pierre ne chancelât pas. Prestidigitateur de haut vol, il eut bientôt fait de trouver un nouveau subterfuge avec sa théorie de l'Eglise invisible. Cette théorie va contre toute l'antiquité chrétienne, mais elle le tirait d'un mauvais pas : c'était à cette Eglise invisible que s'adressaient les promesses de Jésus-Christ. Affirmation fort commode, puisqu'il était impossible de contrôler cette assistance invisible.

C'est pourtant sur ces affirmations de faits incontrôlables que Luther aime le plus à s'appuyer. Il en

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