‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 101 sur 290 · I. ^AeiiH., \\\\, (Jo · texte numérisé non relu

I. ^AeiiH., \\\\, (Jo

rétracté ses vœux, et aurait ainsi échappé à la damnation éternelle.

En effet, Luther écrit : u Bernard malade et près de la mort ne trouva à faire que cet aveu : « J'ai perdu mon temps, car j'ai mal vécu * ! Mais une chose me citnsole, c'est que tu ne méprises pas un cœur contrit I t humilié. » Et ailleurs : « C'est à double titre que le Christ possède le royaume des cieux, d'abord parce qu'il est le Fils, ensuite parce qu'il a souffert. 11 n'avait pas besoin de ce second titre pour mériter le ciel, mais il me l'a donné à moi et à tous les fidèles. » Ensuite, Luther donne de ces paroles une explication appropriée : Bernard (( n'a mis sa confiance que dans le Christ, et nullement dans ses propres œuvres ; il n'a pas tiré gloire de ses vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance; au contraire, il appelle une «vie mauvaise )) les années passées à les pratiquer ; c'est cette confiance qui l'a préservé et justifié, lui avec tous les saints. Irais tu croire qu'il a menti ou simplement qu'il aurait dit en plaisantant qu'il avait perdu sa vie?... Puis donc qu'on te prêche que les vœux et la vie des religieux sont du temps perdu, qu'ils ne sont d'aucune valeur pour la justification et le salut, qui voudra encore prononcer de tels vœux, qui voudra y persévérer ") » Et Luther continue ainsi ; dans les deux pages suivantes, il revient encore sur les paroles de saint Bernard pour prononcer contre les vœux monastiques la sentence qu'on a lue au commence-

I. Weim., Vllî, Goi : «IN'ihil aliud (Bcrnliardus) sonuit qviam ■ (iiifossionein hujiismocU : Tempos meuni lîcrdidi, quia perdite vixi».

7^ SAnT lîEUNAUD ET LA VIE MONASTIQUE

meni de ce chapitre. Et dans la suite, il dira : (> Par cet aveu, Bernard n'a-t-il pas annulé ses vœux et fait retour au Christ'' ? »

Comme on s'en rend compte aussitôt, ces .deuK passages demandejit èvidem raient à èire idenalifiés. Le sens que Lotlier donne au premier des deux est tout simplement horrible : sur son lit de mort, saint Berjiard aurait réti-acié ses vcexix comme impies Luther a-t-il cité fidèle laent samt Bernard ? Ouel est le contexte de cette phrase ? De qtielle époque est-elle ? (}uel en est le vrai sens.'* 'J-out cela doit être d'autaiiit plus étudié que Luther attache plus d'importance aux deux paroles qiu'il oite, et spécialemenît à la première : daus ses œuvres, comme nous le verroBs hientôt, on en trouverait difficilement d'autres cpi'il ait rapportées avec autant de complaisance.

Kawerau a eu la louable intention de les idenli lier; il a même trouvé le second passage, ce qui, à vrai dire, n'était pas difficile : dès lors que Luther met ces deux paroles à l'époque de la dernière maladie de saint Bernard, kAVVEiLiU, naturellement, s'est mis à feuilleter l'une des Vies du saint; et dans la Vie de sainl Bermard, par Alain de Lille 2, il a trouvé ie second passag^e. Il cite même lune .autre é^dition de saint Bernard (en dehors de celle de la Patrologîe latine), et la Lè§>€nde dorée. Mais aaii lieu de ce luxe de citations, qn-e n'a-t4i mis le passag'e dans soaa contexte ! Saint Bea-nard, gravement malade, mais' non pas à la fin de sa vie,

1, IbùL, p. (308.

2. MiGNE, Pdtr. lai., lai. riS.'j, c»l. 691 (Mlfi S. Bprnanli auctorc Alan...)

étaÉt tofirmcnté par l'Kspi'it du mal : il lui répondit sans crafnle qu'il se confiait dans les mérites du Christ; — et c'est la même pensée qu'au temps de Luther on recommandait aux prêtres de suggérer aux malades. « Si le démon se présente à vous, opposez Ini touji^urs les mérites de la passion du Christ ' . )> Kawerau désirerait en outre faire croire au lecteur que le premier passage, le plus important, se trouve aussi dans Alain ; car, au lieu d'avouer qu'il ne t'a pas trouvé, il continue : « Luther en appelle souvent et volontiers h ces paroles de Bernard. Il dit par exemple, au t. XLV, p. l'tS et suivante de l'édition d'Erlangen : u Comme le montre l'exemple de saint Bernard, que j'aime à rapporter. » Et Kavcrau ajoute : « Voir en outre, ci-dessus, t. VIII, p. Z|5o et 538. » Et c'est tout ! L'indication de la page ôaS est même â rayer, puiscju'on n'y trouve que la traduction de ce qui est à la page Zi5o. Ainsi, ni la référence à saint Bernard, ni même une indication tant sort peu satisfaisante des endroits où Luther a cité cette parole. Ivohleh s'occupe aiTss! du fameux passage ; mais il n'est pas plus heureux que Rawerau. Toutefois il renvoie à six endroits des œuvres de Luther. 11 faut ajouter, il est vrai, qu'ils se réduisent à deux, car deux de ses références n'ont rien à voir ici, et deux autres sont des traductions du latin -. Schaefer n'a rien compris

1. « SL occurerit tibi dLabolus, ci si.'iiipcr oppoiie mérita passionis Christi. )> Sacerdotale ad consuetudinem S. Romanœ Ecdesise aliarumque ccclesiarum. Edité et augmenté par Albcrtus Castel- L.OUS. 6. P. Venetiis, i5<>4,fol. ni (édition de ih'S. Venise, f. 117).

2. W. Kom.ER, Luther und die Kirchengeschichtc {Evlixngon, nyoo^,

au premier passage. Il semble ne lui attribuer aucune importance : il le cite ainsi, d'après les Propos de Table (l)^ : « J'ai mal vécu... mais vous, bien-aimc Seigneur Jésus-Christ, vous avez doublement droit... » etc. C'est le second passage, ajouté au premier, du reste avec une forte interpolation ; et, là-dessus, il donne comme source: « Légende dorée, CXY ! » Puis viennent encore cinq références à d'autres œuvres de Luther 2.

Je vais d'abord donner une liste des endroits des œuvres de Lutheroîi l'on trouve les deux passages en question ; je cite ces endroits tels qu'ils se sont présentés à moi au cours de la lecture de ces œuvres. Celte liste n'est certainement pas complète, mais elle donne néanmoins incomparablement plus qu'on ne trouve dans les travaux des écrivains protestants, et elle co?itribue à montrer l'importance considérable ([ue Luther altachait à ces paroles.

Il commence à en parler en 1.5 18. Dans les deux endroits où il le fait celte année-là-^, il ne rapporte que le premier passage, mais déjà il dit que c'était <( lorsqu'il se croyait sur le poiut de mourir », lorsqu'il était « agonisant », que Bernard s'était écrié : a J'ai perdu mon temps... J'ai mal vécu. »

On Ijouve des textes analogues dans le t. viii, p. ^âo et G58. Mais à la page Goi, les deux passages apparaissent l'un à côté de l'autre, encore que séparés.

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