LUTHER EST UN DÉMOLISSEUR
lions. Malgré cette absence de mission, il a réussi ; c'est là l'unique grandeur, la grandeur vraiment sombre de son acte.
C'est pourquoi quiconque se place au point de vue chrétien doit rejeter Luther en tant que réformateur ; celui qui s'y refuse mérite de perdre ses droits au beau nom de chrétien, renie Jésus-Christ, les promesses etl'œuvre de Jésus-Christ. Celui qui le reconnaît comme réformateur aura beau professer le christianisme positif : logiquement, il est rationaliste, Au simple point de vue de la logique, bien plus, au point de vue où se mettait Luther pour juger les autres, il faut repousser sa qualité de rénovateur, de restaurateur de la religion chrétienne.
Qu'est donc Luther pour le vrai chrétien"^ Un démolisseur ordinaire, ou, si l'on veut, extraordinaire ; un révolutionnaire qui a passé à travers son siècle comme un démon, foulant aux pieds ce que dix siècles avaient révéré ; un séducteur qui a entraîné dans ses erreurs des millions d'humains ; un faux prophète qui, dans les contradictions de sa doctrine et les fautes de sa vie, a manifesté précisément le contraire de ce que l'on doit exiger d'un envoyé de Dieu ; un menteur, un trompeur qui, sous le couvert de la liberté chrétienne, a détruit toutes les barrières morales et a fait des multitudes de dupes.
Et qu'est Luther au point de vue rationaliste ? Un démolisseur encore, et un très grand démolisseur ; c'est là précisément la raison pour laquelle cette école le célèbre comme un surhomme et l'exalte jusqu'aux nues ; s'il est grand, nous dit-on, c'est parce qu'une
fois pour toutes il a rompu avec l'Eglise et avec les règles d'une morale précise, en ne s'appuyant que sur la force spontanée de sa puissante individualité ; c'est parce qu'il a délivré l'humanité des liens de la foi positive et l'a rendue maîtresse d'elle-même ; parce qu'avec une violence brutale, il a coupé les fils qui de siècle en siècle permettaient, sans interruption, de remonter jusqu'au fondateur du christianisme, qui unissaient les hommes à l'Etre suprême par des lois s'imposant à leur volonté. Ce que dès lors les rationalistes honorent en Luther, c'est précisément la partie négative, la partie monstrueusement destructive de son entreprise.
Cette dernière manière de concevoir l'œuvre de Luther a pour conséquence nécessaire la négation du miracle, de l'intervention du Créateur dans les lois de la nature, l'abolition de toute Eglise et de tout dogme, la suppression de toute règle objective, la transforma-] tion de la foi, autrefois acte de consentement conforme à laraison, maintenant simple affairede sentiment, bref, la destruction de toute religion surnaturelle, ou, pouri mieux dire, le rationalisme moderne; c'est là le point; d'arrivée de tout le mouvement de Luther : œuvre dej décomposition, son entreprise devait avoir pour couronnement naturel la négation du Christianisme. A cette œuvre, il manque la force qui se rajeunit éternellement elle-même, et qui ne se trouve que dans l'arbre uni à la divine racine, dans cet arbre de l'Eglise catholique qui, si rudement éprouvée depuis l'époque de Luther, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, a pourtant donné de si belles floraisons. Cest que le prO'