‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 92 sur 278 · partie sur l'âne-pape ; il garda pour lui celle qui avait · texte numérisé non relu

partie sur l'âne-pape ; il garda pour lui celle qui avait

était déjà fait, comme on le voit par une lettre qu'il écrivait alors à Link (Enders, IV, 6/4).

Ce n'est que quelques jours après (22 janvier) qti'il reçut les excuses de Georges de Brandebourg ; il est donc très vraisemblable que ce n'est pas le besoin de répondre à ses adversaires qui lui fit composer son pamphlet : dans ce monstre il avait vu véritablement un présage du jugement de Dieu sur l'ordre monastique ! (Weim., XI. 357-868, introduction de Paul Pietsch).

Sans aucun doute, dit Luther, il y a là le signe d'une grande calamité ; « mon désir et mon espérance, ajoute-t-il, est que cet événement soit la fin du monde. » Par parenthèse, il est curieux de voir ce Réformateur, au lendemain de sa révolte, n'avoir pas plus d'enthousiasme pour le succès, pour la diffusion de la mission qu'il a reçue de Dieu. Puis Luther donne la signification de tous les membres du veau. Ce veau est né avec un froc de moine : par là Dieu a voulu montrer que l'habit des moines ne cachait qu'une idole pareille au veau d'or du désert. Le froc du veau est déchiré : c'est un signe pour condamner la multiplicité des Ordres monastiques et les divergences qui existent entre eux, car « il n'y a rien à quoi l'Ecriture attache un plus grand prix qu'à l'unité entre les chrétiens. » (p. 382-383). Ce veau-moine signifie spécialement « un prêcheur », un dominicain ; il en a toutes les allures ; et Luther signale avec prédilection ces rapprochements. Ainsi l'âne-pape a pour représentant un veau-moine : « il n'y a rien de plus naturel qu'une tête d'âne ait pour apôtre une tête de veau )) (p. 383). Puis il conclut: « Prenez garde à vous, moines et religieuses. C'est là pour vous un grand présage ; ne vous moquez pas des avertissements de Dieu. » (Weim., XI, p. 38o-385 ; voir avissi A. Hausrath, Luthers Leben I (igoS) 571-172).

Le pamphlet contenait en effet d'abord l'interprétation d'un autre prodige: d'un âne-pape (Weim., XI, 875-379). Ainsi, la description de l'âne-pape précède celle du veau-moine ; mais c'est à cette dernière que Luther pensa dès l'abord. Cet autre monstre a toute une histoire (Konrad Lange, Der Papstesel, Gôttingen, 1891). A Rome, dans une inondation de l'hiver de i/igS à 1/196, on trouva ou l'on prétendit qu'on avait trouvé dans le Tibre un monsire mort ; il avait une tête et des oreilles d'âne, avec un corps de femme ; le bras gauche était humain, le droit se terminait en trompe d'éléphant. Par derrière, il avait le visage d'un

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trait au veau-moine. Pour donner une idée de la vul-

vieillard avec de la barbe, et une longue queue, terminée par une tête de serpent avec la gueule ouverte. A droite, au lieu d'un pied humain, il avait une serre d'oiseau de proie, à gauche, un pied de bœuf. Les jambes et le corps étaient tout recouverts d'écaillés de poisson (Malipiero, dans Lange, p. 18).

Primitivement, l'on interpréta ce prodige comme un signe de la colère de Dieu et de calamités plus grandes encore que celles que l'on avait subies jusque-là. A l'origine, on fit l'application de ce monstre à la ville de Rome : « Roma caput mundi. » Peu de temps après, Alexandre VI étant devenu impopulaire, on en tourna contre lui la signification ; mais on ne pensait qu'à son gouvernement, temporel ou spirituel : le sens attribué au prodige n'était pas antipapal au sens d'anticatholique (vers 1/497).

Le monstre fut alors reproduit dans un relief en marbre à la porte nord de la cathédrale de Côme, Cette porte a été construite de lAgS à 1/497 environ par les frères Rorari. On l'appelle Porta délia Rana, porte de la Grenouille, d'une grenouille qui y est sculptée dans le marbre. Dans cette reproduction de l'animal prodige trouvé à Rome peu de temps auparavant il y a quelque chose d'étrange. Mais dans la pensée des frères Rorari, il est vraisemblable que cette reproduction n'avait pas un sens satirique : elle était surtout un motif d'ornementation.

Peu de temps après, le monstre passa les Alpes; vers la fin de 1/498, il fut reproduit, avec quelques modifications dans la main droite et dans les pieds, par le graveur Wenzel d'Olmûtz. Sans être absolument hérétique (Wenzel était catholique) cette gravure avait dû être inspirée par les Frères bohèmes : le monstre servait de satire de la curie romaine. Lange (ouu. cité, planche I), et Drew^s {Der evangelische Geistliche, 1906, p. i3) donnent la reproduction de cette gravure.

Puis on fit des povirsuites contre ces hérétiques, et pendant plus de vingt ans, on n'entend plus parler de la gravure.

De bonne heure, Luther eut des relations avec les Hussites. En i522, il dut recevoir un exemplaire de la gravure de Wenzel, ou d'une autre similaire. Sur les entrefaites, on trouvait le veau monstrueux de Freiberg. Il fallut tourner ces deux prodiges contre l'Eglise, romaine, Mélanchthon prit pour lui la description du monstre de 1A96; il en fit l'âne-pape.

La tête d'âne signifiait le pape ; l'Eglise ne devait avoir pour chef que le Christ, le pape avait usurpé le titre de chef visible

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