‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 254 sur 278 · S6 LA CRITIQUE DE HARNACK : BAGATELLES · texte numérisé non relu

S6 LA CRITIQUE DE HARNACK : BAGATELLES

la charité est l'alpha et l'oméga, Tunion de la religion et de la morale ; et Luther ne sait rien de la charité. Bien ; mais il n'aurait pas été inutile de s'arrêter à ce problème capital, et de montrer le peu de fondement de mes accusations. Or, Harnack se borne à une exclamation onctueuse : « Sa plume ne sait qu'exprimer la haine et le mépris ; contre Luther et contre nous, cet apôtre de l'amour n'a que l'injure et l'outrage ! » Puis, par un mouvement tournant de haute allure, il voit devant lui « les ombres de tous ceux qui au nom de cet amour ont été tourmentés, torturés, roués et brûlés. »

Me sera-t-il permis de poser ici une j^etite question : Quel serait « le chant d'amour » que Luther aurait chanté pour son aimable apologiste ? Je me suis borné à une réfutation scientifique, et je n'ai pas touché à un seul cheveu de M. Harnack: sans plus de façons, Luther, lui, non seulement l'aurait privé de sa chaire de professeur, mais encore il l'aurait fait diminuer de la hauteur de la tête, ou mieux, il l'aurait «tourmenté, torturé, roué et brûlé », et d'une manière autrement expéditive que ces terribles inquisiteurs.

En i53o, dans l'explication du psaume 82, Luther s'élève contre les hérétiques <( qui parleraient contre un article public de foi, clairement fondé sur l'Ecritare et cru partout de toute la chrétienté, du genre de ceux que l'on enseigne aux enfants dans le Credo, comme si, par exemple, quelqu'un voulait enseigner que Jésus-Christ n'est pas Dieu, mais un simple homme et semblable aux autres prophètes, ainsi que le croient les Turcs et les Anabaptistes. On ne doit pas les supporter, ajoute-t-il, mais les punir comme des blasphémateurs publics... Dans sa loi, Moïse, lui aussi, ordonne de lapider de tels blasphémateurs et en général tous les faux docteurs. Ainsi donc, ici non plus, il ne faut pas s'égareren de longues discussions, mais sans plaidoyer ni réfutation^

LUTHER ET LA LIBERTÉ DE COr<SCIENGE 87

condamner de tels blasphèmes publics^. » Avec Luther, le « Précepteur de l'Allemagne », le « doux » Mélanchthon dit lui aussi qu'il « faut punir corporellement l'hérétique», qu'il faut même « le mettre à morf^ ». Et comme non seulement Harnack nie la divinité de Jésus-Christ, mais qu^il prétend même que « ce n'est pas à Jésus-Christ, mais seulement au Père que nous conduit TEvangile^ », Luther Taurait traité volontiers comme il voulait traiter le pape : il l'aurait fait pendre à un gibet comme le plus grand des blasphémateurs, avec la langue tirée jusque par derrière le cou et clouée au gibet ^. A de tels « hérétiques », il se serait bien gardé de se borner à opposer la paisible distinction entre « la foi informée par la charité » et « la foi informe », cette distinction dont Harnack me fait un si amer grief; il aurait cru ne vraiment « les atteindre » que s'il les avait « terrassés ■'* ».

Page 1