‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 230 sur 278 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Apprégiatto?t indépendante des méthodes de Harnagk et de Seeberg.

§ I. — Le point de vue de Harnack.

Le système le plus attrayant du rationalisme contemporain est certainement celui de Harnack, le principal disciple de Ritschl ; il plaît tout particulièrement par ses idées sur le Christ, le christianisme primitif et l'évolution de l'Eglise ancienne. A le considérer par le dehors, Harnack n'est pas un rationaliste du genre de Strauss, de Renan et de Havet ; tandis que ces hommes cherchaient à déraciner le christianisme, à déchristianiser le monde, Harnack au contraire veut revêtir la pensée moderne, les idées libérales modernes d'un habit chrétien, d'un habit de sa façon. Sur les rationalistes fanatiques, il a un autre avantage qui certes n'est pas à dédaigner, c'est que dans ses études historiques, il est beaucoup plus juste qu'eux à l'endroit du christianisme croyant. Au fond, toutefois, Harnack reste rationaliste, et lui-même, du reste, ne fait pas mystère de ses idées à ce sujet. Le christianisme qu'il se flatte d'introduire dans les cercles cultivés n'est pas un vrai chris-

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tlanisme. Jésus-Christ, qui l'a fondé, n'est pas vraiment Dieu. La conscience qu'a le Christ « d'être le Fils de Dieu n'est pas autre chose que la conséquence pratique de la connaissance que Dieu est le Père et qu'il est son Père ». « La connaissance de Dieu forme tout le contenu du nom de Fils )). Comment le Christ (( en est-il arrivé à cette conscience du caractère unique de son rapport filial avec Dieu », etc., nous n'en savons rien i. « Les paroles « Je suis le Fils de Dieu » n'ont pas été insérées par Jésus dans son Evangile ; celui qui les y introduit ajoute quelque chose à l'Evangile ^ ». Pour Harnack, cette raison à elle seule suffît à montrer

I. Das Wesen des Christentams, W éd., p. 8i. [UEssence du Christianisme, 1907, p. 1 57-1 58.]

N. d. T. : Volontiers, on comparerait Harnacli. k Auguste Sabatier ou à Gabriel Monod ; l'onction de son Essence du Christianisme fait penser aussi à la Vie de Jésus, de Renan. C'est avec raison que Stœcker(-|- 7 février 1909) disait de cet ouvrage : « Si le livre du docteur Harnack n'était écrit avec tant de chaleur et d'agrément, on verrait qu'en réalité, il est l'Evangile de l'antichristianisme moderne. » (Deutsche Evangelische Kirchenzeitung , n° I, 1902 ; dans Ph. Huppert, Der deutsche Protestantismus zu Beginn des zwanzigsten Jahrhunderts, Cologne, 1902, p. 26).

L'Essence du Christianisme a eu et a encore en Allemagne une immense influence : en 1908, la vente en était rendue au soixantième mille. Ce petit livre a beaucoup contEibué à répandre le subjectivisme et l'irréligion. Mais chez Harnack tout est délicatement présenté. Puis, l'époque des luttes violentes est passée ; les destructions de Strauss sont en grande partie acceptées. Aussi, sur plusieurs points, Harnack paraîtra et sera même réellement un reconstructeur. Et il paraît surtout conservateur quand on le compare aux démolisseurs qui sont dans le protestantisme allemand. Plus d'un pastetir en est arrivé à nier l'existence historique de Jésus-Christ. Pour Harnack du moins, les trois premiers Evangiles sont des documents historiques. C'est pourquoi beaucoup de pasteurs, même à moitié orthodoxes, se rallient à lui.

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