Erlangen
3. Ka-werau, Passional Christi iind Antichrîsti (i885) : très bon facsimilé de l'édition originale ; Weim., IX, Supplément I : autre reproduction des gravures, mais sans les légendes qui les accompagnent dans l'original. Dans le même volume (p. 701-715), on trouve le texte du Passionnaire. Voir aussi E. Flechsig, Cranachstudien, Leipzig, I, 1900, p. 55-56 ; Hans Preuss, Die Vorstellungen vom Antichrist... (Leipzig, 1906).
Luther fut l'inspirateur du Passionnaire. Très vite, il pensa à désigner le pape comme l'Antéchrist. Le 11 décembre i5i8, en envoyant à Wenzel Link les Actes des discussions qu'il avait eues à Augsbourg avec Gajétan, il lui disait confidentiellement : «Vois si je ne suis pas dans le vrai en estimant d'après saint Paul que le véritable Antéchrist règne dans la Curie romaine ; je crois être en mesure de prouver qu'aujourd'hui il est plus dangereux que les Turcs». (Enders, II, 3i6). L'année suivante, cette accusation se précise. Dans ses écrits de i52o, il la répète avec une violence
LE PASSIONNAIRE. — LA PAPAUTE ET SES MExMBRES III
pas m'étendre sur ces gravures. Je me borne à faire remarquer que dans ce pamphlet le portrait du pape est toujours caricaturé, et, ce qu'il y a de comique, que cette caricature ne ressemble au portrait d'aucun pape, mais bien plutôt au vrai portrait de Luther dans ses dernières années, ou mieux encore au hideux et épouvantable masque pris sur son visage après sa mort. Je ne veux pas non plus m'occuper de l'opuscule La papauté et ses membres, paru en 1626, et contenant soixante-cinq représentations des divers états ou genres de vie qui se trouvent dans l'Eglise, depuis le pape jus-
inouïe. Dans son écrit A la noblesse chrétienne de la nation allemande (août i53o), on trouve des indications pour une grande partie du Passionnaire. Le lo décembre i52o, il jette au feu la Bulle qui le condamne, puis il se justifie par l'écrit : « Pourquoi les livres du pape et de ses partisans ont-ils été brûlés ? » Ce pamphlet peut être considéré comme le véritable inspirateur du Passionnaire.
Le recueil se prépara vers le mois de mars i52i, alors que Luther partait pour Worms ; le 7 mars, il écrivait à Spalatin : « On prépare l'antithèse illustrée du Christ et du pape, bon livre pour les laïques » (Enders, III, 107). Vers la fin du mois de mai, il reçut le pamphet à la Wartbourg, et il « en fut enchanté » (Enders, IIl, 162 : Luther à Mélanchthon, 26 mai 162 1).
Kawerau n'en éprouve pas une moindre satisfaction (Weim. IX, 677 et suiv.).
Ce pamphlet se compose de vingt-six gravures : elles passent en revue toute la vie de J. C. pour y opposer les pratiques des papes ; elles sont fort méchantes, et certaines d'entre elles notent des défauts réels de la curie romaine. D'un côté, on voit J.-C. refusant la royauté, couronné d'épines, lavant les pieds de ses apôtres..., de l'autre, le Pape revendiquant la suprématie, se faisant donner une triple couronne, se faisant baiser le pied...
Le Passionnaire eut de nombreuses éditions ; de bonne heure, on en fit une traduction latine ; puis vinrent des traductions ou des imitations en latin, en français, en anglais et en espagnol (N. d. T.),
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qu'aux moines et aux religieuses. Ce ne sont que des caricatures ; elles n'ont d'autre but que de ridiculiser et de faire mépriser l'état ecclésiastique et religieux ^. Les vers sarcastiques qui les accompagnent et qui sont l'œuvre de Luther tendaient à la même fin.
En i523, la vulgarité de l'âme de Luther s'est épanouie dans (( la signification de deux horribles figures, râne-pape trouvé à Rome et le veau-moine trouvé à Freiberg en Misnie^ ». Il confia à Mélanchthon la
1, Weim., XIX, i-/|3. On y trouve aussi la reproduction des gravures. [Ce pamphlet est moins prenant et il eut moins de vogue que les trois autres dont Denifle parle ici : le Passionnaire, la Signification de deux horribles figures, et l'Image de la Papauté; toutefois, il eut plusieurs éditions].
2. Weim., XI, p. 357-385 ; voir aussi, ci-dessus, t. II, p. aai. — Le Passionnaire était méchant, acerbe, mais sans grossièreté, ni obscénité ; c'est sans doute qu'il n'était pas complètement de Luther. Dans le veau-moine, il donna libre carrière à son penchant pour les trivialités.
Le 8 décembre 1622, à Waltersdorf près de Freiberg en Misnic vint au monde un veau monstrueux. Ce prodige frappa beaucoup les imaginations. Le margrave Georges de Brandebourg, qui se trouvait alors à Prague, prêta attention à une reproduction du monstre. On demanda l'avis d'un astronome ; il emporta l'image, et quelque temps après envoya à ce sujet une pièce de vers imprimée où il disait que le monstre représentait Luther. Georges eut peur de se faire mal voir de Luther : il s'excusa aussitôt à Wittenberg (5 janvier i523), et dit qu'il avait commandé de détruire tous les exemplaires de cette pièce. De fait, il semble qu'il n'en a subsisté aucun.
Par ailleurs, Luther avait déjà eu connaissance du veau monstrueux. « Les monstres se multiplient tous les jours », écrivait-il le 12 janvier 1623, par une allusion vraisemblable au veau de Freiberg (Enders, IV, 62, Luther à Spalatin). Et comme l'année précédente, il avait souvent parlé des larves, des écailles et des queues de la papauté, l'idée lui vint vite de faire une application de ce veau à la papauté et à ses membres. Le 16 janvier, son plan