I^A CRITIQUE DE HARNACK : BAGATELLES
moi un avertissement d'examiner de très près leurs assertions à eux. J'ai donc acheté l'opuscule de Haussleiter. A la page 47, on lit un extrait d'un discours qu'en i5o8 Scheurl prononça dans l'église de tous les Saints à l'occasion d'un doctorat en droit. Haussleiter regarde ce passage « comme un témoignage impérissable des idées qu'avant la réforme on avait à Wittenberg sur les femmes et le mariage lorsqu'on les comparait au célibat, et de ce que l'on pouvait se permettre sur ce thème, même à Téglise et dans la plus solennelle assemblée ».
Ce passage compare le mariage au célibat 1 Horrible I Le voici ; je me garde soigneusement de rien changer au texte de Haussleiter. Scheurl dit donc, du reste avec une inconvenance qu'il est inutile de faire remarquer : « Nos femmes font comme les prêtres. Nos prêtres ont toujours ces prières à la bouche : « Donne, nous t'en prions ; accorde, nous t'en prions ; concède, nous l'en prions ». De même, à leurs maris qui leur disent : « Remettez-nous ce que nous devons, comme nous remettons à ceux qui nous doivent », nos femmes, au contraire, sont là qui leur crient : « Donne ce que tu me dois ; accorde ce que tu me dois, rends ce que tu me dois », etc^
Le lecteur attend impatiemment la comparaison entre le mariage et le célibat. Mais ni ici, ni dans la suite du texte, que nous donnons intégralement en note, il n'y a lo
I. « Nostra3 feminae similes sunt sacerdotibus. Sacerdotes enim nostri semper illas in orepreces habent : «Da, qufesumus, prœsta, quœsumus, concède, quaîsumus. » Sic et nostra3 feminœ maritis orantibus : « Dimittenobis débita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribusnostris»(Mattli.G, 12), instant et inclamant : «Dadebitum, prœsta debitum, redde debitum. Quod debitum redde decies, redde centies, redde millies : nihil reddidisti, nihil egisti » ; ad initium semper redeundum est. Vah, quae charibdis tam vorax, quod baratrum tam pr.ncceps, quod cum feminœ improbitat^ potest comparari ? »
HAUSSLEITER I SON IGNORANCE 85
moindre mot à ce sujet. Haussleiter n'a rien compris à l'extrait de Scheurl, bien qu'il s'y soit repris à trois fois pour en donner l'explication. La manière dont il ponctue les mots, «Donne, nous t'en prions» (Da, quœsumus, etc.), prouve qu'il ne savait pas ce dont il s'agit, à savoir que Scheurl cite les commencements de prières liturgiques : « Donne, nous t'en prions ; accorde, nous t'en prions ; concède, nous t'en prions » (Da, quœsumus; Praesta, qusesumus ; Concède, quœsumus), pour en arriver à dire : « De même qu'à l'autel ou dans leur bréviaire les prêtres font instance (auprès de Dieu) dans ces oraisons, ainsi les femmes font instance auprès de leurs maris... » De la même manière, aujourd'hui encore, dans certaines provinces on appelle un mendiant un Prœsta quœsumus. Et l'éloge du célibat en regard du mariage ? Il na existé ici que dans l'imagination de Haussleiter^ !
Mais revenons à Harnack.
Ensuite, au lieu de faire de la critique objective, il tombe dans le ton de la prédication. D'après moi, dit-il.
1 . A la page 40, il s'indigne aussi contre les abus où l'on tombait alors dans les citations de l'Ecriture (les paroles <( testimonium super illa perhibuit, et verum est testimonium ejus » etc., sont citées pour attester la vérité d'une histoire de diables). Mais qu'est-ce que cela comparé à la manière dont Luther cite la bible dans ses vers au bas de la gravure IV de l'Image de la Papauté. (Voir, ci-dessus, p. i3o et, appendice 11, gravure V). On sait aussi avec quel sans-gêne on en agissait parfois au temps de Luther dans les temples protestants. Voir Burkhardt, Geschichte der sdchsischen Kirchen- und Schulvisltation von 152^-15^/5, p. Sg, 199-200. (( Pendant les offices divins et les prédications, quelques valets de ferme ont aussi lâché leur urine sur les jeunes filles, les femmes et le reste du peuple. » (P. 200, n. i). — « Pendant le service divin, on se faisait passer des bocks de bière. » (P- 199)-