Martin Luther, II, SSg
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écrit ce pamphlet dans une crise d'alcoolisme ^, Mais, pour cet « homme de Dieu », cette excuse même ne peut être invoquée ; car cet écrit trahit les mêmes dis-
I. Ce qui d'ailleurs porterait aussi à le croire, ce sont les erreurs historiques et les incroyables travestissements qu'on y trouve ; points sur lesquels les protestants observent un silence prudent. On peut en dire autant des sorties sans nombre contre le pape. Il y recourt une fois de plus à son stratagème habituel : il adresse au pape les épithètes, qui, — il ne pouvait s'y méprendre —, s'appliquaient plutôt à lui-même: le pape était un « menteur, un vaurien incorrigible, le spectre même du diable ». (Erlangen, 26, i53); (( il était sorti du derrière du diable)) (p. 178) ; « c'était un fou furieux » (p. 203) ; « un falsificateur de l'Ecriture, un menteur, un blasphémateur, un profanateur de tous les apôtres et de toute la chrétienté, un vaurien menteur, un tyran de l'empereur, des rois et de tout Tunivers, un voleur, un fourbe, un ravisseur des biens ecclésiastiques et séculiers ; mais qui pourrait énumérer tous ses crimes? )) (p. 2o3). — A Luther seul convient encore cette épithète qu'il adresse au pape : « Le chef des pires vauriens de la terre » (p. 209) ; ou encore : « Ma foi, je ne le juge ni ne le condamne, sinon que j'affirme qu'il est sorti du derrière du diable, qu'il est plein de diables, de mensonges, de blasphèmes, d'idolâtrie, qu'il est fondateur d'idolâtrie, ennemi de Dieu, antechrist, destructeur de la chrétienté, voleur d'Eglises, voleur de clés, maquereau et bailli de Sodome. Je le répète : ce n'est là ni le juger, ni le condamner ; pour tout autre, il n'y aurait là sans doute ni éloge, ni paroles honorables ; mais elles ne sont pourtant que cela pour le Satan des Satans (Satanissimus), pour le pape )) (p. 21 5). — « Que celui qui veut puer continue de puer )) (p. 20g). — C'est bien là la tactique que nous avons souvent observée chez Luther : remarquait-il que l'on pouvait terriblement blâmer ovi ridiculiser sa personne et la conduite des siens, alors il prévenait ses adversaires et leur attribuait avec fourberie ses vices propres et ceux de ses adeptes. Ainsi, il se moque des « curés )) précisément sur les points où il se faisait remarquer lui-même beaucoup plus qu'eux. Par exemple, la même année, il écrit : « Un jour qu'un curé ivre récitait Compiles dans son lit. il vomit et il fit partir un grand coup de bombarde. « Bien, ditle diable, l'encens vaut la prière )). (Erlangen, 26, 260 ; i5Aô). Pour l'instant, Luther voulait oublier que chez lui « vomir » était
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positions que ceux qu'il a composés lorsqu'il était plus ou moins à jeun. A ce point de vue, nous retrouvons partout le même Luther, le même père de la « Réformation évangélique ; » mieux qu'à personne, on peut lui appliquer le mot de Mirabeau à Barnave : u Luther, Dieu n'habite pas en toi ^ ! »
passé en habitude. 11 le faisait notamment sur le sol de sa chambre à coucher. Pour consoler le domestique chargé de la nettoyer, Justus Jonas lui disait un jour : « Mon ami, ne Ven tourmente pas ; le Docteur (Luther) a l'habitude de le faire tous les jours n (Wallz, Dicta Melanthonis, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, IV, 33i).
I. Le mot est peu connu. Nous l'avons trouvé enfin, fort inopinément, dans Mgr Touchet, évêque d'Orléans (Discours prononcé à Véglise des Carmes le 7 mars 1918; dans Association des amis de l'Institut catholique ; fêtes du 3' centenaire des Carmes, p. 63 ; citation d'un Eloge de Lacordaire, OEuvres pastorales et choisies^ t. IV) : (( Le Dieu que Mirabeau reprochait à Barnave de ne pas connaître habitait assurément en lui (en Lacordaire) ». Nous nous sommes permis d'écrire à Mgr Touchet pour lui demander sa source ; il nous a répondu qu'il avait lu le mot peut être dans Michelet, peut-être dans Gormenin, certainement dans Lacordaire. Après avoir inutilement consulté Gormenin (autrement dit ïimon). Livre des Orateurs, I (1869), nous nous sommes tourné vers des sources plus historiques que Michelet et Lacordaire. L'ouvrage fondamental sur Barnave, la notice historique que Bérenger de la Drôme a publiée en tête des oeuvres de Barnave (i8/i3, 4 vol. in-12) ne relate pas, croyons-nous le mot en question. Mais nous l'avons trouvé dans Aulard, Les Orateurs de la Révolution ; l'Assemblée constituante, 1906, p. 1^88. On y lit : « Quoique Barnave improvisât, il n'y avait pas pour lui d'imprévu. Point de ces rencontres hardies, où Mirabeau est si heureux, point de ces alliances de mots et de ces familiarités triviales. C'est une raison solide et claire qui s'exprime paisiblement dans une langue facile, élégante. Mirabeau jugeait le jeune avocat d'un mot cruel : « Il n'y a pas de divinité en lui ».
Ainsi, pour M. Aulard, qui du reste ne donne aucune source, Mirabeau aurait eu en vue l'inspiration du génie, le frémisse-
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Lorsque Kolde ajoute que, dans cet écrit, Luther a flagellé, en une langue extrêmement crue et même cynique, les usurpations papistes et la vie honteuse du pape et de la cour romaine, il me semble, d'une part, sacrifier au principe : La fin justifie les moyens, et par ailleurs, oublier que personne n'était moins qualifié que Luther pour brandir le fouet contre les mauvais prêtres de l'Eglise romaine ; il aurait dû se souvenir de sa propre vie et de la vie honteuse de ceux qu'il avait séduits : N'avait-il pas dû avouer, lui, le père de la « Réforme évangélique », que ses « réformés » étaient sept fois plus mauvais qu'ils ne l'avaient été sous le papisme ^. Quand il s'agit de personnages qui ne plaisent pas aux protestants, qui d'abord du parti de Luther lui tournèrent ensuite le dos, alors ils emploient contre eux les arguments dont je viens de me servir contre Luther. Ainsi, après avoir énuméré les mauvais côtés de la vie de Pirkheimer, Drews s écrie : « En face de tels faits, que valent ses plaintes passionnées sur la corruption des mœurs après la Réformation ^ ? » Mais il n'y a que contre Luther et ses adeptes qu'il n'est pas permis d'user d'un pareil argument !
ment de l'orateur en face de son auditoire ; dans Denifle et dans Mgr Touchet, le sens semble un peu différent : ils entendent l'influence divine dans un sens plutôt religieux et moral. En résumé, ni pour le fond, ni pour la forme, le mot de Mirabeau sur Barnave ne semble avoir des contours bien précis (N. d. T.).